Live-report de THE ATOMIC BITCHWAX + MEAN + Tidal Wave + Dornfall @ Le Blues Café, Paris (F)

— marystonage, 2005-06-06 (703 lectures)

Bon, je vais faire en sorte d''arriver au Blues Café juste ce qu''il faut en retard pour louper le premier groupe. Si je pars de chez moi à 18h30, sachant que le show commence à 19h00 et qu''il me faut une bonne heure de voyage, je devrais être dans les temps pour m''épargner ce que j''veux pas voir. Allons-y.

Tiens, c''est pas si désagréable les quais de Bercy quand il fait pas trop moche, finalement c''est surtout le trajet particulièrement chiant qui me rebute, oui : c''est une mauvaise raison... Plus qu''à longer la rive droite (bon, c''est ptêt pas officiellement la rive droite, mais c''est celle qui est à ma droite) et la péniche est sensée se trouver pas loin de la Guinguette Pirate. Ah, un van immatriculé en Suisse, je dois être sur la bonne voie, ça appartient sûrement à Mean, le groupe helvet underground (pardon, pas pu m''empêcher) du jour. En effet : Blues Café à l''horizon, on dirait qu''y a un peu de monde quand même, ça fait plaisir !

Investissons les lieux. «Hello, j''dois être sur la guest-list (?), j''suis Marie», sans checker aucune liste le gars voit qui j''suis : ça arrive pas souvent (ok, jamais), la classe ! Parcours habituel : direction le bar «Salut barman, tu sais où j''peux trouver Flo ?» - «Lequel ?» - «euh. le guitariste de Dornfall, l''organisateur du show», là il crie le nom du recherché qui apparaît sans tarder. «Elle a le droit à une bière !» J''suis vraiment un rat. invit'' + alcool gratos, qu''est-ce que j''ai fait pour mériter ça. «On va commencer en retard, ABW est arrivé 2 heures après l''heure convenue pour le sound-check.». En attendant, entrechoquons nos pauvres Kro à la nôtre et parlons booking, apprenons sans réelle surprise que l''organisation du concert de ce soir sera à perte mais que c''est un risque à prendre pour occasionner des opportunités plus fructueuses, dont un projet qui devrait intéresser quelques slowendiens s''il aboutit (pourvu qu''il aboutisse.). Flo retourne à ses moutons, puisque je suis contrainte de me taper l''opening local, autant aller y jeter une oreille, ou au moins un oeil.



Le premier groupe s''appelle Tidal Wave , j''aime bien le nom. C''est tout. Le chanteur a une voix ignoble, si j''avais pas vu sa tronche je l''aurais bien pris pour une chanteuse. Métal cru mais insipide, textes (en français) assez mauvais : pénible. A défaut, rabattons-nous sur la faune, cette scrutation me remet en mémoire une discussion que mes collègues doomstonautes et moi-même avions eut à propos du niveau d''implication que pouvait avoir la gent féminine en matière de musique. Il en était ressorti que si une femelle se rend à un concert, disons de métal, ça signifie que soit : a) elle y accompagne son mec. b) son mec lui a fait découvrir et apprécier le métal à l''usure. c) elle est célibataire et cherche un nouveau mec. Donc, en gros, que ce genre de musique est un truc de mec et qu''une fille qui semble s''intéresser à ça a forcément autre chose derrière la tête. Force est de constater que chacune de ces options est confirmée ce soir : des couples (quoi de plus normal) et des petits troupeaux de dindes gloussonnantes (quoi de plus normal.). Ca s''fait la bise au premier rang, ça s''gausse, ça s''pavane mais ça s''fourre des boules Quiès® dans les oreilles, ça monte même sur scène : ça drague à mort. Et moi aussi je glousse, dans mon coin, et je veux bien mettre mes Man''s Ruin à brûler si les mecs qui participent à cette parade s''y connaissent vraiment beaucoup plus que ces demoiselles en matière de musique. Bref, passons. Est-ce le bateau qui tangue ou est-ce que c''est juste moi et mon sang de plus en plus houblonné ? Pas ma faute si la Kro est tellement fade qu''elle se boit comme de l''eau. Avec tout ça, le deuxième groupe, Dornfall , a défilé sans que je m''en rende vraiment compte. Ca m''a néanmoins flash-backé 10 ans en arrière, dans la piaule de mon frère qui puait la chaussette usagée à outrance, où il s''enfermait pendant des heures, parfois moi avec, pour écouter Helloween, Megadeth, Van Halen, Europe. des trucs d''époque. La plupart des Dornfall en a conservé le look.

Voilà, les openers du coin ont terminé, on va pouvoir constater la proportion de stonerheads qu''il y a sur ce rafiot. La ''foule'' s''est nettement amenuisée, mais s''est concentrée tout devant la scène et n''est plus disséminée comme pour les groupes précédents. La plupart des filles ont disparu. A ma droite vient se poser un spectateur solitaire dont je peine à détacher mon regard tant il me rappelle fortement quelqu''un (EZ, francoise !) qui, de surcroît, est totalement fan de stoner. De toutes façons, je suis déseffarouchée par mes bières, je fixe qui je veux.



Les p''tits suisses de Mean gagnent, à leur tour, la scène.







Et le chanteur, ou plutôt sa magnifique chevelure, ne tarde pas à détourner mon attention du clone d''Ez, jamais vu des cheveux pareil, on dirait une barbe à papa albinos, très original, il est également vêtu d''un bien beau t-shirt. Je connaissais ce quintet uniquement de nom (autant dire que je ne le connaissais pas), et avais eu affaire à leur bassiste, Stéphane, qui est également le tourneur pour cette série de concerts européens d''ABW. Tiens, un gars torché jusqu''à la moelle surgit à ma gauche, la vérité étant toujours exprimée par les gens profondément ivres, laissons-le nous conter Mean : cet énergumène se contorsionne en tout sens, comme un bouffon disloqué, trépignant d''hystérie, il gigote au risque de se déboîter les membres (ndr : bras / jambes) et de foutre des torgnolles à la ronde avec ses larges mouvements incontrôlés (il y aura d''ailleurs une brève rixe due à un désagrément de cette espèce.). Oui, Mean c''est surexcité, c''est fou et c''est furieux. BarbapapaMan n''est jamais inactif et joue de la air guitar, parfois de la air drums, quand il n''a pas à pousser la voix, il sait même s''effacer le temps d''une paire d''instrumentaux grumeleux qui nous rappellent leur sceau stoner et valorisent le talent des musiciens, notamment bassiste et lead guitariste qui semblent être particulièrement complices et en symbiose dans leur head banging.







Leur set s''achève au bout de 10 titres, dont un en rappel, alors qu''ils n''ont qu''un single : peut-on se permettre d''attendre un album ? Ça m''intéresse... Pas moyen de retrouver Stéphane par la suite, tant pis pour le joint.

Setlist : Oscilliation, Depends, Baby, Eat Shit, Fetischist, Real Things, Young Cat, Navigation, Yellow Bird-Fanta, Venom



Petit entre-sets oblige... Des turlupitudes montent en moi. «3», le dernier album de The Atomic Bitchwax ayant récemment tourné avec une certaine intensité sans me faire grande impression. Il m''a amèrement rappelé du Foo Fighters dernier cru (si, si).







Le départ d''Ed Mundell m''a moyennement traumatisée puisque, d''une part, j''aime beaucoup ce groupe sans non plus être super fan, je me soucie donc modérément des mouvances line-upesques ; d''autre part, j''aime au moins autant Black Nasa - groupe qui fleure l''ABW à plein nez - alors que c''est le bébé de Chris Kosnik (bassiste d''ABW) ce qui démontre bien, je pense, que tout ne repose pas sur les épaules du, certes fort bon – n''est pas Monster Magnet qui veut-, Mundell. Ai-je bien fait de me rendre à ce gig, moi qui ne dépenserais pas un centime pour voir FooF (bon c''est vrai que j''ai rien eu à payer pour ce concert qui me motivait bien avant que l''opportunité d''une invit'' se présente, vrai aussi que j''ai vu FooF en ouverture de RHCP jadis. (non, j''ai pas honte, laissez-moi tranquille)) ? J''étais ainsi rongée par l''angoisse, lorsque tout à coup : «Euh tu serais pas marystonage par hasard ?» et voilà, ça loupe plus jamais, à chaque nouveau concert je croise une personne qui n''était jusque là qu''un pseudo et qui se matérialise en être humain, formidable. Cette fois, c''est Orange Elephant du forum de Desert-Rock.com (allez quoi, j''peux bien l''dire), il a reconnu mon épaule droite, incroyable (quoi que.). Cool, ça fait diversion avec ce qui me turlupine, on parle ABW, on parle SlowEnd, on parle Sunride.







Le trio du New Jersey qui remettait un peu d''ordre sur son territoire d''un soir va commencer les hostilités, fidèle à ma goujaterie, je m''éclipse sans prévenir plus près de la scène, byebye Orange Elephant. Oh la belle set-list en Sopalin® : elle a l''air looongue, ça promet ! Ils ont l''air sympa ces gars, avec leur vieux jeans, leur vieilles baskets, leur vieux t-shirts, toujours à sourire et à accorder quelques mots (dont j''ai pas souvent compris grand chose) au public. Merde, et si c''était ça le problème, si The Atomic Bitchwax était juste devenu un groupe sympa ?! Pas le temps de re-sombrer dans l''inquiétude : le club des 3 entame sa prestation par un morceau du dernier album justement. et toutes mes craintes s''envolent avec les notes grésillantes qui émanent de la guitare de Finn Ryan (qui a bien calé ses cheveux derrière ses oreilles pour pas les avoir dans les yeux, et balance sa

tête avec modération dans le même souci de ne pas défaire sa raie, ça lui donne l''air sage), le jeu de basse nerveux de Kosnik confirme qu''Atomic Bitchwax n''a pas de mouron à se faire quand à sa survie sans Mundell, enfin Keith Ackerman - dont je n''avais jamais particulièrement remarqué les performances à la batterie – s''avère être un musicien absolument increvable, je crois bien qu''il a joué quasiment sans discontinuer. Chaque membre du groupe semble être doté de cette énergie, les titres s''enchaînent souvent sans blancs, sauf parfois le temps de déchiffrer le suivant sur la set-list mouchoir, d''inventer le slide hygiénique en essuyant le manche de sa guitare à coup de serviette (pas hygiénique, hein) ou de réclamer une bière qui n''arrivera jamais. Pas rancuniers, ils continuent, la gorge sèche, à densifier l''atmosphère sous l''électricité de leurs guitares à 4 et 6 cordes.







Jouant principalement des morceaux du dernier album et du tout premier (homonyme datant de 99), et je suis bien contente que tout ça se suive avec autant de naturel, même si «3» a un peu de mal à grower chez moi, je constate de mes yeux, de mes oreilles, que mes appréhensions n''avaient pas lieu d''être et que je me trouve bien face aux auteurs d''un de mes titres stoner préféré de tout les temps, ''Shitkicker'', qui sera d''ailleurs joué vers la fin du set. Non, non, non, c''est pas un groupe juste sympa, regardez, l''énergumène refait même son apparition pour se désarticuler une ultime fois sur du son qui s''y prête. A seulement 3 sur scène, ils font plus de bruit que les deux groupes locaux (soit 9 personnes) réunis. ABW clora son set sur un bon vieux ''Forty Five''. Merde, 45. 23h45 : c''est justement l''heure qu''il est. j''aurai jamais le dernier train, il va encore falloir tracer.

Setlist : Force Filed, Hey Alright, Kiss The Sun, You Oughta Know, You Can''t Win, The Cloning Chamber, Destroyer, Stork Theme, Dark Chi, Maybe I''m A Leo, Dishing Out A Heavy Dose Of Tough Love, Gettin'' Old, Passenger, Shitkicker, Goin'' Guido, Birth Of The Earth, 45



Epilogue :



23h45 donc. Une fois que chaque Bitch a délaissé son instrument, que je suis bien certaine qu''il n''y aura pas de rappel, je file jusqu''à la sortie, je cours jusqu''au métro, et je m''entends pas courir puisque j''émerge fraîchement d''un air chargé d''électricité Atomic, je vois défiler les voitures et clignoter les feux urbains sans rien entendre d''autre qu''un gros nuage se dissipant lentement de mes tympans, tout ça en courant, cool sensation... Enfin, je m''enfourne dans un métro qui par chance arrive au même moment que moi, hop là, on va jusqu''à Nation et on se tape la ligne 2 jusqu''à La Chapelle. Une fois le wagon ralentissant à ma station j''me prépare psychologiquement, physiquement, j''ouvre la porte et fiooo encore un p''tit marathon en dévalant les escaliers (j''aime bien dévaler les escaliers), mais j''ai l''ouie qui me revient, c''est moins cool, et j''suis enfermée dans le métro, c''est moins cool aussi, et puis j''ai beau courir, c''est de moins en moins cool puisque j''ai loupé le dernier train vers chez moi d''un bon quart d''heure. Pas de panique : j''monte quand même en gare de surface, un gars de la sécurité me dit que la gare va fermer, qu''il reste un train en partance pour Creil, je sais pas où c''est Creil, mais j''m''en fou, j''passerai pas une nuit de vagabondage aux alentours de Gare du Nord, y a pas beaucoup pire, autant aller dilapider ma nuit en banlieue un peu moins mal famée... J''suis dans le train, à l''heure où tout le monde à une gueule de malfaiteur, surtout sur la ligne du RER qui traverse tout le 93.... Stade De France : non merci / Saint-Denis : non merci / Pierrefitte-Stain : non merci / Arnouville : ah tiens Youyou habite là, et puis un gars de l''ANPE que j''allais voir quand j''avais un peu de volonté, c''est plus familier, j''vais descendre là. Il est 01h30. A peine sortie de la gare qu''un bus arrive, tout le monde y court, je sais pas pourquoi, j''ai envie d''y courir aussi, j''ai rien d''autre à foutre. Voilà, j''suis dans un bus. J''vois que le terminus est l''université de Saint-Denis. Merde, j''ai pas fait tout ça pour revenir en arrière... Par la vitre, je vois sur le panonceau des rues qu''on traverse Villiers-Le-Bel, j''avais une copine qui y habitait, on va descendre ici, c''est toujours moins loin que Saint-Denis et ça craint moins aussi. J''me retrouve devant l''église, d''autres personnes descendent là, ils ont tous des têtes à faire peur (moi aussi sans doutes.), des vieilles racailles comme j''les redoute... Je rase les mures, je trace, je sais pas où je vais, j''entends mes pas résonner dans le désert de la ville endormie, j''ai l''impression que mon ombre est projetée sur tout les mures, que tout le monde peut me voir et m''entendre, peut me pister les mains dans les poches. Des voitures passent, ralentissent, quand elles s''arrêtent je m''engage dans la première ruelle à poubelles venue, pareil quand elles reviennent sur leur pas... J''tombe sur un coin en chantier : une zone pavillonnaire en construction, j''pousse quelques portes histoire de voir si y a moyen de squatter une maison, mais non : impossible de venir à bout d''aucune.... Je reprends ma route, j''vois au loin une pub Carrefour, 2 messages cachés dans ce merveilleux signe du destin : 1. avec Carrefour tu positives et tu vas pas mourir. 2. suis les panneaux Carrefour et tu retrouveras l''A1 ou la N16... Il est 2h30... J''commence à reconnaître des images familières... Ce rond-point là, il mène à la N16, j''en suis sure, j''me dirige vers lui, et oui c''est bien ça, j''suis sauvée, j''ai retrouvé mon chemin... J''vois la N16, déserte, qui s''étend à l''infini et j''vais devoir en trouver le bout quand même... Pas grave, j''ai le joint que j''ai pas partagé avec Stéphane dans mon sac, on va faire ça. Pourvu que j''croise personne... Non, pas plus d''une tire par demi heure à tout casser, le grand luxe, ça va tout droit, j''peux même marcher en fermant les yeux. Au bout d''un moment j''commence à voir des feux, des panneaux publicitaires, des toits, des maisons, une flèche indiquant ma ville, tant pis... Tiens, j''crois qu''y a un escalier qui monte au cimetière vers la gauche, j''rentrerai par là... Voilà, j''suis presque arrivée maintenant, on fini la randonnée les yeux fermés, parce que l''épisode de l''autoroute ma donné envie de continuer. Quand j''arrive au niveau de l''école, les 2 molosses qui gardent les lieux sautent sur la grille en aboyant, j''suis au bord de la crise cardiaque, je sais pas comment j''ai fait pour me retenir d''hurler, ils m''ont fait redescendre sur terre d''un coup... J''aurais bien continué à marcher... Il est presque 4h30.... J''pourrais dormir 2 heures si j''perds pas trop de temps...




MEAN

THE ATOMIC BITCHWAX

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