Live-report de ROADBURN MMXVI @ 013-Het Patronaat-Extase-Cul de Sac, Tilburg (HL)

— Derelictus, 2016-04-19 (739 lectures)

Les premières annonces de l’été dernier m’avaient chauffé à bloc, Neurosis fêtant leur trente ans, Paradise Lost jouant Gothic et Lee Dorrian curator, c’était impensable de manquer cette édition, notamment pour une fois qu’elle tombait durant les vacances de la zone B. Ce fut un réel plaisir de me rendre à cette édition, même si quelques points m’ont déçu par rapport à l’édition de l’année deux mille treize. Le 013 a été restructuré, ce qui fait que la plus petite salle a disparu au profit d’un bar plus grand, mais augmentant de fait la capacité d’accueil du festival, où mille billets supplémentaires furent vendus. Ce qui fait que ça a rendu l’accès à certaines salles, dont le Het Patronaat et l’Extase, nouvelle scène de cette édition, avec le Cul de sac, assez difficiles, au même titre que la Green Room par moment. Le pire étant tout de même le Het Patronaat, où le temps d’attente était souvent trop important pour vraiment profiter d’un concert, ce qui fait que j’ai complètement abandonné l’idée de m’y rendre le vendredi et le samedi aussi.

 

Jeudi 14 avril 2016

Arrivé légèrement en retard à Tilburg, j’ai manqué le premier titre du set spécial de Cult of Luna, qui interprétait en entier Somewhere Along the Highway. La Main Stage était complète, ce fut difficile d’y accéder. L’interprétation était convaincante et les lights de toute beauté. Je n’ai pas tout vu du set, puisque j’avais tenté de voir Inverloch qui jouait dans la Green Room. La musique des australiens étaient plutôt convaincante, avec des musiciens tout en sobriété, à l’exception du chanteur de Marche Funèbre qui faisait l’intérim au chant, une faute de goût à mon humble avis, car c’est loin d’être un bon growler comme c’est le cas avec Ben James. Retour rapide dans la Main Stage pour voir la fin du set de Cult of Luna, soit les dernier tiers de leur set, qui était assez prenant, notamment avec cet excellent final sur « Dark City, Dead Man ».

Petit saut ensuite au Het Patronaat pour voir un peu Der Blutharsch, qui n’a pas plu à l’un de mes acolytes, et comme je les avais vus à Saint Étienne quelques jours auparavant, nous sommes rapidement allé à l’Extase pour voir Hangman’s Chair. Heureusement pour le groupe, mais malheureusement pour nous, ce café concert était blindé, et il fut difficile d’accéder à la salle. Tout juste avons nous vu un titre, et encore par le biais d’écrans diffusant en direct leur set, avant de lâcher prise tant tous étions comprimés.

Retour au Main Stage pour voir une partie du set de The Skull, qui était axé sur leurs compositions et des titres des années quatre vingt dix de Trouble, dont une bonne partie étaient issus de Manic Frustration, pour mon plus grand plaisir. Les musiciens étaient d’ailleurs bien en place, même si le look de cowboy de Holzner pouvait prêter à sourire, contrairement au chant d’Eric Wagner.

Changement de salle pour aller profiter du set de Cult of Occult. Je ne gardais aucun bons souvenirs de ce groupe lorsque je le vis il y a quatre ans en compagnie d’Ataraxie et de The Wounded Kings. Mais je dois avouer que ce fut une des premières claques de ce week end. Murs d’amplis, atmosphère bien pesante et volontiers haineuse, le quatuor a assommé son monde avec ce son massif. Il y avait tout ce que l’on pouvait attendre du groupe qui a très bien assuré et qui a démontré que l’on pouvait apporter aussi une dose de nihilisme et de noirceur dans un ancien édifice religieux.

Retour ensuite à l’Extase, qui là était à moitié vide, pour voir la fin du set d’Epitaph. Epitaph sont italiens, et comme l’on pouvait s’y attendre, ils avaient évidemment cette dose de mauvais goût pour être suffisamment amusant, que ce soit dans l’habillement que dans leur posture, notamment celles du chanteur qui semblait débarquer du restaurant italien d’à côté. Il fut impossible d’accéder au Het Patronaat pour voir Oranssi Pazuzu et j’étais peu enclin à aller voir Hexvessel.

Vint enfin le tour d’un des meilleurs moments du festival, même si pas très slowendien pour le coup: le premier set de Converge de ce festival, où l’album Jane Doe fut joué dans son intégralité. Et il faut avouer que ce fut une immense claque, avec des musiciens proprement hallucinants et un Jacob Bannon qui n’avait pas perdu sa voix. Interprétation sans faille et un final sur le morceau titre à vous donner la chaire de poule, ce fut réellement une grande sensation de voir ce groupe pour la première fois.

Je les attendais de pied ferme, j’avais quelques réticences et quelques appréhensions, mais je ne fus aucunement déçu: Paradise Lost n’a pas échoué en jouant Gothic en entier. Quel plaisir de voir ce classique en live et d’avoir ce petit frisson lorsque que retentit l’introduction du morceau éponyme. Ce fut la quatrième fois que je vis ce groupe et c’est sans doute la première fois où Nick Holmes chante aussi bien et qu’il était vraiment à l’aise avec ses petites blagues so british glissées entre les titres. Je trouve même que le fait de growler lui convient mieux que le chant clair, ce qui s’est vérifié sur des titres comme "As I Die" et "Pity the Sadness" joués en rappel. Là aussi, ce fut un grand moment de ce festival, même si le côté sentimental y a plus joué.

Je n’ai vu qu’une moitié de titre de CHRCH à l’Extase, qui était plein à craquer. Amplement mérité pour ce groupe, mais cela commençait à se ressentir au niveau du chant clair d’Eva que la tournée sans day off a laissé pas mal de traces, notamment en comparaison à leur prestation une semaine auparavant à Rouen.

 

Vendredi 15 avril 2016

Cette journée avait pour particularité d’avoir Lee Dorrian Curator, c’est à dire qu’il a sélectionné lui-même les groupes jouant sur le Main Stage, dans le cadre du Rituals for the Blind Dead Pt.1, assez éclectique. Cela a donc commencé avec Diamanda Galas. Seule avec un piano, la chanteuse a interprété des titres assez glauques démontrant son large panel vocal, mais je ne suis pas resté jusqu’au bout car ce n’est pas ce côté de la chanteuse que je préfère.

Je suis ensuite passé par la Green Room pour voir quelques titres de Mondo Drag, mais j’ai rapidement lâché prise. Pas que ce soit foncièrement mauvais, mais cela manquait tout de même d’un peu d’originalité, avec cette impression de Deep Purple du pauvre, et surtout comportait trop de claviers à mon goût.

Le set de Sinistro fut assez plaisant à voir, même si j’avais quelque a priori sur le fait de voir un énième groupe avec une chanteuse. Evidemment, l’on ne peut faire fi de certains clichés de la part des portugais, mais il y a tout de même une certaine originalité, dans notamment ses emprunts au fado mélangé à leur doom metal qui prend vraiment sens, et qui était un peu quelque chose que l’on recherchait avec mon acolyte musicien il y a quelques années. La chanteuse Patricia Andrade en fait peut être trop par moment, scéniquement parlant, mais elle avait cette justesse dans le chant, aidé en cela par la douceur du lusitanien, ce qui donna un ensemble tout à fait convaincant.

L’enchaînement avec Repulsion fut quelque peu rude. Le trio avait particulièrement la forme et a asséné l’entièreté d’Horrified à un public complètement acquis à sa cause, très agréable en attendant la suite. Et cette suite n’était autre que With the Dead. Là aussi, nous avons assisté à un très grand moment du festival et surtout à un très grand moment de doom metal. Et rien de mieux qu’un line-up qui tenait bien la forme, le remplaçant de Greening n’ayant pas à rougir et Leo Smee caché derrière son chapeau est toujours aussi bon. Lee Dorrian était en très grande forme et le groupe a vraiment assommé la Main Stage, reprenant l’intégralité de son premier album et interprétant un nouveau titre fort appétissant. Rien à redire sur ce set magistral qui m’a particulièrement marqué.

Après une petite pause histoire de se remettre de ses émotions, j’ai pu voir une partie du set de Hills, qui nous balança ses effluves psychédéliques avec brio, et en dépit de quelques problèmes techniques, mais, comme ce n’était pas trop du goût de mon acolyte, nous avons migré vers Cul de Sac pour assister à la fin du set de Noctum, tout en énergie, dans un style rudement heavy, avec une sacré fougue de la part des suédois.

Je n’ai vu qu’un ou deux titre de G.I.S.M, mais cela ne fut aucunement ma tasse de thé et je me suis ensuite rendu dans la Green Room pour voir les deux tiers du set de Lychgate. Je ne gardais pas de souvenirs très convaincants de ce groupe sur album, mais j’ai révisé mon jugement après les avoir vus. Menés par un Greg Chandler - Esoteric - en grande forme et toujours aussi impérial au chant, les anglais ont développé un black metal avant guardiste, tout sauf conformiste dans la construction. L’apport du grand piano était une bonne idée, tout comme les différentes diapositives diffusées sur écran en même temps que le set.

La raison pour laquelle je n’ai pu voir la fin du set de Lychgate tient en un seul nom: Pentagram. Après les avoir vus en aout dernier au Motocultor, j’était très enthousiaste des les revoir, d’autan plus que Victor Griffin était de la partie. Set list quasiment parfaite, à part les extrais de Curious Volume, son dantesque, et un surtout un Bobby des grands soirs et à l’interprétation parfaite, il y avait de quoi être content. Les américains ont aligné les classiques du groupe, donnant par la même occasion une belle leçon de doom metal. C’était tout bonnement excellent et l’on sentait que le plaisir d’être sur scène n’était pas feint. D’ailleurs, la salle était comble, signe que la réputation du groupe ne s’est pas ternie, malgré des albums pas toujours intéressants.

The Skull passait juste derrière avec un set particulier: les américains ont joué uniquement des titres des trois premiers albums de Trouble. Psalm 9 fut même joué en entier et ce fut tout bonnement génial de voir sur scène ce classique du genre. Encore une fois, Eric Wagner était en grande forme et la paire de guitaristes a assuré une prestation plus qu’honorable. Et quand on finit un concert avec un titre aussi magnifique que The Skull, il y a de quoi être content. Un peu moins en ce qui concerne l’affluence, la Main Stage étant très clairsemée.

 

Samedi 16 avril

C’est fatigué et éreinté comme jamais que j’ai assisté à cette troisième journée du festival.
Une nouvelle fois, il fut impossible d’accéder à l’extase et d’assister au set de Nadra, d’autan plus que les organisateurs avaient eu la bonne idée de demander à des djs de mixer pendant les trois jours dans ce bar, ce qui fait que de là où j’étais dans la file d’attente, j’entendais plus la musique du dj que le groupe. Je me suis rabattu sur Skepticism qui jouait sur la Main Stage. Décors sobres, ambiances glaciales, les finlandais ont interprété un set best of, dont la setlist fut le résultat du vote des fans. Et je regrette d’avoir manqué le premier titre car c’était vraiment excellent. Il se dégage quelque chose de la part des musiciens dans cette sobriété. Et l’on n’est pas du tout trompé sur la marchandise avec Sketpticism tant l’ambiance était vraiment funéraire.

J’ai ensuite vu une petite partie du set de Brothers of the Sonic Cloth. Si le son était bon et les titres bien exécutés, je trouve qu’il manquait au quatuor une originalité qui lui permettait de se démarquer de son influence trop évidente, à savoir Yob. Et lorsque l’on a vu Yob sur scène, l’on peut se passer d’une copie carbone. Un petite passage au Het Patronaat pour voir Galley Beggar, mais le côté « petite maison dans la prairie » nous a vite dissuadé de rester plus longtemps qu’un demi titre. Direction donc l’Extase où jouait Chaos Echoes en formation big band. Je n’ai vu donc que la fin du set consacré à l’album Transient, et c’était assez intéressant de passer d’ambiances assez jazzy à quelques choses de plus chaotique en soit.

Après un ravitaillement en spécialités houblonnées locales, j’ai vu un bout du set de Tau Cross, mais je n’ai pas du tout accroché au chant, ayant aussi une préférence pour Amebix. Cela m’a permis de remettre enfin les pieds au Het Patronaat où se déroulait le Rituals of the Blind Dead PtII pour voir la fin du set de la nouvelle sensation Rise Above, c’est à dire Beastmaker. Rien d’extravagant en soi, mais le style plus léger par rapport à ce qu’il y aura pas la suite a de quoi satisfaire.

S’ensuivit un autre grand moment de ce festival avec la seconde apparition de Converge pour leur set particulier appelé Blood Moon. Les américains ont interprété les titres les plus expérimentaux et non conventionnels des tous les albums depuis You Fail Me. Et c’est dans ce côté plus lent et plus novateur que l’on se rend compte non seulement de l’ouverture d’esprit des musiciens mais aussi de leur maîtrise musicale, notamment du chant clair de Jacob Bannon. Le groupe fut ensuite rejoint par Steve Von Till, venu chanté sur "Cruel Bloom", Chelsea Wolfe et son homme à tout faire, pour la suite d’un concert tout en beauté, dont ce réarrangement des titres "First Light" et "Last Light". Classe, tout simplement.

Un petit passage par la suite par le Het Patronaat pour voir la toute fin du set de Sir Admiral Cloudesley Shovell qui sont toujours aussi excellents sur scène et qui furent rejoint par Ben Ward, le chanteur d’Orange Goblin, sur le dernier titre.

Amenra jouait leur disque Afterlife en entier sur la grande scène qui était pleine à craquer mais qui n’était sans doute pas le meilleur endroit pour ce type de musique intimiste. Disposés en cercle sur la scène, les belges étaient assez tendus visiblement, et si c’était plutôt pas mal fait, je ne suis pas du tout rentré dans leur musique. Et puis, surtout, j’attendais la suite avec impatience. Et puis j’avais réellement faim, ce qui m’a permis de gagner en street cred metal puisque j’ai mangé dans le même kebab que les musiciens de Dark Tranquillity.

Quoi de mieux que de finir un festival sur Neurosis. Venus fêter leur trentième anniversaire, les californiens n’ont pas du tout fait dans la dentelle et ont fait le set de ce festival à mon humble avis. Piochant dans tous leurs albums, dont Pain of Mind et The Wolrd as Law, et même leur reprise de Joy Division, ils ont vraiment marqué les esprits avec ce concert dantesque. Deux heures de concert en guise de leçon magistrale, tant ce groupe est toujours aussi impressionnant sur scène, et il le fut bien plus que lors de la dernière fois où je les avais vus, lors de la Villette Sonique. La setlist, imparable, même s’il manquait au moins Locust Star, mais jouée le lendemain, a eu le bon goût de commencer par Lost, et de se terminer par un combo de folie, à savoir Through Silver In Blood et Stones From the Sky, que je n’avais jamais vu en concert auparavant. Autant dire que j’ai eu la chaire de poule en entendant retentir la cloche annonçant ce titre. Je ne regrette aucunement ma venue à ce festival, même si je suis frustré de ne pas avoir pu assister à l’Afterburner du dimanche et de voir le second set de Neurosis.

 

Je suis revenu épuisé, le retour à la réalité est particulièrement rude, mais ça valait le coup d’aller à cette édition du Roadburn, qui est vraiment un festival à part.

NEUROSIS

PARADISE LOST

SKEPTICISM

PENTAGRAM

CULT OF LUNA

AMENRA

CULT OF OCCULT

ADMIRAL SIR CLOUDESLEY SHOVELL

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