Live-report de NEUROSIS + SWANS + MASTER MUSICIANS OF BUKKAKE @ Villette Sonique 2013 @ Grande Halle de la Villette, Paris (FR)

— gulo gulo, 2015-10-25 (623 lectures)

Des concerts de Neurosis, quant à lui, votre humble serviteur n'en a pas vu des cent et des mille, ni même des cinq et des dix du reste. Pour tout dire il en a vu deux ; donc probablement moins que la très grande majorité d'entre vous. Il ne va pas dire ici quand était le premier, car là n'est pas la question, et d'ailleurs l'honnêteté commande plutôt d'admettre que justement, c'était il y a bien trop longtemps pour que sa faillible mémoire (on parle toujours de l'humble serviteur, pas d'Alain Delon) en ait conservé un souvenir exploitable (autre que celui d'une MJC marseillaise basse de plafond changée en antenne locale des enfers tibétains).

Ça ne me pose à vrai dire pas de problème, tout au contraire, qu'il n'y ait que ces deux fois à ce jour. Ça ne fait après tout, toutes proportions gardées, que s'accorder au nombre d'écoutes relativement mesuré que j'ai données à Enemy of the Sun, ces dix dernières années (ou à The Eye of Every Storm). Non pas même que je l'économise de crainte qu'il ne se galvaude : il ne peut simplement pas se galvauder, c'est bien là tout ce que je reproche à Times of Grace, qui était galvaudé dès l'écoute où je le découvrais, qui était du Neurosis tel qu'on l'attendait jusqu'au moindre détail ainsi qu'à son mariage, voire une brillante description de Neurosis, semblait-il plutôt qu'une expérience directe de Neurosis. Enemy of the Sun reste une expérience déplaisante, lui, une qui vous bouffe quelque chose : non pas que je m'apprête à vous faire accroire que je me roulasse par terre en vomissant du sang lorsque je l'écoute, après m'être rituellement purifié de toute pensée positive ; mais il restera toujours un album crispant et qu'on aborde un peu crispé : c'est ainsi qu'on l'aime, et qu'on aime le ranger, doublement soulagé, lorsqu'on s'est acquitté de son écoute quinquennale.

 

Et le concert des vieux à Villette Sonique, le 25 mai 2013, fut tout à fait dans ce goût-là. Une expérience laide et stressante. Une séance de gros ménage. Un gang de vieux camionneurs néo-primitifs, gras et grisonnants, sans aménité immodérée ni entre eux ni avec leur auditoire, nus dans toute la bestialité crue de leurs rugueuses rixes intimes, sur cette scène où ils n'étaient avantagés ni par la couleur d'aucun spot fruité, ni par la projection d'aucun loup ou aigle solitaires (Monsieur Graham venait tout juste d'être remercié de son long CDD), ni par aucune chaleur d'aucune sorte. Des spots blancs sur chacun des musiciens séparé de ses colocataires de scène par une distance respectable, des noirs hivernaux entre les morceaux comme seul habillage des transitions synthétiques plus glacées que l'air de la Grande Halle de la Villette - et des morceaux équarris avec une brutalité furieuse, par des vieilles carnes exaspérées, aussi avenantes que des ours tirés de leur hibernation au plus froid de la saison des blizzards.

Il a même dû y en avoir de Times of Grace, au milieu, et pour le coup on a pu constater que ces morceaux étaient un peu de Neurosis après tout : ils supportaient comme un charme d'être exécutés ainsi avec la mêmes ophistication de coup de pelle dans la bouche que Honor Found in Decay, dans cette langue explicite comme du Unsane joué par des Hell's Angels à l'enterrement du doyen (ce qui me fait penser que la précédente fois que je les avais vus, c'était Unsane qui ouvrait, et qui venait les aider à finir, aussi) ; et même lorsque Von Till (le plus bavard, Kelly était trop occupé à faire baisser les yeux à sa guitare) vous donne son grand air de De Niro des steppes du Klondike pour demander au public d'éviter les stagedivings s'il veut vivre (mon imaginaire a-t-i suppléé ce furtif signe d'égorgement, ou l'ai-je bel et bien vu ?), cela ne paraît rien que naturel, et dans le ton brutalement honnête de toute la prestation.

Voilà l'histoire : tout comme Honor Found in Decay, tout comme Enemy of the Sun, le concert de Neurosis à Paris le 25 mai 2013 était un concert de hardcore fichument tough et "as real as it gets", comme ils disent au pays du "real".

 

Je n'ai de mon premier concert de Neurosis qu'une image confuse - rougeoyante. J'ai du concert du 25/05/13 un souvenir comme si c'était hier. Quant à la prestation de Swans juste avant Neurosis ce jour-là, je n'en ai qu'une seule image, très nette : celle d'un cartouche Deutsche Grammophon en or scintillant posé sur toute la largeur d'une scène.

 

Le concert, filmé pour Arte.

NEUROSIS

SWANS

MASTER MUSICIANS OF BUKKAKE

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