Live-report de This is not a Love Song @ La Paloma, Nīmes (FR)

— gulo gulo, 2015-06-01 (742 lectures)

Je ne goûte pas la musique pour rire ; que ce soit bien clairement établi et ne fasse l'objet d'aucun doute : je suis gothique, et tout... Mais Weedeater, malgré le parfait air de croisée des chemins entre Scott Kelly et Krusty le clown de son meneur, malgré le talent d'icelui, à en faire rougir Jacob Bannon, pour faire tourner les trucs et les machins - Bannon se contente des micros ? Collins fait tourner les goulots de Southern Comfort, mais surtout fait faire des 720° à sa casquette tout en roulant des yeux de merlan ahuri, et ça même en skate je suis sûr que Bannon sait pas faire, sauf pour les yeux ahuris - malgré l'allure générale de Dixie Comedy Club de l'orchestre... Weedeater, en live, ce n'est pas un spectacle de musique pour rire : c'est simplement (insérer ici mon couplet éculé sur la simplicité, et l'épineuseté de la traduire) le spectacle de gens heureux de jouer leur musique - ainsi, accessoirement, que le spectacle merveilleux de gens qui parviennent à la perfection à incarner leurs disques, leur bonhomie du quotidien, leur caractère de besoin vital, et ce en donnant chair, de façon stupéfiante, au cartoon-sludge que l'on peut y fortement soupçonner déjà. De la magie, t'as qu'à voir : même les morceaux de  l'ennuyeusement efficace et erectus paire d'albums juste avant Goliathan, ont l'air miraculeusement enduits du même vernis de bienheureuseté d'homme des bois, que ceux des trois intouchables albums qu'ils y a autour. Sans oublier, bien sûr, que le set a exactement la même modestie et politesse de façons que le dernier album, de ne surtout pas embarrasser leurs destinataires d'un obligeant et pesant sentiment de chef d’œuvre, et en l'occurrence de moment avec un grand m de merde ; ce n'est que par éclairs aigus mais fugitifs de lucidité que l'on peut advenir à s'apercevoir, devant Weedeater, que l'on est en présence du sacré ; le plus clair du temps, on passe simplement un de ces putain de bons moments, ceux du type imbattable. Et qui passe ainsi que passent leurs disques : comme un charme.

 

Torche, sous ce critère-là, sera d'ailleurs légèrement battu, puisque si la mission d'incarner sa musique, ni plus ni moins, est parfaitement remplie avec les morceaux de Restarter, proprement et très virilement exécutés - la doublette centrale du bassiste Vin Diesel et du batteur Jake Gyllenhaal est, vraiment, très très mâle, le chant est parfait tout comme la distinction de son auteur, le chevelu à gauche se fait discret comme tout chevelu au milieu de pareille troupe de crânes ras - et touchés par ce petit supplément d'éphémère humanité qu'on espère d'un concert, qui pour leur part les emmène aux cieux sur les ailes de ce feeling happy-Godflesh-à-roulettes qui n'est jamais resté qu'en germe dans les vieux Floor... en revanche ce n'est que théoriquement, à leurs grêles mélodies acides, que j'ai reconnu quelques morceaux d'Harmonicraft, ce qui dans ce strict périmètre du moins a tranché la question de l'obsédante concurrence que j'établis entre les deux disques pour obtenir ma préférence ; quant aux morceaux plus anciens, comme de juste : "Healer", et c'est tout ; c'est bien suffisant, du reste. A leur manière, cependant, force est de reconnaître que voilà un groupe qui domine de tout aussi impériale façon que Weedeater l'art de faire magistralement les fameuses choses simples. En l'occurrence, la supposée chose simple conistant à mouler pareille impeccable succession de confondants missiles thunder pop (Restarter est décidément un tès grand disque) à la fausse candeur tranchante comme pas deux et à la vraie iode renversante - quand je vous disais qu'ils étaient coldeux sous couverture, ces garçons-là ? Le chanteur portait un t-shirt du premier Dead Can Dance, et le bassiste qui joue comme s'il était dans Unsane a filé voir la fin du set d'Interpol sitôt qu'il s'est eu épongé.

 

Sinon, sur la grande scène extérieure, des dénommés Foxygen ont pour leur part donné une magistrale leçon, à base de gospel du serpent et du miel, d'overepicness éreintante et de choristes bacchantes terrifiantes de soul à l'état sauvage, de comment qu'on fait du rock vintage, à un Unknown Mortal Orchestra qui devrait oublier le funk si c'est pour le jouer avec l'air de The Soft Moon, et pas que le physique. Mais cela vous vous en foutez, pas vrai ?

TORCHE

WEEDEATER

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