Live-report de KILL THE THRILL + Heliogabale + Binaire @ Le Point Ephémère, Paris (F)

— Rocky Turquoise, 2005-12-09 (729 lectures)

On ne pouvait rêver mieux que du point éphémère pour une soirée de ce type... Cette espèce de barraquement industriel entre largement moche et affreusement fascinant, sans limites architecturales clairement définissables, suplantée sur le bord du canal. Il faut pour y accéder descendre une légère pente pavée, et passer sous une arche de pierre, qui plonge directement dans la flotte de l''autre côté des pavés, et semble comme un espèce de bras robotique qui drainerait le fond de la chose pour tout réinjecter dans le complexe. Il faut encore dépasser un bar confondu d''une large baie vitrée, aux tables de metal et à la lumière assez glauque, pour enfin échouer dans un bordel de barrières de sécu souvent trop désorganisé pour être d''un interêt quelconque. L''intérieur de la salle est au moins aussi étrange. C''est noir. Sobre. Ca ressemble à une friche, le côté pro en plus. Toutes les lights sont généralement ultra légères, pas d''ambiance de boîte de nuit. Tamisé et feutré de mise. Il y fait sombre, chaud, et un peu humide.

De l''affiche de ce soir, je ne connais à vrai dire que Kill the Thrill, et encore que de nom, autant dire que je viens en curieux le plus absolu... Le matériel qui trone sur la scène est intrigant, un laptop posé contre le bord, quelques baffles, et un double pied de micro est flanqué tout bonnement au milieu de la fosse, ma foi...

C''est donc Binaire qui ouvrent les hostilités. Binaire, quel nom formidablement choisi... Le groupe entame son set en allumant le laptop et en passant le générique d''ouverture de Windows, ah ? Et ben Binaire, c''est binaire. Ca me semble juste être le mélange improbable de la pseudo culture indé dont j''ai la prétention de m''estimer doté, et d''un rock industriel bien plus tabassant et extrême. Binaire sont deux. Ils grattent donc dans la fosse, face à face, et hurlent tour à tour puis en choeur chacun d''un côté de leur double micro. Les samples utilisés sont mi figue mi raisin, je ne sais jamais trop si ils sont sensés me faire sourire ou m''inquiéter, toujours est-il qu''en complément, les deux comparses évoluent en alternant passages bien twistant et fastoches et attaques beaucoup plus abrasives, avec un sens du songwriting des plus appréciables, très bien foutu tout ça, je mets peut-être trois ou quatres titres à rentrer dedans.











Un rapide rappel, et c''est au tour d''Heliogabale de monter sur scène... Très bien. Alors ça par contre, je ne sais pas si c''est en grande partie du à l''état de fatigue avancé qui m''a depuis quelques heures envahi, mais cela m''emmerde juste prodigieusement. Deux guitaristes jouent d''un jeu de scène bien coincé d''un côté et de l''autre d''une chanteuse qui se veut un clone raté de Björk et de Jarboe, une pointe de Cranberries en plus... Un batteur au vocabulaire rythmique palabreux... C''est trop chiant... Ca se veut dilater des atmosphères gentillement éthérées un poil gothosombres, de mon côté j''ai plus l''impression d''écouter de la musique new age, c''est ultra positif, presque mielleux, mon dieu...











Le reste de la salle semble beaucoup apprécier néanmoins, je remarque d''ailleurs qu''entre les 50 personnes présentes à l''ouverture des portes et la fréquentation d''occurence, ça s''est bien multiplié, la salle est désormais quasiment pleine... Bref tout ça est interminable, j''essaie de trouver un équilibre physique de sorte à pouvoir dormir debout, rien à faire... Le public les acclamera tellement qu''ils se décideront même à faire un ou deux titres de rappel, il est déjà très tard, on est en droit de se demander, entre le dernier metro qui commence gentiment à se profiler et le couvre-feu de rigueur, qu''est ce qu''il va rester à Kill the Thrill...







Finalement ça y est, les voilà sur scène. Ca se décide rapidement à faire l''impasse sur l''intro initialement prévue pour balancer directement la sauce, tant mieux, pas de temps à perdre... Je crois que si l''on devait définir leur préstation en un seul mot, ce serait probablement INTENSE. Immersif pourrait être un deuxième. Leur configuration scénique est plutôt surprenante, pas de batteur (logiquement), Nicolas à la guitare / chant se positionne sur la droite de la scène, Marylin au milieu à la basse, et Frédéric de l''autre côté. Derrière eux des baffles, et voilà. Le son est juste énorme. Ils envoient des plaques de riffs tranchants et répétitifs. C''est étrangement la boîte à rythme qui guide ce magma de guitare non-discernables, aidé par la voix claire éthérée mais éreintée à souhait de Nicolas.











C''est tabassant de chez tabassant ! Les titres s''enchaînent sans le moindre temps mort, c''est à la fois véritablement extrême et parfaitement accessible. Très harmonique. C''est même parfois limite psychédélique dans la catégorie je comprends pas vraiment ce qu''il se passe mais je m''en prends plein les oreilles et la tronche et c''est parfaitement jubilatoire, sauf que tout ceci à pour étrange caractéristique d''être au moins aussi hypnotisant que flippant, voire légèrement dérangeant...













C''est cette impression même qui est confirmée, lorsque vers la fin de son set, le groupe décide de laisser un morceau avec Frédéric au chant, qui va s''époumoner comme un damné, et hurler de façon proprement apocalyptique jusqu''à s''en trouver à bout de souffle, à suer à grosses gouttes et agoniser pour finir ses couplets. Le contraste avec le chant original qui en suivra sera d''autant plus saisissant, tout bonnement bluffant...













Kill the Thrill jouent finalement leur dernier morceau, avant de s''arrêter au bout d''une petite heure de concert, et de laisser des auditeurs trop abassourdis pour réclamer un rappel en applaudissant directement, la plupart ayant à raison depuis longtemps déconnecté leur neurotique pour se laisser pleinement emporter par la musique du groupe. Il est trop tard de toute façon, les membres viennent s''excuser du fait de ne plus pouvoir jouer de morceau supplémentaire, on en veut légèrement à Heliogabale de s''être accaparé une grosse partie du timing qui n''était pourtant pas le sien, et puis on quitte enfin l''étrange îlot que constitue le point éphémère pour rééchouer dans l''atmosphère âcre des rues de Paris...









KILL THE THRILL

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