Live-report de MELVINS @ Koko, Londres (Uk)

— franoise massacre, 2005-10-18 (648 lectures)

- Chronique Gonzo : L'avant, le pendant et l'aprs Melvins live au Koko, Londres, 3 octobre 2005 La premire fois que j'ai vu les Melvins, c'tait en 2004, lors de leur passage au Centre Pompidou qui, Dieu merci, avait t maintenu alors que le reste de la tourne avait capot pour cause de bassiste manquant (une habitude chez ces vieux briscard). Crover et King Buzzo, accompagns d'un bassiste non-identifi et non-identifiable s'taient livrs une semi-improvisation babylonienne sur les films freaks de Cameron Jamie. Ce soir l, ils avaient donn la meilleure performance sonique qu'il m'ait t donn de voir (avec celle d'Acid Mothers Temple Mofo, entendons-nous bien). J'tais sortie de l'auditorium en chevrotant, les guiboles en compotes et le palpitant au bord de la rupture. Alors quand on a su que les Melvins passaient pas loin de chez nous (Londres, la porte ct) pour jouer l'intgrale d'Houdini plus quelques morceaux choisis, Gargouillax et moi avons sans plus tarder achet nos billets pour un plerinage dans l'enfer de la Perfide Albion. Le Koko sera notre Mecque et les Melvins nos prophtes. Veille du jour-J : les billets pour le concert ne sont toujours pas arrivs. Je me vois dj errant sous la pluie londonienne, lchant la vitre du Koko comme un zombie dans l'espoir d'entrapercevoir la tignasse sauvage du King. Jour-J : toujours rien. Ouch. Terreur. Shuttle. 666 coups de fils et autant de rpondeurs saxons plus tard (et la facture dmoniaque qui va avec), c'est le salut, la dlivrance : enfin, on nous rpond que nous n'avons qu' donner notre numro de commande au guichet de la salle. Relchement. Nous arrivons donc Londres arms de saucissons et de bouteilles de bon fine wine pour les amis. Dans l'aprs-midi, nous sifflons l'un de ces saucissons et l'une de ces bouteilles chez notre hte avant de repartir pour Camden Town. 18h30. On retrouve Elodie et Pierre pour la traditionnelle lager au World's End Pub. L-bas, demi-pinte rime avec demi-portion, mais on s'en fout : on est des frenchies, on ne fait rien comme tout le monde. Et puis, promesse tenue de notre dernire rencontre, j'ai quand-mme un saucisson dans mon sac pour l'ami Mat de Southern Records (qui posa accessoirement des voix evil sur le Codex Necro d'Anaal Nathrakh). Arrive dans la file d'attente. Nous sommes bombards de tracts. Ca fait patienter. [Anecdote #1] : J'arrive devant le videur pour une fouille en rgle. Merde, le saucisson. Ni une ni deux, il palpe la chose phallique avec un air inquisiteur. Heu. French saucisson, food, for a friend . Food? Forbidden!. Au moment o j'allais faire une croix sur mon sauciflard et me taper dfinitivement l'affiche (catgorie damn froggy ) j'aperois Mat dans le hall, derrire le stand de merch. Je lui fais un grand signe puis lui balance le cervelas d'un geste transversal ultime. Sauv, in extremis. Salutations, prsentations, et rapide tour du stand : pas de t-shirt, pas de vinyl. On s'engouffre dans l'immense dme de trois tages, ex-Camden palace, avec son lot de masques de la Commedia Dell'Arte accrochs aux murs, son velours rouge et sa boule facette gante. La salle est blinde et Part Chimp a dj commenc son set. Coup de chance, on retrouve Heitham dans la fosse. On monte au 2me tage pour le dbut du set de Deerhoof. Free Rock chiant, ultra arty et manir. Pourtant, Apple O tait un bon disque. Ennui. [Anecdote #2] : Soudain, noy dans la foule compacte, j'aperois un type avec un t-shirt Warehouse 99 Project . What the fuck !!! Je n'en crois pas mes yeux. Je bondis et je lui cours aprs comme une aline. Excuse me, where the hell did you get that shirt !?! . Explication: le type en question, c'est Dave de Guapo qui, sachant que je serais l ce soir, mais sachant aussi que j'ignore quoi il ressemble, a pens au t-shirt Warehouse comme version moderne et rock de la fleur la boutonnire. Bingo. Au passage, Dave qui est dans la confidence me donne le nom du grand vainqueur de la soire au concours de : Qui va remplacer Kevin Rutmanis la basse, et du mme coup, qui va contredire la rumeur sur une ventuelle fusion avec Big Buisness ? C'est Trevor Dunn, bien sr. Il deviendrait mme le nouveau bassiste permanent (mot tout relatif dans ces circonstances) des Melvins. Fin du set de Deer(ouf). La salle bouillonne en attendant les vtrans. Ca siffle, a crie, a crache, a boit, a fume, a tchatche, a brandit le signe de la bte tout bout de champs, et a s'ternise. Les Melvins savent se faire dsirer. Impossible de mettre un pied dans la fosse (j'aperois Pierre et Elodie colls contre la barrire au premier rang et j'ai dj mal pour eux), alors on reste plants sur nos marches au deuxime tage. Et voil la Sainte Trinit : Dale Crover, dans son ensemble cycliste intgrale dsormais culte et magnifiquement laid, Buzz, hirsute et bedonnant comme jamais, et Trevor Dunn dans leur traditionnelle panoplie robe longue/rangeos. Sans un mot, ils entament les premires notes de Hooch . L'ambiance est littralement survolte, et je me serai sans doute fait pipi dessus si je n'avais pas immdiatement ralis que le son n'tait pas aussi saisissant que ce quoi je m'attendais (thanx for my pants). Le volume on plus n'est pas tout fait assez fort, et les frquences se perdent et se confondent un peu dans l'immensit circulaire de la salle, donnant une impression d'loignement. Lger dsenchantement, mme si la puissance guitaristique ( guatmaltque me dit mon correcteur d'orthographe) et vocale de Buzz (on sentirait presque son souffle 15 mtres), la force de frappe de Crover, et la manire dont les deux fusionnent sur scne en font le couple le plus muscl et le plus invulnrable de l'histoire du rock. Trevor Dunn, quand lui, a le grand mrite d'avoir appris ses gammes mais aussi un album entier par coeur. Je me sens un peu distante, due (et maso) de ne pas me prendre le mme coup de boule fatal qu' Beaubourg. Malgr tout, il y a de grands moments : Lizzy bien sr, et le solennel Goin' Blind (putain de morceau, putain de paroles). Je suis sidre en entendant quelques milliers de personnes chanter un morceau des Melvins en choeur. On s'attendrait presque voir sortir les briquets. Mais fuck, c'est bon quand-mme. Cause, I think I'm goin' bliii-iind ! And I know how it's to beeee ! Little lady cancha seeee? You're so young and so much different than Iiiii!!!. Le public est furieux. Les types de la scu ont du boulot ce soir. Et hop, que je te vire un stagediver multircidiviste, que je biberonne avec attention les premiers rangs la bouteille en plastic. J'aperois Elodie dans le coeur de l'action, trimbale par la marre humaine. Les morceaux s'enchanent (un peu trop peut-tre, parfois la note prs). Mais le plus surprenant est le trs improbable et dernier morceau de l'album Spread Eagle Beagle pour percussions, magnifiquement rinterprt. Buzz et Dunn s'emparent tous deux d'un tom basse. Commence alors un long question-rponse martel de ft ft, paen et massif. Aprs Houdini, les Melvins prolongent les festivits d'une poigne de morceaux, chants en majorit par Dale Crover qui clturera la crmonie seul sur scne cal derrire sa batterie plagique. Ne me demandez pas la set-list, je serais tout bonnement incapable de m'en souvenir. Je ne quitte pas le Koko chevrotante, mes guiboles me soutiennent correctement et mon palpitant bat un rythme honorable. Voil ce qui arrive quand on attend trop d'un concert. Avant de reprendre le tube, pour se remettre de ses motions ou pour se consoler de ses espoirs dus, rien ne vaut un bon Fish&Chips ultra-junk manger de prfrence en compagnie d'un vieil ivrogne anglais tentant un expos hoquetant (et en franais) sur la philosophie existentialisme. Ca requinque.

MELVINS

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