Live-report de YAWNING MAN + Warehouse 99 Project @ La Scène Bastille, Paris (F)

— marystonage, 2005-06-20 (581 lectures)

-en duplex, compte rendu de W99P par NAGAWIKA...



Ce matin, en rentrant chez moi, la première chose que j''ai fait a été de regarder la vidéo du concert d''hier soir. Je l''ai aimé, plus que celui de Brant & les Bros, l''année dernière. Le matin du show, quelqu''un m''avait dit «I''m sure it gonna be a blast», et moi je lui avais répondu que non, que Yawning Man était un excellent groupe, que j''avais toute confiance en leur talent pour faire une prestation haute qualité, mais que c''était pas un groupe à faire un «blast», pour moi, c''est un truc pour combos, disons pour faire simple, violents : je me suis trompée, it was a blast. J''étais fière d''eux, quand j''ai pu me faire relayer au guichet (par mes soeurs et mon beauf'' : adorables.) pour aller les voir, je pouvais pas m''empêcher de sourire, je crois que j''en aurais même pleuré (oui je suis une fiotte, ce n''est plus à prouver.). Alors pourquoi je me sens si amère maintenant ? A cause du mec de la sécurité qui en voulant se montrer rassurant m''a fait remarquer que ce show n''était (dixit) pas une réussite. ? Parce qu''à la fin de la soirée, un gars s''est mêlé à un discutage que j''avais avec une paire de messieurs à propos du nombre d''entrées pour me dire pas très aimablement (pourquoi ?) que (dixit) le groupe d''opening avait apporté 70% du public (???). Car mon (dixit) manque d''expérience a diminué la dose de Yawning Man à laquelle le public aurait pu avoir droit, en faisant monter sur scène Warehouse 99 Project trop tard puisque je pensais qu''ils le feraient d''eux même à l''heure prévue. ?

En effet, ce n''était pas financièrement une réussite, en effet W99P a contribué à remplir un peu la salle, en effet je m''y prends comme un pied dans mon rôle de pseudo promoter. Je crois que ce concert était une réussite, je crois que ma promocrou et un certain magazine y sont pour beaucoup dans cette réussite, je crois que les personnes qui m''ont fait savoir qu''elles avaient apprécié le concert m''ont fait me sentir moins nulle : je crois que les rabats-joie peuvent aller au Diable.



Yawning Man était en Angleterre la veille, leur ferry a mis plus de littéralement 3 plombes à arriver en France, une fois là des bouchons assez phénoménaux les attendaient. Miguel, le boss d''Alone Records, m''appelle vers 10h00 pour me dire qu''ils ne seront pas à Paris avant l''après-midi alors qu''ils étaient sensés être là vers 09h00 du mat''. L''enregistrement d''une session acoustique était prévue à 16h00 : annulée. Un nouveau coup de fil de Fredo ((Hernandez) message collector : penser à ne jamais l''effacer) pour me dire que le groupe est en galère d''herbe et que ça serait cool si je pouvais trouver quelque chose pour y remédier. Je téléphone, laisse des messages, envois des e-mails à une sélection de connaissances, l''un d''entre eux fini par me faire signe : j''aurai ma weed dans l''après-midi.

Je pars pour La Scène vers 15h30, en voiture (drivée par chauffeur maman) puisque j''ai un sac plein de bouteilles (près de 40kg.) à transporter, petite halte à Carrefour pour acheter des sandwiches (le catering du pauvre.), après un trajet en clio-sauna de presque 2 heures dans les embouteillages, je me fais déposer dans la rue de la Roquette. Je fais plus que peiner à porter ce putain de sac, je m''arrête pathétiquement tout les 1,50 mètres, les bras enguimauvés par le poids du bagage et du soleil. ENFIN, un passant gentleman me propose son aide : merci infiniment Monsieur. Me voilà au club, W99P est en train de soundchecker, je trouve un nouvel homme fort pour transporter mon chargement jusque dans les loges, tandis que j''installe le catering, le directeur artistique du club se pointe prétextant qu''il a oublié ses lunettes de soleil, il veut avoir l''air de parler affaire et m''explique très clairement qu''il n''est pas trop tard pour ''bénéficier'' d''une réduction sur la loc de la salle via une petite compensation en nature (j''ai envie de lui planter les tire-bouchons de Yawning Man et W99P (oui j''ai ramené une bouteille de bordeaux pour chaque groupe) très profond dans les burnes, mais il y a des gens avec lesquels on est obligé de se montrer poli.).

Yawning Man arrive, dés que je les vois, je les trouve cools, ça saute aux yeux, vraiment sympas ces gars. Vu le retard, ils ne veulent pas faire de soundcheck, ils l''expédieront finalement. On va boire une bière dans les loges avec Gary (Arce – guitare) et Billy (Cordell – basse), ils sont étonnés que je sois ''si jeune'', d''un côté ça me fait vaguement plaisir. Je mène tout le monde à l''hôtel, je retourne au club pour régler quelques dernières choses, en en ressortant je croise Fredo avec un sac plastique à la main : il cherche une laverie ! Ca me fait sourire : Alfredo Hernandez en t-shirt et bermudas qui traîne de la tong, un sac poubelle à la main à la recherche d''une laverie. il y en a une dans le rue de leur hôtel, je l''y guide et je contemple la scène avec attendrissement, pardon mais c''est vraiment trop mignon !



Retour à La Scène, quelques connaissances commencent à arriver, Møjo m''appelle, je pars à sa rencontre pour l''ajouter à mon lot de connaissances, je vais prendre mon maudit poste de caissière dans le hall. Une poignée de clients défile avec régularité aux alentours de 20h00. Quand j''y pense, je leur demande comment ils ont entendu parler de ce concert et leurs réponses me confirment que je dois une fière chandelle à ma promocrou et à Versus (MERCI). Les minutes, les quarts d''heure s''écoulent, W99P ne montent toujours pas sur scène, comment ça se fait ?! tout va être décalé. Au bout d''un moment, je me décide à quitter mon détesté guichet pour aller voir ce qu''il se passe, par chance je croise Dave, le gallois du groupe : ils attendent mon feu vert. les boules. Je lui dis que c''est quand ils veulent, un brin contrariée. Pas cool du tout si le set de Yawning Man se trouve écourté à cause de mon ignardise.



Ca papotte, ça papotte... Ca en oublierait presque que ça a un concert à donner ! Le trio Warehouse 99 Project s''empresse de monter sur scène. Les yeux se tournent vers eux. Karine "Kilminster" Larivet demande aux gens de s''approcher et David "j''ai vu Black Flag en 81" Alkerman enchaine immédiatement les premières notes de "Social Leper''s Club".

On sent l''assistance attentive. Le choix de faire jouer un groupe de rock indé au lieu d''une èniemme formation stoner fait mouche. W99P enchaine les meilleurs morceaux de son premier album éponyme et de celui à venir ("Social Leper''s Club", prévu pour septembre) : "Brain", "Das Is Gut", "My Name Is Sam", ainsi que quelques titres encore inédits. L''alchimie fonctionne parfaitement mais une 2° guitare n''aurait pas été de trop sur certains passages("Filthmouth" par exemple).

A titre personnel, j''ai senti le groupe moins hargneux que lorsque je les ai vu la premiere fois en 1° partie de Romain "Tears For Fears" Humeau où le trio devait en découdre devant un parterre d''étudiants lecteurs des Inrock. Ce soir, W99P a enclenché le pilotage automatique. Il n''y a rien à defendre, rien à gagner. Le tiers du public est constitué de proches et de connaissances. Karine se plaint à plusieurs reprises de retours trop forts (problème que subira aussi Gary des Yawning Man). Mais qu''importe, le public est enthousiaste et conquis. Le groupe se fend même d''un court rappel (Yawning Man pousse derrière) :"Ode To James Brown", puis s''en va sous les applaudissements et le regard satisfait et inquiétant de l''infame Gargouillax...








Je stresse, il me semble que la prestation de W99P traîne en longueur, dans mon incompétence, je n''ai même pas vérifié si ça avait dépassé ou non les 40 minutes grand max prévues. Leur set se termine, on dirait bien qu''ils ont eut du succès...

Miguel vient me voir pour me demander s''il y a un couvre feu, oui à 22h45, il est plus de 21h30 : la haine. Je vais voir les petits gars au soundboard pour leur demander s''il y a moyen de laisser quelques minutes de plus à Yawning Man : non catégorique, je vais dans les bureaux voir le grand chef de la technique et parviens laborieusement à gratter 10 minutes. assez humiliant d''avoir mendié de la sorte, mais ça en valait la peine, 1 ou 2 titres de plus, c''est pas négligeable du tout.

Je suis toujours clouée derrière mon comptoir alors que je sais pertinemment que plus personne ne va se présenter, je suis dégouttée. Un semblant de son me parvient parfois malgré tout, mes soeurs se ramènent : «dégages et vas voir ton groupe». Et merde, j''ai encore envie d''pleurer (fiottattitude again), je résiste quelques instants pour la forme puis une fois ma comédie ayant atteint une durée crédible, je file dans la salle voir mes palm-desertiens.







Le public est même pas mou du genou, je suis ravie, tout le monde a l''air de s''payer du bon temps. Quant au groupe, leur talent est si évident en live. Les tongs de Fredo n''enlèvent rien à sa classe, il est étonnant, et malgré son apparence un peu rude il est loin de se comporter en brute avec sa batterie : il sait autant faire preuve d''un punch décapant que d''une délicatesse minutieuse.




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Gary est peut-être plus remarquable encore, il a un jeu de guitare très spécial, cristallin et doucement heavy, la facette surf music de Yawning Man m''a semblé être particulièrement mise en évidence par le live, le comportement de Gary sur scène contribue à m''influencer dans cette impression puisque je l''imaginerais bien sur une planche de surf moi : on dirait parfois qu''il essaye de ne pas perdre son équilibre, qu''il contient ses tortillements pour rester dans la vague. et il y arrive bien, évidemment, et nous aussi on suit sa vague, et la généreuse couche de delay qui enrobe tout ça rend la musique plus envoûtante encore. Cordell est le seul a avoir un look ''stoner'' avec son t-shirt Black Sabbath et ses bras couverts de tatouages, son jeu de basse est moins soft que celui de Boomer, ça ne l''empêche en aucun cas d''assurer, ces 3 là se connaissent depuis un bail et une telle entente ne peut que se ressentir dans leur musique, et même dans leur attitude puisqu''ils sont toujours en train de comploter entre eux sur scène. Je n''ai malheureusement pas pu voir tout le set de Yawning Man, puisque je ne voulais pas priver mes homologues caissier(e)s de ce merveilleux concert. Je laisse donc mes collègues doomstonautes faire part de leurs critiques.







Setlist : Perpetual Oyster, Digital Smoke Signals, Rock Formations, Split Tooth Thunder, Encounters With An Angry God, Manolete, Fine Od Papa Chile, Advanced Darkness, Crack Harder Dry, Stoney Lonesome, Airport Boulevard, Sonny Bono Memorial Freeway, Buffalo Chips.



Le show est terminé, je recueille quelques impressions auprès d''amateurs : ça semble avoir été un bon moment pour tous. C''est tout ce que je voulais. Mon sauveur, mon fournisseur de weed du jour est là : il y a eu un problème, je me retrouve sans herbe pour le groupe. après lui avoir volé le seul petit bout de shit qu''il avait sur lui pendant la partie de W99P, je le débarrasse en prime de son unique joint (le pauvre.) pour aller le filer backstage à Fredo en félicitant les gars et c''est le très moins que je puisse faire, quand même un peu gênée de leur avoir promis des fines herbes pour ''juste'' leur fournir 2 ou 3 joints de hash au final.

La salle se vide. Dave et Gary semblent avoir sympathisé, il est donc décidé que l''after se fera en famille (YM, W99P, Versus, SlowEnd & friends) à la terrasse d''un bistrot pas trop loin et pas trop cher. Pour changer, mon anglais fait frein pour exprimer ma gratitude et ma satisfaction quant à la prestation de mes poulains d''un soir. Je peux presque sentir que je deviens invisible, simplement spectatrice de YM et W99P qui se fendent la poire ensemble pendant que je disparais. j''ai envie de me barrer.

Le bistrot ferme, mon calvaire prend fin, j''ai loupé mon dernier train depuis longtemps, je demande à Miguel et Gary si je peux crasher à l''hôtel puisqu''ils sont 5 et qu''il y a de la place pour 6. Ca roule. J''arrive pas à dormir, j''suis triste, j''me suis encore faite marcher sur les pieds, pourquoi essayer de se montrer cool ça suffit pas à gagner un peu de respect ?. Je passe ma nuit à fixer le mur en y contemplant ce qui me trotte dans la tête, on dort avec la fenêtre ouverte, quand le ciel commence à bleuir, j''vais mettre mon nez dehors, y a une sorte de muret, je monte sur le toit, il fait frais, il fait silence, il fait beau, ça ne dure jamais. Je vais prendre ma douche, en marchant sur le lit pour passer l''obstacle Gary je le réveille (pardon), tiens j''me suis lavée les dents avec du savon (vous avez déjà essayé ? c''est pas très bon), j''me vide de quelques litres de larmes (fiottattitude 3, le retour), j''écris un mot sur une feuille de mon agenda qui a finit d''être chargé jusqu''à nouvel ordre. j''abandonne ma note (qui a sûrement dû me faire passer – à juste titre – pour une malade mentale auprès de ces si cool gars.) sur les chiottes et je quitte la chambre, l''hôtel, Paris, comme une voleuse.



Pourtant, tout ce qu''il s''est passé à La Scène Bastille ce soir là a frôlé la perfection...

YAWNING MAN

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