Live-report de CLUTCH + FIVE HORSE JOHNSON + Body Fluids @ La Maroquinerie, Paris (F)

— marystonage, 2005-06-06 (644 lectures)

Tout a commenc le 05.05.05 quand Scott, le boss de SmallStone, m''a demand d''interviewer un de ses groupes, FiveHorseJohnson, comme ils passaient Paris l''occasion d''un euro-tour avec Clutch. Moi, toute affole, je l''avais averti que je n''avais encore jamais fait d''interviews autrement que via e-mails, que je connaissais mal ce groupe, que mon anglais craignait et que j''tais quelque peu motive : un brin terrorise, mais paradoxalement tente, j''ai finalement accept, me plaignant quotidiennement quiconque avait le malheur de me tomber sous la main que j''avais la trouille, que mes questions taient pourries, que a serait la honte de ma vie, que j''y arriverais pas. Cette mascarade a dur jusqu''au concert, le 26.05.05. Dans la foule, j''avais galement book une interview avec Clutch pour un magazine, mais de mon ct je n''avais aucune nouvelle indication concernant ma propre entrevue avec FHJ depuis 48h avant le jour J, ce qui a eut pour effet de me faire redoubler d''angoisse. Puis j''ai fini par me faire une raison : plus la peine d''attendre de signe du groupe, si tu veux cette interview, tu vas devoir aller la chercher. Je dcidais donc de me rendre la salle en mme temps que les filles qui devaient interroger Neil de Clutch. Le rendez-vous avec la star tant fix 18h30, nous devions nous retrouver 10 minutes avant.



Mais pourquoi cette station de mtro est si loin de la Maroquinerie. et pourquoi la rue monte. pourquoi il fait si chaud. Mon sens de l''orientation tant dfaillant, j''arpente la rue de Mnilmontant plusieurs fois avant de ne pas trouver la salle, mais les 2 filles (+ 1 en extra : francoise massacre!), coup de pot : autrement j''aurais t capable de ne jamais arriver destination. On poirote un peu en attendant un dernier collgue qui habite dans le coin. Il n''arrive pas. Ah par contre, regardez qui se balade dans la rue : Neil le barbu! Les filles du mag dcident de l''interpeller pour lui faire savoir qu''elles sont l pour l''interviewer. Monsieur Fallon, trs cool, nous propose de le suivre et demande par la mme s''il n''y a pas quelqu''un pour FHJ : je me manifeste discrtement dans un regain d''espoir, ok, I know where they are, just follow me (alleluia!).

1re tape franchie : j''ai pu pntrer dans le club. Par contre, le groupe ne s''attend peut-tre pas ma venue du coup. Il va falloir que je les trouve. On passe devant le coin des goodies. Tiens, ce chevelu l, en train de plier des p''tits t-shirts roses, a serait pas Steve, le bassiste de FHJ, par hasard ? Checkons a : Steve ? - Yep !, doux jsus, j''ai russi. Je me prsente, mais il a devin mon identit et me dit que c''est avec Eric, le chanteur/harmonicateur du groupe, que l''interview se fera. Ce dernier vient passer, tout le monde le suit jusqu''au caf. Je m''installe une table avec lui, le duo d''intervieweuses s''apprte faire de mme : Euh, vous faites quoi ? - Ah, c''est pas le manager de Clutch ?!. Non, non. On dirait bien qu''elles ont perdu Neil.



Bizarrement, je suis pas au comble du stress. Avant de commencer, je rappelle Eric que je suis une novice, et pas des plus doues : mon anglais est pourri, j''tais au bord de la dpression cause de cet vnement, j''ai oubli ma feuille de questions (oops.) : il s''en fout, tout ira bien. Je prends mon courage 2 mains pour dgainer ce que je cache dans mon sac : un magntophone k7 comme il ne s''en fait plus depuis les 80''s. L''interview glousse poliment, moi je glousse tout court parce que cet instant est ridicule, tant que j''y suis, j''en remets une couche en lui montrant l''lment qui complte ma panoplie du petit journaliste : l''appareil photo jetable. Au moins, on a rigol un tantinet, a aide... T''es prt ? - J''suis prt quand t''es prte - Alors on est pas prts de commencer.. L''entretien se passe, mon anglais trpasse, allez donc jeter un oeil cette interview si vous souhaitez complter ce rapport. Une fois cette pnible mais palpitante preuve termine, je propose Eric d''aller pauser un coup histoire de prendre une p''tite tof pour accompagner l''interview, je pensais trouver Franoise qui s''tait propose faire quelques photos, mais non, dommage, utilisons notre Fujifilm... Ok, on va o ? - Dans la rue, nan ? a sera plus parisien. Il prend la pause devant le panneau historique de la rue Boyer, sur fond de poubelles, j''ai pas envie de le faire chier avec une sance photo donc je me contente d''un seul petit shoot. Ca yeah, c''est fini cette fois. Il me demande si la Tour Eiffel et L''Arc De Triomphe se trouvent loin d''ici, Ca t''intresse vraiment ?! a doit tre environ 8 km d''ici., mais tu devrais plutt aller au Cimetire du Pre Lachaise pour saluer Jim Morisson!, j''lui en dit un peu plus sur cet endroit, a l''emballe, il me demande si je reste pour le show, j''acquiesce, il me demande si on peut pas y aller aprs, j''acquiesce, puis je me rappelle que c''est ferm la nuit, il parat du, j''lui dit que s''ils ont dj fait leur soundcheck on peut y aller maintenant, il reprend espoir puis fait une rechute quand il se souvient que leur set commence dans moins de 2 h. Je lui dit qu''il peut toujours y aller demain matin, les larmes aux yeux, il me dit qu''ils devront se mettre en route pour l''Espagne et qu''ils n''auront pas le temps. Tant pis, a sera pour une prochaine fois ouais c''est vrai, on va srement revenir ici dbut 2006 (yes!). On se quitte sur cette bonne nouvelle.



Avec tout a, les portes viennent d''ouvrir, le hall est dsert pour l''instant. J''achte ma place. Les soeurs-journalistes n''ont pas termin leur session, j''ai perdu Franoise, le collgue (qui avait fini par arriver in-extremis) est introuvable, je suis toute seule, j''m''emmerde. J''ai pas envie d''investir la salle tout de suite, je me passe de Body Fluids . mais finalement, je me rsigne et j''y vais. On ne s''attardera pas sur ce groupe nu-rap-mtal (?) franais, qui n''est qu''un ramassis de minets rests bloqus sur Korn et RATM depuis le CM2, et qui n''a srement aucune ide de qui sont Clutch ou FHJ. Notons toutefois que : sur les tickets, leur nom figure en plus gros et au-dessus de celui de FHJ (oui, c''est qu''un dtail, mais c''est trs injuste et exasprant mon humble avis) - ils disposaient de 3m² de scne, le batteur tait dos au public et une partie de leur matos tait pos sur des cageots raz de la scne, dans la salle - ils taient flanqus d''un back-line de luxe et de caisses bourres d''effets dont 1/10° a d servir - le guitariste a toujours trouv le moyen de se montrer sur scne, mme pendant les sets de nos groupes, en jouant son petit technicien. Bref, des posers dans toute leur splendeur. Stop.



Entracte. Franoise surgit de nulle part, on papote un peu parce qu''on en a jamais eu l''occasion avant, p''tit Louis surgit son tour, on papote, j''me retourne : Francine a disparu. FiveHorseJohnson entrent en scne, Franoise rapparat.







Et moi qui m''tais envoye la disco complte de FHJ intensment depuis dbut mai pour alimenter mes questions, je reconnais les titres, oui, sauf que l, ils sont carrment plus lourds, ce qui a pour effet de dboogieser ce qu''on connat d''eux en version studio, et j''avoue que je les ai plus aim sur scne justement parce que j''ai quelques difficults tre touche par du son boogie, bien que le leur soit arrang une sauce hard 70''s qui rend le tout beaucoup plus digeste, pour moi en tout cas. Pareillement, je ne suis pas fan d''harmonica, instrument trs frquemment utilis par FHJ, et je lui dcouvre en live un aspect couillu que je ne souponnais pas et qui me convainc beaucoup plus.







Franoise avait trouv, aprs coute de quelques titres, que FHJ n''tait pas sans rappeler Captain Beefheart, et c''est vrai, mais bien que je ne sois point du tout experte en Beefheart, certains morceaux d''FHJ me faisaient plus prcisment penser au Captain avec sa Magic Band, en une version moins sche, a se confirme en live. Malgr l''embonpoint de la moiti des membres du groupe, l''ensemble est super nergique surtout les 2 plus dodus d''ailleurs : Eric nous offrira parfois de trs jolis petits pas de danse, et le batteur, Jean-Paul (oui oui, celui de Clutch), est pourvu d''un punch assez impressionnant qui ne passera pas inaperu aux yeux et oreilles de ma collgue slowendienne, une connaisseuse.







Tout comme je pense que peu de monde parmi le public connaissait ce groupe, je pense galement que beaucoup ont d tre conquis par les 9 titres jous, et que ces ricains gagneraient particulirement tre moins inconnus.

Setlist : Cherry Red, Can''t Check It, Keep Yer Prize, Silver, Feed That Town, God''s Of Demolition, Mississippi King, Shine Eyed, 10 ¢ Dyno



Entracte. Franoise me parle, je discerne 1 mot sur 2, dont boire, je dis oui. On se dirige vers le bar, elle m''offre une demie, elle se paye un verre de rouge. Bla-bla ...FHJ, harmonica, JP, Captain Beefheart, Black Flag, SlowEnd, booking, OM, Gibert, pantalon en cuire... On y retourne

? Sur le chemin, squence nostalgie : je croise 2 anciens collgues : Charly & Lulu (non non pas ceux auxquels vous pensez).







Melle Massacre et moi n''avons aucune difficult retrouver nos places tout devant la scne, il y a plutt du monde mais c''est quand mme loin d''tre blind. Clutch est l, et entame nonchalamment sa prestation par ''Mercury'' et ''Profits Of Doom'', les 2 premiers titres du dernier album, ''Blast Tyrant''. Et c''est le dbut de ce genre de concerts, plutt rares, qu''on qualifie de tuerie, JP et Neil y sont pour beaucoup. JP a vraiment un jeu viscral hyper-puissant qui ne peut qu''inspirer le respect, les coups partent tout seul et sont assns avec une force qui semble tre tout simplement inpuisable (rappelons qu''il drums aussi chez FHJ durant cette tourne). Quant Neil, Franoise lui a trouv un slogan Pimousse qui lui sied assez bien, ce p''tit leader en a dans le ventre, il doit renfermer quelque chose comme une batterie autonomie perptuelle, il s''investit corps et voix dans ce qu''il fait, et ce qu''il fait a l''air de l''investir en retour, puisqu''il est sujet des convulsions ds qu''une effluve sonique brutale parvient lui, c''est dire souvent : on appelle a un change de bons procds. Procd tellement efficace que le public parat tre nettement plus rceptif qu'' l'' ''accoutume''.







Il faut dire que le groupe a gnreusement t piocher dans absolument chacun de ses full-lenghts pour constituer une setlist de 19 morceaux, dont 2 indits, ''Gullah'' et ''Gravel Road'', issus de Robot Hive/Exodus, leur prochain disque sortir fin juin 05 : de quoi satisfaire nophytes et vieux de la vieille. Dj pas avare dans le nombre de chansons joues, Clutch ne lsinera pas non plus niveau dure, puisque les derniers titres auront tendance prendre de la longueur en virant au jam, ce qui me surprend comme, d''aprs les albums, je ne les sentais pas du tout comme un groupe jammer et qu''ils s''avrent aussi assurer dans ce domaine en nous servant des impros particulires, pas lazy comme le sont souvent ce genre d''criture automatique musicale.







Post-show, tout s''explique quand le collgue retardataire du dbut de cette histoire m''apprend que les membres de Clutch ont galement un groupe instrumental : The Bakerton Group... Vous saviez a vous ? Dans l''enthousiasme gnral, et aprs les appels d''un public tonnamment insistant et persvrant (a devrait arriver plus souvent!!), le groupe se repointe pour un 20° titre, avec Eric de FHJ en guise de guest l''harmonica, pour clore ce mmorable show par une version lastique de ''Big Fat Pig'' (?). A PURE rock fury.

Setlist : Mercury, Profits Of Doom, Cypress Grove, Pure Rock Fury, Gullah, Red Horse Rainbow, The Elephant Riders, Shogun Named Marcus, The Swollen Goat, The Mob Goes Wild, Big News I & II, Army Of Bono, Sea Of Destruction, Gravel Road, The Regulator, La Curandera, Escape From The Prison Planet, Big Fat Pig (? – rappel)



SI JE PEUX ME PERMETTRE (par Franoise Massacre) :

. de rajouter mon grain de sel ce trs complet live report qui m''inspire nanmoins deux trois prtritions usuelles et transculturelles en vrac :

- Comme je tentais de l''expliquer avant le concert ce type dont j''ignore le prnom en biberonnant mon vin rouge au bar de La Maroquinerie, je n''ai jamais t une grande adoratrice de Clutch sur disques. Pourtant, ce jour l, j''avais quitt ma banlieue 17h00, j''avais bouilli environ une heure dans un RER A surchauff, j''avais gravi la rue de Menilmontant au pas de course pour arriver devant la salle 18H00 au bord de l''arrt cardiaque en dgainant un billet de 20 euros en change du Saint-Graal, c''est--dire, une place pour ce foutu concert, alors que pour le mme prix, j''aurai largement pu avoir une place au paradis, et que, pis encore, j''osais enchaner Clutch+FHJ au lendemain du concert de Meshuggah au Trabendo, sachant que peu, trs peu de groupes sont capable de survivre l''preuve fatale de l'' Aprs-Meshuggah .

- Et alors vous vous demandez pourquoi j''ai fait tout a pour aller voir ce groupe que je n''aime QUE moyennement, et dont j''ai honteusement tlcharg le dernier album sans mme avoir fait l''effort de l''couter une fois avant le concert ?

Tout simplement parce que je savais que la carotte qui pendait devant mon nez tait gorge des forces sacres du Boogie primitif, que le rock''n''roll crasseux qu''on appelle Stoner Rock n''est jamais meilleur que jou live, sur une scne, par une poigne de barbus chevelus dgoulinants qui ne sont l que pour une seule raison : l''amour du jam, l''amour du gros riff (primaire, qui vient de l, qui vient du blues, et qui se refuse tout baratin intellectualisant, ce qui fait qu''on peut se laisser aller bouger son cul, sa tte et ses pieds du dbut la fin, sans se raviser tout d''un coup parce qu''on se retrouve soudain spectateur de son propre ridicule). J''ai du mal la dire tellement a relve de l''exceptionnel : non seulement je n''ai pas t due, mais oui, je me suis tortille pendant prs de deux heures, oui, j''ai souri, et oui, j''ai mme d crier deux ou trois fois pour encourager les musiciens. Croyez-moi, a ne m''arrive pas tous les jours, et je n''tais mme pas dfonce.

- Maintenant que je sais que le batteur s''appelle Jean-Paul, je l''aime un peu plus encore. Jean-Paul a le groove au bout des baguettes, il vous clate un simple 4/4 carr en mille morceaux tout ronds. Jean-Paul porte un maillot de foot, l''habit ne fait pas le moine, et je voudrais savoir s''il adule Elvin Jones.

- A propos de Captain Beefheart, quand j''ai prononc son nom, les mecs de FHJ qui zonaient au stand m''ont rpondu par un sourire qui en dit long, aussi long qu''un : Ouais, mec entendu et complice. Il ne m''en fallait pas plus. Des gars qui aiment Captain Beefheart ne PEUVENT PAS tre foncirement mauvais.

CLUTCH

FIVE HORSE JOHNSON

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