Interview de YAWNING MAN

— franoise massacre, le 27 mai 2005 (961 lectures)

Yawning Man a commencé à jouer au milieu des années 80. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de sortir un premier album « officiel » ? Vous aviez pourtant déjà pas mal de matériel en stock.

Gary Arce : D'abord, on a toujours joué ensemble, sous différents noms: Yawning Man ou Sort Of Quartet. Mario et moi on jouait tous les deux dans ces groupes ainsi qu'Alfredo. Depuis peu, nous jouons aussi dans Ten East avec Mario. Yawning Man, finalement, c'est juste un projet parmi d'autres.

Et pourquoi avez-vous finalement décidé de sortir « Rock Formations » en 2005 sur le label espagnol Alone Records ?

Gary Arce : Tu vois, je mangeais des chips à la salsa dans un café espagnol, et j'étais en train de penser : « je suis en train de manger SEUL », et le serveur s'appelait Miguel . Alors, quand Mario m'a appelé le lendemain et m'a parlé d'Alone Records, j'ai pensé : « J'ai eu une sorte de prophétie dans ce café espagnol, j'étais SEUL et le serveur s'appelait MIGUEL (ndlr : Miguel est le prénom du boss d'Alone Records). Ca doit être un signe».

Au moment où vous jouiez tous dans différents groupes (Kyuss, QOTSA, the Sort Of Quartet, Fatso Jetson, Oddio Gasser, etc.), est-ce que vous avez quand même continué à jouer avec Yawning Man, ou est-ce que vous avez fait un break à ce moment-là?

Gary Arce : On s'est séparé et on est parti dans des directions musicales assez différentes. Mais Mario et moi, on n'a jamais arrêté de jouer ensemble, même quand c'était pour enregistrer des morceaux sur 4-pistes à la maison (Oddio Gasser).

C'est comme si (dis-moi si je me trompe) vous n'aviez jamais pensé à splitter Yawning Man pendant ces 20 ans, même si vous aviez pas mal de groupes à côté. Est-ce que c'est parce que vous considériez tous Yawning Man comme une sorte de famille musicale, et que vous saviez que chacun de vous serait d'accord pour recommencer à jouer le moment venu ?

Gary Arce : Effectivement. Même au moment où j'ai eu des enfants, j'ai toujours continué à écrire et à enregistrer des morceaux sur un petit magnétophone. Avec Alfredo, on jouait de temps en temps, et on appelait Mario. On jouait alors sous un nom différent, mais on est finalement revenu à Yawning Man.

Avec du recul, quel regard portes-tu sur l'influence que Yawning Man a pu avoir à l'époque sur toute la scène Desert Rock de Palm Spring, et sur une scène Stoner plus large, même si Yawning Man n'a rien de Stoner ?

Gary Arce : Je n'ai jamais vraiment réalisé qu'on avait influencé d'autres groupes. On jouait, on écrivait des morceaux et on les gardait pour nous, tout simplement. Palm Spring a toujours eu une scène musicale, et ce bien avant Yawning Man. Il y avait une bonne petite scène punk, avec des groupes comme Dead Issue, Scabies Babies, Willful Failure, The Breed (Mario, Alfredo et moi), Target 13. Le Stoner est une vaste catégorie. Il peut être hard, lent, heavy ou space. Pour moi, le vrai Stoner, c'est les 70's et des groupes comme Black Sabbath et Deep Purple. C'est devenu une étiquette que des gens ont collée sur ce qu'ils faisaient, histoire de se caser, d'appartenir à quelque chose.

Est-ce que tu peux me parler des premiers sursauts de cette scène de Palm Spring quand Yawning Man a commencé à jouer, des premières Generator Parties, de la manière dont tu t'impliquais dans tout ça à l'époque, de tes connexions avec Brant (ndlr : Bjork), Josh (ndlr : Homme), John (ndlr : Garcia), Mario (ndlr : Lalli), bref de toute cette époque qui fait vraiment partie de l'histoire du Desert Rock ? Et puis, comment expliques-tu l'émergence de toute cette scène particulièrement créative dans la région de Palm Spring ?

Gary Arce : On était assez jeunes, on buvait des bières et on jouait de la guitare, sans fin. On a commencé à jouer dans le désert parce qu'on trouvait ça tellement beau la nuit... Les toutes premières « parties » qu'on a fait, c'était avec Across The River et d'autres groupes de Los Angeles. Il faisait froid, tout le monde était bourré, le ciel était plein d'étoiles et on pouvait entendre les coyotes au loin. Parfois, Yawning Man pouvait jouer pendant des heures, et rien qu'un morceau pouvait durer plus d'une heure. On se perdait dans les jams, sans aucune notion du temps. Au début, on ne connaissait pas vraiment les gars de Kyuss. Ca s'est fait bien après. Je crois qu'ils ont participé aux Generator Parties plus tard, dans les années 90, quelque chose comme ça, je ne sais pas. Les seuls groupes locaux qui participaient aux Generator Parties et que je connaissais vraiment à l'époque, c'était Yawning Man, Across The River, Unsound et Dotted Swiss. Je dirais que c'était une période très créative, parce que le désert est un monde isolé, loin des modes et loin des villes.

La musique de Yawning Man brasse tellement d'influences, part dans tellement de directions, passe par tant de paysages différents qu'elle est très difficile à décrire. Comment la qualifierais-tu ?

Gary Arce : Pittoresque, lunatique.

D'où vient le côté Surf Music, très présent dans « Rock Formation », et particulièrement dans le traitement de tes guitares ? De Dick Dale, des Ventures, des Shadows ?

Gary Arce : On a toujours aimé ça, même la Surf Music primitive. Si tu écoutes Sort Of Quartet ou Fatso Jetson, tu te rends compte qu'il y a toujours eu un côté surf dans les guitares. Et effectivement, Dick Dale est incroyable, et tellement puissant sur scène.

Est-ce que les morceaux de « Rock Formations » ont été composés spécialement pour l'album ou avez-vous recyclé des morceaux qui existaient déjà ?

Gary Arce : Ce sont des morceaux que j'avais écrits plusieurs mois avant l'enregistrement, à l'exception de quelques parties improvisées.

Alone Records s'apprête aussi à sortir une compilation de Yawning Man avec du matériel plus ancien. Est-ce que c'est une manière de faire un état des lieux, de tirer un bilan et de repartir à zéro ?

Gary Arce : Oui, Miguel va sortir nos vieux morceaux, mais dans le même temps, il sort des morceaux récents. Tout ça, ça n'est finalement que de la musique, sans limite de temps. Du vieux, du neuf.c'est cool. Je n'arrêterai jamais de jouer ou d'écrire.

Vous allez bientôt tourner en Europe pour la première fois en 20 ans d'existence. Comment te sens-tu avant la tournée ? Qu'est-ce que ça représente pour toi ?

Gary Arce : Je me sens bien. J'ai hâte de jammer. Ce que ça représente pour moi ? Pas de boulot pendant 2 semaines et beaucoup de bières.

Pourquoi Mario «Boomer» ne part-il pas en tournée avec vous?

Gary Arce : Il y a pas mal de trucs personnels pour lui en ce moment. Alors j'ai décidé de monter Ten East, qui est un tout nouveau projet, dont les basses et les batteries ont déjà été enregistrées (Billy Cordell, Bill Stinson qui joue avec Chuck Dukowski et Greg Ginn de Black Flag). Mario et moi, on peut alors écouter la section rythmique, après quoi on va enregistrer les overdubs de guitares et les voix en studio. De cette manière, Mario peut prendre son temps, sans pression. Nous pouvons travailler à notre rythme, en fonction de notre emploi du temps.

Qu'avez-vous prévu après la tournée ? Un nouvel enregistrement, un break, continuer vos projets parallèles respectifs ?

Gary Arce : Continuer à travailler avec Yawning Man, et commencer les guitares et les voix pour 10 East.

La question à un million de dollars. Qui est cet homme à lunettes intriguant dont on aperçoit le visage dans l'avion, au dos de la pochette de « Rock Formations » ?

Gary Arce : C'est Larry Lally, le cousin de Mario. Il a fait des guitares additionnelles sur l'album. Ca n'aurait pas été juste de le laisser de côté.

Le mot de la fin ?

Gary Arce : See you guys later

YAWNING MAN

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