Interview de UNIVERSE217

— Rocky Turquoise, le 10 mars 2014 (783 lectures)

Pour commencer, est-ce que tu pourrais présenter Universe217 à nos lecteurs francophones ?

Bonjour. Nous sommes un groupe de quatre membres (Tania au chant, Manos à la guitare, Nikos à la basse et Manos à la batterie), et on vient d'Athènes, en Grèce

Votre musique est très originale, même pour un public de fans de doom metal. Quand je lis vos chroniques sur le web, c'est assez amusant de voir qu'il n'y a pas un seul chroniqueur qui cite les mêmes groupes de référence pour décrire votre musique. Est-ce que vous avez le sentiment d'appartenir à la scène doom metal ? Ou est-ce que vous vous positionnez en marge ?

Ce que l'on fait est lourd, lent, et parfois axé sur des gros riffs. L'objectif est de créer une “gigantesque” atmosphère qui t'absorbera tout entier, et les tempos lents aident beaucoup pour ça. On pense que “doom” est le mot juste. On n'a jamais réellement essayé de sonner “unique” ou “étrange”, c'est sympa quand d'autres estiment que ton travail à une âme qui lui est propre, merci à toi pour tes mots gentils.

En ce qui me concerne, je trouve que votre musique évolue beaucoup au cours de vos sorties, mais chaque fois il y a un groupe qui me revient plus particulièrement :
- sur le premier album je pense aux groupes des soeurs Edvardsen - II me fait surtout penser à Beyond Dawn (j'imagine que c'est inévitable, avec ce type d'utilisation de cuivres) - Concernant Familiar Places, il est vraiment lourd et heavy avec un son qui rappelle Solitude Aeturnus - Never, en ce qui me concerne, fait penser à Rush qui aurait écrit un album doom metal. Est-ce que tu es d'accord avec ça ? Qu'est-ce qui fait évoluer votre sound de sortie en sortie ? Est-ce que c'est la découverte d'un groupe qui vous marque tous à un moment ou à un autre ? Ou est-ce que vous souhaitez simplement essayer quelque chose de nouveau à chaque fois ?

Je pense qu'il n'est pas possible de ne pas évoluer. Tu deviens les choses que tu détestes et ensuite tu détestes les choses que tu aimais, et ça te mène à découvrir de ce que tu es réellement. On écoute beaucoup de groupes différents, et on devient accro à des choses diverses. Je ne crois pas qu'il nous soit arrivé d'être synchros en ce qui concerne nos influences respectives. Mais on veut tous faire de la meilleure musique, plus sincère et audacieuse, et c'est quelque chose de très fort.

Pendant qu'on parle de Beyond Dawn, j'en profite pour demander si Pity Love est un album important pour Universe217 ? En ce qui me concerne, à chaque fois que j'entends ce type d'utilisation de cuivres, il faut que je me le repasse. Vraiment un disque génial.

L'utilisation des cuivres ça vient pour nous d'autre chose. Les marches funéraires jazz et les fanfares ambulantes ? Et aussi ce feeling New Orleans et toutes ces trompettes « hors du temps » sur des bandes originales. On joue fort, aussi fort qu'un groupe rock en a l'habitude, et on voulait un instrument qui ressorte et qui tranche avec les parties lourdes, pas quelque chose de niais, mais quelque chose qui ait un caractère fort.

De façon plus générale, vous avec l'air de touches-à-tout de part l'utilisation d'instruments divers et inhabituels. Est-ce que tu peux nous dire comment vous avez l'habitude d'écrire vos morceaux ? Est-ce que vous réfléchissez à l'inclusion d'instruments dans vos morceaux au hasard de vos rencontres avec des nouveaux musiciens ? Ou est-ce qu'à l'opposé vous vous lancez avec une idée précise de ce que vous voulez faire ?

Eh bien, en fait, à part pour la partie avec le violoncelle, on (le groupe) joue nous même tous les instruments lors des enregistrements. Est-ce qu'ils sont si inhabituels ? Ca ne m'est jamais venu à l'esprit. Être plein de ressources c'est -je crois- quelque chose d'important pour jouer de la musique. On ne fonctionne jamais de la même façon d'un morceau à l'autre, mais d'habitude, quand on répète, on devient sûr de ce qu'on veut faire, et puis on commence à enregistrer. Et cela ne se termine que lorsqu'on atteint la bonne atmosphère. On expérimente avec tout ce qui nous tombe sous la main. Différentes humeurs, différents rendus.

Près de la moitié de vos sorties sont autoproduites. C'est le cas pour Never et le split 7” avec SuperPuma dans vos sorties récentes. Est-ce un choix ? Ou est-ce que c'est difficile pour vous de trouver un label qui vous convienne sur la durée ?

En fait c'est plutôt un soulagement d'avoir la possiiblité de sortir ce que tu veux et quand tu le veux. Et en terme de budget, c'est plus simple aussi. Il y a aussi que l'on a pas trouvé un label qui nous soutienne et avec lequel on pourrait s'engager de la même manière qu'on s'engage dans notre musique.

Parlons un peu de Never. J'ai regardé un peu sur internet, et j'ai l'impression que c'est votre premier disque à avoir une couverture médiatique “convenable”, au moins en dehors de la Grèce. Je me trompe ?

Pas du tout, c'est tout grâce à Viral Propaganda, et on ne peut jamais assez l'aider.

De façon plus générale, est-ce que vous êtes satisfaits des retours sur Never ? Je n'ai encore pas trouvé de chronique négative.

Quand on a commencé à tourner pour cet album, on a eu de ces retours qui nous ont poussé à croire que cette fois on avait trouvé le truc. Public plus important, des audiences enthousiastes. Les chroniques sont venues après. Ca fait un sacré effet quand tu découvres que tu y mets toutes tes tripes, et qu'il y a des gens qui trouvent ça authentique et qui acceptent ça comme une partie d'eux-même.

Vos sorties splits semblent très cohérentes, ce qui est assez difficiles avec ce type de format. Vous semblez avoir travaillé avec les autres groupes pour avoir les uns et les autres un son plus proches dessus. Est-ce que tu peux nous parler un peu de l'écriture et de l'enregistrement d'Intercourse et du split avec Lucky Funeral ? Comment est-ce que vous avez connu ces mecs ? Quel a été l'élément déclencheur ?

Merci à toi d'avoir écouté toute notre discographie. Vraiment merci. On fait des shows en acoustique depuis quelques temps maintenant, et on voulait que les morceaux sortent sur un support d'une façon ou d'une autre. Du coup on a demandé à des amis de faire ça avec nous, de jouer en quelque sorte différemment, de sortie qu'on puisse sortir un disque qui ait du sens et pas juste deux groupes qui impriment un disque ensemble. On connait les groupes depuis des années, ce sont des amies et puis une famille, et c'était une partie importantes de ces sorties aussi.

Il y a quelques temps, on a fait une interview avec les Athéniens d'Allochira (qui vous ont recommandé, d'ailleurs, quand je leur demandé de citer des bons groupes grecs), et je leur ai demandé s'ils se voyaient participer à une desert party remise au goût du jour, quelque part dans la Grèce sauvage. Et puis ensuite je suis tombé sur cette vidéo sur votre channel YouTube, où vous jouez à même le sol dans un paysage désertique, et j'en suis sorti tout excité. Est-ce que tu peux nous raconter où c'était et comment ça s'est passé ? Est-ce que c'était une bonne expérience ? Vous avez eu l'occasion de le refaire ?

Tu dois parler de cet endroit “aloula”. C'est un lieu où dans les anciens temps ils ont taillé la roche pour en faire des temples troglodytes. Dès la première fois que je m'y suis rendu, j'ai eu envie d'y jouer. On a du trimballer tout notre matériel jusqu'en haut des montagnes à la main, ça a été assez pénible, mais c'était vraiment super. Je crois que l'endroit où tu joues, la façon, et comment tu partages le moment, ou ces sensations, ont beaucoup changé nos dernières années, et ça s'est fait pour le mieux. On travaille déjà sur deux nouveaux projets dans le même genre. Tu sais, essayer de se fondre dans un endroit et d'y créer du son, l'enregistrer et le partager. Allochiria sont de bons amis, et un super groupe. Beaucoup d'énergie et d'enthousiasme.

Vous avez eu l'occasion de jouer avec des groupes renommés : Om, Scott Kelly, Danny Cavanagh... Est-ce que tu crois que jouer avec eux a pu avoir une influence sur votre musique d'une certaine manière ?

Bien sûr. Les voir jouer de près, voir comment ils réagissent et gèrent les choses, on en retire toujours quelque chose. C'est plus le rapport qu'ils ont avec eux-même et avec leur musique que la musique elle-même, mais ça influe définitivement sur la façon dont tu joues aussi.

J'oubliais Madder Mortem ! Vous partagez des points communs avec eux, particulièrement dans le chant de Tania. Vous avez eu l'occasion d'échanger ?

Un petit peu. Super gens, et super groupe. Et puis quelle voix.

Celle-ci est pour Tania. J'ai lu beaucoup de comparaisons sur ton chant. Beaucoup de chroniqueurs citent des chanteuses metal ou hard rock (ici à Slow End, un de nos chroniqueurs parlais d'une “Janis Joplin sans les fleurs ni les acides”), mais j'imagine que tes influences sont plus larges. Peut-être aussi des chanteurs masculins ?

(j'ai demandé à Tania au téléphone, et bien elle est définitivement influencée par les 70s et le blues. Elle aime surtout les voix fortes et masculines. Chris Cornell, Plant, et ce genre de choses)

Je n'ai pas eu l'occasion de vous voir sur scène, mais vous avez l'air d'avoir une solide réputation d'après les reports. De manière générale, comment est-ce que le public répond à vos shows ?

On est surtout un groupe de scène, et on s'y donne à 120%. Quand tu viens nous voir, tu t'exposes. Si tu n'es pas toi, tu n'arriveras nulle part, et nous on veut aller loin. Les retours sont en général très enthousiastes. Nombreux et divers. Y'a un truc qu'on a du bien saisir :)

Est-ce que vous avez eu l'occasion de jouer des “gros” concerts, avec un public nombreux, depuis que le groupe existe ? Dans l'ensemble, est-ce que vous trouvez que la musique d'Universe217 convient mieux à des petits salles ou à des grands espaces ? Chaque concert doom mémorable auquel j'ai pu assister a eu lieu dans des petites salles, avec les murs et le sol qui tremblaient de la puissance des guitares. Mais c'est difficile d'imaginer ce qui convient le mieux à une musique qui occupe autant d'”espace” que la votre.

On a eu l'occasion de jouer de gros concerts, oui. On adore les endroits plus petits. Il y plus a puissance, tu respires le même air et partage un petit espace avec tout le monde. Tu peux électrifier l'endroit et tout le monde se tient à moins d'un mètre de toi. Les basses te remuent les tripes. Si tu es bon là-dedans, c'est une façon de pénétrer l'esprit des gens. Personne ne peut y être indifférent, ou se tenir en dehors de l'action. C'est toi, quelques baffles, et ton besoin de laisser les choses sortir. Comme fan, j'ai toujours envie de voir les groupes jouer le plus près possible. C'est l'échange qui est important, et tu n'as pas d'échange avec des murs vidéo et des effets pyrotechniques et 20 000 personnes ivres qui s'éclatent en festival et ce genre de choses

Est-ce qu'il y a un groupe avec lequel vous aimeriez tous jouer ?

Bien sûr. On aimerait jouer avec autant de groupes qu'il est humainement possible. Et le truc le plus intéressant quand tu joues de la musique, c'est de la faire avec d'autres groupes.

Et un groupe français ? Y'en a un que vous aimez tous ?

Sans hésitation Gojira. Super musiciens, super musique, c'est infernal.

Une question sans rapport : c'est quoi ce nom de groupe, Universe217 ? Est-ce qu'il y a une référence qui m'échappe ? Est-ce que tu peux parler un peu des influences extra-musicales du groupe ?

C'est juste un bête nom. Il n'a aucun sens en fait.

Vos vidéos sont très symboliques, parfois même obscures. Est-ce que les vidéos sont une part importante de la musique et de l'universe de Universe217 ? Vous semblez beaucoup aimer en faire

Des modes d'expression différents. Faut qu'on les essaie tous pour être sûrs. On fait de notre mieux pour donner différentes couches à ce qu'on fait, et la vidéo est un super outil, elle donne une nouvelle dimension à tout ça.

Quel est le futur pour Universe217 ?

On a prévu une tournée en Europe à la fin du mois de mai, une dizaine de concerts en Grèce d'ici l'été. On enregistre aussi. On est toujours en train d'enregistrer. On est en train de rassembler des morceaux pour un album acoustique et un nouveau split. Et puis des projets en matière de vidéos. Et on adorerait venir en France.

On va finir sur une question plus légère. Est-ce que tu aurais un produit pour les cheveux à recommander en Grèce ? En France on a des milliers de shampooings et de laques qui sentent les fruits exotiques ou quelquefois puent la mort. Tu sais jamais quoi utiliser comme produit pour te débarasser de ça. J'ai été une fois à un concert d'Obituary, et ça schlingait le Mixa bébé dans la salle. C'était assez marrant en vrai, mais pas très metal, si on fait exception de la beauté de ce tourbillon de tignasses headbangantes.

C'est pas vraiment un problème en Grèce. Quand tu vas voir un groupe populaire, et que c'est dans une cave puante ou dans un lieu dangereusement bondé, ou les deux, ça sent la bière renversée et la sueur en quelques minutes. Mais tu es le bienvenu si tu veux ramener tes shampooings et venir headbanger avec nous, quand tu veux.

Merci pour votre temps et votre musique. J'espère qu'on vous verra sur scène en France à l'occasion. Les derniers mots sont pour toi

Merci à vous pour votre support. On adorerait venir en France. J'invite chaleureusement tourneurs, promoteurs, ou toute autre personne qui pourrait nous aider à venir en France à nous contacter.

(ndlr : contact à http://universe217.bandcamp.com)

UNIVERSE217

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