Interview de CAPRICORNS

— marystonage, le 29 septembre 2005 (702 lectures)

Où l'on apprend de la bouche de Nathan Bennett, guitariste de Capricorns, que son groupe, c'est de l'Histoire sans paroles...

Le website de Capricorns n'ayant jamais été très fourni et le groupe n'ayant qu'un EP 3 titres à son actif, on ne sait finalement pas grand chose à votre sujet. Mis à part le line-up : Chris Turner (Orange Goblin), Dean Berry (Iron Monkey), Nathan Bennett & Kevin Williams... Tu nous racontes d'où vous venez et comment est né Capricorns ?

Oui, nous sommes des fainéants et des luddites finis (ndr : partisans du luddisme, c-à-d une bande d'ouvriers anglais menée par Ned Ludd au début du XVIII° siècle, qui détruisait régulièrement des machines, selon eux source de chômage (en gros : la technologie n'est pas le truc de Capricorns)), les mises à jour du site sont donc rares et espacées. C'est pas professionnel du tout, je sais, mais faudra faire avec. Pour ce qui est de nos origines : je suis né et ai grandit à New York. Tout les autres sont anglais, Kevin vient de Bedford aux alentours de Londres, Chris vient de Wolverhampton dans le Midland et Dean est de Londres même. Nous sommes tous des amis de longue date et nous avons décidé de former un groupe ensemble car nous nous figurions que l'on pourrait faire quelque chose de pas mal.

Et pourquoi ce nom, Capricorns ?

Un de nos ami prévoyait depuis des lustres de fonder une sorte de 'dirty Goblin / Gallo horror band' et voulait baptiser ceci Capricorns. Super idée, mais elle ne s'est jamais concrétisée, alors on lui a demandé si on pouvait lui voler ce nom. Je crois qu'il est vraiment déçu qu'on ne sonne pas comme Orange Goblin. Mais attends. Je crois que je suis également déçu qu'on ne sonne pas comme le Goblin ! Oh, et puis tant pis.

Vous vous apprêtez seulement à sortir votre 1er full-length. Comment se fait-il que ça ait pris autant de temps, alors que quand je vous ai vu à Londres en avril dernier, vous sembliez avoir moult nouveaux morceaux en stock ?

Nous voulions simplement écrire un disque réellement bon, et pas de la soupe ! Ce genre de chose peut prendre un certain temps. J'espère qu'on a réussi.

J'avais volé la setlist à la fin de votre prestation, ça donnait ça : Dumb, Comrades In Tears, War, Gossamer, New Stab, Queens Of Bruises, Tapeworm. Je suppose qu'on va retrouver certains de ces titres sur 'Ruder Forms Survive' ? Ca te dit de nous compléter le tracklisting de l'album, en développant un peu ?

Il est rare que nos titres apparaissent sous leur noms officiels sur les setlists, on a toujours des titres de travail crétins quand on écrit une chanson et c'est ceux-là qu'on note sur les setlists. De toutes façons ils sont bien trop affreux pour être utilisés sur un disque. 5 des titres que tu as cité font partie du nouvel album, dont voici la tracklist : 1977: Blood For Papa 1969: A Predator Among Us The First Broken Promise 1440: Exit Wargasmatron 1066: Born On The Bayeux 1946: The Last Renaissance Man 793AD: The Harrying Of The Heathen A l'exception de 'The First Broken Promise', dont le titre a été choisi par Eugene Robinson d'Oxbow comme il y chante, tout les morceaux font référence à des événements et personnages clefs de l'histoire. Je te laisse deviner ce qui se cache derrière chacun. Certains sont assez évidents, d'autres beaucoup moins. Par exemple, '1440: Exit Wargasmatron' est un titre inspiré par Gilles De Rais dont tu sais sûrement qu'il a été un caractère plutôt intéressant de l'histoire française (ndr : maréchal de France accusé (à raison) d'hérésie, du meurtre de centaines d'enfants, de s'adonner à l'alchimie et au satanisme, condamné à mort en 1440 pour ces raisons).

Comment Eugene Robinson a été amené à poser sa voix sur un de vos morceaux ? C'est un invité assez inattendu ! Rien à voir avec la musique de Capricorns.

Le 2ème concert qu'a donné Capricorns dans sa carrière était en compagnie d'Oxbow et nous aimons tous énormément ce groupe avec lequel nous nous sommes rapidement liés d'amitié. Personne ici n'a une voix comme celle d'Eugene, ni même une telle prestance sur scène. Oxbow est juste incroyable. Nous pensions pouvoir faire quelque chose d'intéressant ensemble et Eugene était partant. voilà.

Mise à part l'apparition de Monsieur Robinson, est-ce que, à l'image de votre EP, l'album sera instrumental ?

Ouep, exceptés 4 mots hurlés par mes soins au beau milieu d'une chanson, tout le reste est instrumental.

Tu ne crois pas que c'est une sorte de solution de facilité d'opter pour un groupe instrumental et de ne pas avoir à penser à des textes ?

Quel est le problème avec les solutions de facilité ? Je chante dans un autre groupe et je voulais juste jouer de la guitare chez Capricorns. Personne d'autre ne voulait chanter et on ne voyait pas vraiment qui pourrait se charger de ça, voilà le résultat. Et oui, c'est cool de ne pas avoir à penser aux textes, qui ça intéresse d'entendre le fond ma pensée de toutes façons ? Estimez-vous heureux ! Les groupes doom / stoner instrumentaux sont d'ailleurs de plus en plus fréquents.

Où est-ce que tout ça a bien pu commencer ?. Pelican ? Tu aurais une explication à cette sorte de hype ?

Ca a commencé avec un groupe nommé Gore, des hollandais je crois. C'était un assez remarquable groupe instrumental du début des 90s, bien abrasif. Pelican essayent juste d'être des Mogwai version metal et beaucoup de groupes les imitent parce qu'ils sont dans le vent ou je ne sais quoi. Même si nous sommes un groupe instrumental, je ne pense pas qu'on ait, musicalement, grand chose en commun avec le reste de cette scène. Il me semble qu'on peut sentir les influences d'Orange Goblin beaucoup plus que celles d'Iron Monkey chez Capricorns.

Quels genres de groupes pouvez-vous bien écouter pour faire ce que vous faites, c'est-à-dire (à mon avis) une sorte de heavy doom mélodique ?

On écoute tous toutes sortes de trucs, le Doom étant quelque chose que nous apprécions plus particulièrement, la crème du genre, comme Winter par exemple. Je pense que le côté mélodique vient plus de nos influences non-metal, j'entends par là des groupes des 60s et 70s comme Pink Floyd période Ummagumma et Led Zeppelin. Slint, Codeine, du folk, de la country, des B.O. de films également, notamment celles signées John Carpenter, et puis Black Sabbath bien sûr. La liste pourrait s'étendre à l'infini, nous sommes tous de grands fans de certaines musiques et également des collectionneurs de disques. Je pense que notre musique est un reflet assez fidèle de ce à quoi nous nous intéressons.

Une assez grande majorité de groupes doom joue sur Gibson. Vous également (même pour la basse !), n'y a-t-il vraiment rien d'égalable pour faire ce genre de musique à ton avis ?

Mes collègues seraient probablement d'accord avec toi, mais Justin Broadrick (ndr : Napalm Death, Godflesh.) joue sur Stratocaster et il n'y a personne de plus heavy que ce gars. Unsane utilise une Telecaster et ils ont un son de guitare génial. Mais ouais, tu peux pas surpasser une Les Paul. Je n'accepte aucun substitut. Les amplis que tu utilises ont sûrement plus d'importance finalement. C'est une question pour Wino ça.

Selon toi, à quoi pourrait bien ressembler le backline d'un groupe qui voudrait jouer du Doom à son état le plus pur ? Du pur Doom ? C'est comme le vrai Doom ?.

Des amplis Sunn et des cabs vintage pour les guitares, du Ampeg SVT pour la basse, je sais pas trop pour la batterie, il faut juste que ça soit une grosse et qu'elle fasse le même bruit que celle de Dale Crover. Pour les pédales, ça dépend de ce que tu recherches comme tonalité, j'utilise une pédale de distortion en live, mais en studio je me contente de l'ampli. Les vieilles pédales Rat sont bien bonnes aussi.

Une partie de votre EP avait été enregistrée en Allemagne et, de nouveau, vous vous êtes enfermés dans un studio berlinois pour votre album. Pourquoi aller si loin ?

Mark Bihler, notre producteur est un bon ami à nous et vit à Berlin. C'est moins coûteux de faire ça là-bas, et puis en aucun cas je ne voudrais travailler avec quelqu'un d'autre, ça fait des années que je fais de la musique avec Mark.

Y êtes-vous allés flanqués d'une équipe ou toutes les personnes dont vous aviez besoin étaient sur place ? Une équipe ?

Juste nous et 2 amis, on aime rester en toute intimité ! Mark a produit, l'ingé son est un ami italien, il s'est également chargé de la production (lourde !) de la batterie.

Combien de temps avez-vous passé là-bas ? Comment tout ça s'est déroulé ?

L'enregistrement en lui-même a duré un long week-end. Les 3 autres capricorns sont rentrés en G-B, moi je suis resté un peu pour co-produire, une fois terminé, j'ai laissé tout ça à Mark pour qu'il le mixe. Il m'envoyait les mixes et autres fichiers audio via internet, puis je lui disais ce que j'aimais ou pas par téléphone. Si c'est pas de la très haute-technologie ! En tout, ça a dû prendre environ 1 mois. L'Angleterre est une telle arnaque... Tu peux obtenir un travail de meilleure qualité en Allemagne pour une somme d'argent beaucoup moins importante.

Et après cet album, qu'est-ce qu'il va se passer, Capricorns ou pas ?

Nous allons tourner en Angleterre et essayer d'en faire autant ici et là dans le reste de l'Europe. On aimerait bien investir également le Japon et les U.S.A. mais ce n'est pas vraiment dans nos moyens. Sinon, chacun des membres du groupe à d'autres projets parallèlement à Capricorns. Dean et Kevin ont un groupe plus rapide appelé In Conference With Jackals, Chris fait toujours partie d'Orange Goblin, et je fais du plus mélodique avec notre producteur, Mark, sous le nom de White Daughter. On a pas le temps de s'ennuyer.

Allez, du scoop pour finir ! Bon, sérieusement : le dernier mot est pour toi ! (MERCI !)

Du scoop ? Capricorns est fan des premiers Yes. Restez français et dites à ces ricains et anglo-saxons qui ont l'air de vouloir ruiner le monde entier de s'occuper de leurs culs. Ah et cette histoire de semaines de 35 heures, ça m'intéressait. Salut et merci.

CAPRICORNS

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