KTL - KTL
2006 · Editions Mego

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EyeLovya
le 15 décembre 2009 (730 lectures)

Récapitulons brièvement : KTL, c’est un énième projet de Stephen O’Malley, accompagné d’un bidouilleur éléctronique autrichien répondant au nom de Peter Rehberg. Le duo s’est formé en 2006 dans le but de construire le décor musical, immortalisé sur ce disque, à la pièce de Gisèle Vienne, KinderTotenLieder (KTL) soit « Chant pour enfants morts ».

Tout commence par un accord d’un orgue, accord de tonalité majeure, étiré sur quelques vingt-quatre minutes, mais bien trop maussade et fantomatique pour laisser filtrer quelque émotion que ce soit. Surtout pas la joie ou tout ce genre de bons sentiments que peuvent ressentir les gens normaux. Peu à peu, Stephen O’Malley s’éveille, très doucement, vraiment très doucement… et tapote sur sa guitare pour faire résonner quelques accords dissonants, au loin. L’ambiance se densifie à la vitesse d’un Parkinsonien sur un passage piéton, pour laisser carte blanche au final à SOMA, qui rame toujours positivement à émerger.

Bon, longue piste introductive, soit, qui ne plaira pas à tout le monde. Ceux pour qui le projet n’inspirait pas grand chose à la base auront eu cent fois le temps de faire demi-tour. Mais permettez moi d’insister.

Tout l’intérêt de l’album réside dans les quatre chapitres de ForestFloor. Comment expliquer. Cela n’a rien à voir avec le drone tectonique et pataud de Sunn, aucune exploration spéléologique et encore moins d’étude mythologique. Avec KTL, on est bien sûr en dessous du niveau de la terre – faudrait pas exagérer non plus – mais, on n’ira pas plus loin qu’au sous-sol.

Aucune aération dans cette musique, les guitares sont pesantes et extrêmement malsaines, l’air est vicié, dissonant. On pourrait évoquer le black métal (Forestfloor 1), si notre confrère autrichien ne déboulait pas avec toute une palette de bruits et d’effets horriblement dérangeants, plus crispants et stressants à mesure que les ambiances s’empilent en couches humides et glacées ; et si les infra-basses ne menaçaient pas à chaque instant d’entrer en résonance avec l’un ou l’autre des tissus constitutifs de notre corps.

Un côté indus non négligeable dans ces bruits glauques mais rythmiques (Forestfloor 2), qui donnent tout son corps au drone suintant de KTL, comme un vieux cœur malade arythmique qui bat comme il peut avec ses muscles flétris et son sang cyanosé. Ce côté moribond, mais vital, évince le Flight of the Behemoth de l’esprit, tant KTL semble évident à l’écoute, au même titre que certains morceaux détiennent des mélodies évidentes de cohérence et de complaisance avec le ressenti de l’auditeur. C’est la même chose ici, sans l’ombre d’une mélodie. Mais la question ne se pose même pas, puisqu’aucune source de lumière ne filtre ici, on ne peut pas parler d’ombre….. noirceur totale.

Bravo à SOMA pour cette utilisation impossible à cerner de la guitare, jusqu’au reposant Snow terminal, tout en électronique froid et larsen moite, délivré au compte goutte, ainsi que pour l'artwork tout à fait charmant avec toutes ces photos d'enfants un peu trop bien endormis.

KTL en trois mots : glauque, tuberculeux, addictif


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