SUNN O))) - Monoliths & Dimensions
2009 · Southern Lord Records

Détails

EyeLovya
le 25 juin 2009 (1098 lectures)

   Drone doom Rituel

Bien, alors qu’avons-nous là ? Un énième album de Sunn ? Soit, au pire ça fera joli sur l’étagère.

Ici, nous ne sommes plus dans le drone minimaliste guitare-basse des débuts du duo, on a affaire à une œuvre d’art complexe, très inspirée, d’où se dégagent, oui oui, diverses émotions. Cumulant les invités de marque, des habitués (qui ont le droit à leur propre capuche) Attila Csihar et Oren Ambarchi, au pionnier Dylan Carlson, Jessika Kenney de Asva, au tromboniste de jazz Julian Priester, ou encore au chef d’orchestre et compositeur Eyvind Kang (ayant déjà collaboré avec les indécis Mike Patton et John Zorn par exemple).

Tout commence donc par le magistral Aghartha : une intro de drone classique et brulant histoire de chauffer les amplis, puis on est emporté sur le Styx, mené sur la barque douteuse de Charon-Csihar, imperturbable dans sa prose lente et glauque. Au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans les profondeurs de la Terre, le fond sonore se densifie, la barque grince, tangue dangereusement, les lattes de bois se séparent, on va couler bordel ! En plein milieu de ces âmes déchues qui crient ce qu’elles peuvent, n’ayant plus rien d’humain, alors que Csihar est carrément flippant de froideur et de stoïcisme. Avec son outro bucolique, ce titre est probablement mon favori de toute la discographie du groupe. Les paroles de Csihar sont terribles, carrément évidentes tant elles collent à la musique.

Grosse nouveauté ensuite : ils ont embauché un chœur de femmes. Sur Big Church donc. Comme le titre le suggère, la musique devient solennelle et même liturgique. Mais voila, Attila Csihar débarque au centre de l’autel, et on se dit en l’entendant qu’on ferait mieux de sortir. Impossible. La procession est trop fascinante, impossible de ne pas regarder. Une messe noire. Les nappes de guitare résonnent contre les murs de l’église tandis que le chœur s’envole dans la nef, et nous au milieu, ballotés dans tout ça. Le 3e titre s’enchaine assez bien, on reste entre les murs de l’église, mais Csihar est plus agressif. S’il y avait de la batterie en plus sur les parties de ce dernier, on pourrait presque parler de sludge. Mais non, ce sont des cuivres épiques et des chœurs qui viennent implorer le ciel orageux. Et là j’avoue qu’au début….ça clochait. J’ai toujours eu beaucoup de mal avec le mélange cuivre (trombone ici) et guitares éléctriques, mais plus j’écoute ce titre, plus c’est évident qu’il ne pouvait en être autrement. On a même le droit à un petit synthé Jean-Michel Jarre piloté par Rex Ritter, du meilleur effet bien que kitchissime.

Puis arrive le salvateur Alice. On a là, et de loin, le titre le plus musical jamais écrit par Sunn. Et c’est une bonne chose, ce morceau cloture à merveille l’album, comme une symphonie pastorale, reposante, avec ce quelque chose de magique. Les guitares se subliment dans l’orchestre, et s’évaporent tous deux dans les airs. Qu’on soit d’accord, ce titre n’est pas mélodique, gna-gna ou je n’sais quoi, il relève de la fraicheur et de la pureté musicale. Bravo les gars, on ne pouvait rêver meilleure fin à un disque.

Monoliths & Dimensions en trois mots : clair-obscur, terrestre, pittoresque


Facebook 

Chargement...