Manumal
le 30 mars 2009 (1156 lectures)

   Doom death Funeral doom Psyché

Dans le Funeral doom, Esoteric reste un bestiau part, le terme lui va ds le dpart assez mal. L o la majorit des groupes campent de confortables positions, certains de pouvoir te sortir un truc potable en te balanant des riffs trois notes et demi quils te feront tourner sans complexe (et on aime a) Esoteric trimbale son mlange instable et hallucin, o il se passe tant de choses. Mais attention, le son des anglais est du genre dlicat apprhender. Le format lui mme ne facilite pas les choses : The Maniacal Vale affiche pas loin de deux heures de sons bizarrodes au compteur, de quoi en laisser un paquet nauseux. Pour autant, cest assurment leur opus le plus audible pour le profane, et peut tre ce que le groupe fait de plus abouti pour lamateur assidu.

Circle a direct annihil mes quelques vellits critiques : non seulement Esoteric ne se rsume pas la longueur de ses morceaux, mais merde, on est bien loin de la somme nbuleuse et imbitable prjuge. Assurment, on baigne ici dans de lEsoteric Grand cru. Diabolique au possible, douloureusement mlancolique, tonnamment organis, structur, jusqu en devenir limpide et intelligible. Certains Esoteric y perdent peut-tre force dtre trop dlirants et free doom. Mais alors l. Je dis Quelque chose est en train de se construire l dedans. Comme un peu dagencement dans ce fourbi contamin, un minimum de construction rendant le monstrueux Esoteric plus succulent et buvable que jamais, on prend un malin plaisir les boire par les oreilles, ces deux disques remplis rabord. Inoculant par la mme le virus, car en ralit pas la moindre concession nest accorde un style profondment chaotique et hallucin, celui-ci nen ressort pas altr, mais peut tre plus mortel et prilleux que jamais. a se discute mais ce qui est certain cest quon na pas un instant affaire un Esoteric adoucit et qui scouterait. Ce truc reste un sacr tourbillon de vice o lon fait ctoyer paysages thrs et fulgurances frontales et hystriques.

Tout ceci est imprgn dun son qui ne saurait tre saisissable; l encore, la majorit des groupes Doom-death arrivent les guitares bien en chair, la disto bien paisse, parce que le doomeux aime bien palper. Bien moins vident est le style des engliches. Particulirement abscons et ambigu avec ses nues de guitares, gazeuses, liquides, filiformes et gorges deffets jusqu la nause Les riffs coulent pernicieusement et sinfiltrent dans la boite crnienne o agiront leurs effets psychdliques.
Cela saccompagne en outre dun travail assez pouss des ambiances, claviers et sons ; et que dire de ces inlassables vocaux torturs, omniprsents : seul Esoteric en a de pareils.

Il y a dans ce Maniacal Vale des passages aussi inattendus questhtiques, mais les anglais avalent les influences et les recrachent venimeuses et corrompues. Ainsi, The Order Of Destiny a ses boucles de guitares angliques, Circle incorpore son plan atmo base de mlodies claires dpouilles, itratives : mais que fout Earth coinc dans le vortex ? Ces maitres du mauvais-got poussent mme le vice jusqu absorber de diaboliques effusions post-rock volcaniques au sein du morceau-fleuve Ignotum Per Ignotius. Post-rock !! Le genre de dlire la Guapo ou Dirge, et bordel ce que cest bon.

Maniacal Vale est un double album mlancolique, furieux, captivant, infernal, chaotique, deux heures o lon subi linsupportable; un irrel et fantastique voyage. Les proportions y sont dformes, les perceptions vicies, aucun sens ny chappe, tous sont pervertis par la spirale
A moins quils nen deviennent que plus aigus et pntrants !

The maniacal vale en trois mots : Cauchemardesque, Sublime, Prilleux


Derelictus
le 11 août 2018 (3059 lectures)

  

Jaurais pu choisir nimporte quel autre album pour mon retour aux affaires, et ce nest pas tant que le choix mest restreint, mais il nen demeure pas moins que ce cinquime album des anglais, sorti il y a dix ans dj, demeure pour moi lun des tous meilleurs albums sorti depuis ces dix dernires annes, et quil a souvent t un point dancrage pour diverses raisons, sans trop vouloir rentrer dans le pathos. Alors pourquoi ce choix, alors que tout a t dit ou presque sur cette uvre dantesque, mais dont lon na pas encore forcment fait lentiret du tour du propritaire, tant il peut encore surprendre par son fourmillement dides et dambiances. Est-ce en raison du retour dEsoteric au format du double album, comme pour ses deux premiers albums, prsentant plus de cent minutes de doom metal extrme, flirtant tout autant du ct du funeral doom metal, avec tout ce quil sensuit en matire de vocables ayant trait la lenteur et la lourdeur, quaux territoires du psychdlisme. Mais un psychdlisme o il nest que question de bad trip, de dsenchantement, denfer sur terre, o les hurlements de Greg Chandler sont rendus encore plus inhumains tant ils sont tremps dans moult effets, au mme titre que ses guitares et celles de son compre de toujours, Gordon Bicknell, et qui se marient merveille dans ces entrelacements de riffs, de leads et dharmonisations venant souvent dautres dimensions.

Ce nest dailleurs que cela sur ces sept compositions, voguant entre sept et vingt trois minutes, trs disparates et aux dimensions multiples, tant dans linterprtation o lon sent bien les diffrentes strates dinstruments et de matires, que dans leffet donn, car rien nest linaire ici. Un exemple, cette fulgurante acclration death metal sur Beneath This Face et ce malaise qui sinstalle de manire assez vicieuse sur tout son dveloppement, jouant au jeu des fausses pistes, pour mieux craser, sournoisement, linstant daprs. Et lon peut dire quil y a de cela dans tout le dveloppement de cet album, o le magnifique ctoie lhorreur, - linstar du trs furieux, et pour le coup trs death metal, Caucus of Mind -, o linquitude sourde derrire chaque accalmie, o la fureur et les tnbres ne sont jamais loin, et o lon est toujours amen trs loin de sa zone de confort. Et pourtant, il a galement des attraits vraiment attachants ce Maniacal Vale, commencer par contenir ce qui a mes yeux constitue lune des plus belles introductions dalbum avec celle de Circle qui ouvre les hostilits de manire magistrale, avec cette monte en intensit trs bien sentie avant que le sextet ne vienne, dj, craser son monde. Et cest partir de l que lon nest plus vraiment matre de la situation.

The Maniacal Vale est sans aucun doute un de ces albums qui te prend vraiment aux tripes, de ceux qui tu affrontes la boule au ventre, et o il ny a aucun moment de rpit offert lauditeur, o lon se retrouve devoir affronter tout ceci seul, dans le noir pour les plus courageux. Et peu importe de ce quil en ressort, de ses propres incertitudes, de ses propres flures et de ces moments o tout peut chanceler, o tout peu lcher. Il y a ici en effet quelque chose de trs vertigineux, comme une chute sans fin, un peu comme celle de Satan dans La Fin de Satan de Victor Hugo si lon devait en donner une image, dans des mandres de plus en plus noir, car, ne nous y trompons pas, lon peut faire croire par moment quelque chose de lumineux, mais il ny a rien qui nous renvoie vers la cart du jour. Oui, car un moment il faut aussi saluer le talent du matre duvre quest Greg Chandler pour avoir donn une production on ne peut plus approprie sa musique, avec cette facult englober lauditeur dans toutes ces effluves de sons et de nappes, dont celles dOlivier Goyet qui sont vraiment une trs belle russite - et pourtant, cest loin dtre gagn de mon ct tant je suis trs rechigneux par rapport lutilisation des claviers -, sans que la puissance du groupe nen soit lse.

Mais sans doute que la meilleure illustration de tout ceci pourrait tre rsume avec le titre Quickening, cest dire la plus grande russite de cet album, entre une introduction menaante donnant sur une premire partie avec son crescendo explosif, menant cette seconde partie poignante avec ce riff qui crase tout et ces leads dune rare tristesse qui pointent en fin de parcours, telle une rcompense pour tre arriv au bout de ce chemin de croix le cur meurtri et les yeux rougis par des larmes que lon na pu refouler. Et cela opre chaque coute depuis dix ans, cest pour dire le lien particulier que jai avec cet album. Cest tout cela qui fait que The Maniacal Vale est une russite et souvent un parfait compagnon de douleur, car il constitue cette parfaite bande-son pour ces instants o tout doute et remises en question sont permis, o lon a ce besoin masochiste de se retrouver enferr dans ses tourments, sans nulle volont de vouloir sen dptrer. En fait, cet album vient nous rappeler combien nous sommes humains dans toutes les faiblesses que cela puisse induire, et que sans musique, la vie serait vraiment une erreur.


The maniacal vale en trois mots : cathdrale, de, douleurs


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