Luz
le 04 août 2004 (989 lectures)

   Sludgecore Grunge

La voil, la premire pierre massive qui servira de fondation pour le monument musical que nous construisent les Melvins, monument qui sera achev le jour de leur mort, et pas avant. Parce que tout le monde qui connat bien les Melvins sait que seule l'haleine glaciale de la Mort pourra les dissoudre. Je parle ici bien sr de ce noyau, de ce diptyque si vous me permettez l'expression, que sont Buzz Osbourne, au chapeau velu, et Dale Crover, maigre comme un veau malade. Je connais quand mme un certain nombre de groupes, et les Melvins sont les seuls pour qui je peux affirmer sans presqu'aucun doute qu'ils ne vont jamais de leur propre chef dcider d'arrter. Il faudrait que l'un d'eux crve. Ou que Dale perde ses bras et ses jambes, et Buzz sa gorge et ses doigts...
Bref, revenons-en au disque : c'est quoi ce titre la con?! Ça veut absolument rien dire Gluey Porch Treatments (un peu comme toutes ces triple-appositions que Dimmu Borgir fait passer pour des titres, mais comme les Anglais disent si bien, that's neither here nor there ). Mme Buzz ne pourrait pas nous expliquer l'origine du titre; pourtant, a fait rire, d'un air quelque peu perplexe. En tout cas, moi a me fait rire, mme ce jour. J'me sens toujours lgrement dbile quand je le prononce voix haute. Mais c'est un peu a les Melvins : lgrement dbile. Ceci dit, y'a plein de gens, j'en suis sr, que la dbilit ne fait point sourire, et encore moins rire. mon humble avis, ces mmes gens sont aussi ceux qui ne pourront jamais apprcier la musique des Melvins sa juste valeur.
D'ailleurs, parlons-en de la musique, tiens! Ds les premires secondes de Eye Flys, on sait tout de suite quoi on a faire : une basse lente et rptitive ouvre les hostilits, marque d'une batterie discrtement arythmique qui se cache derrire un semblant de paresse pour masquer son irrductible conviction. Puis une guitare se dgourdit les cordes en lchant quelques vagues de Larsen et quelques crpitements lectriques avant de commencer nous marteler de ses accords gras, au signal du premier de ces roulements faussement maladroits si typiques de Dale.
Et aprs ce dbut dj si reprsentatif du son fondamental du groupe, ce dernier nous enchane tube aprs tube comme si de rien n'tait, tous solides et entirement matriss. Rappelons qu' ce stade-ci de leur volution, les Melvins n'taient pas encore les ambassadeurs du sludge rock comme ils le deviendront quelques annes plus tard. Non, en 1986, ils adoptaient toujours une approche plus rock, mme un peu punk par moments (bien que a n'ait rien voir avec les Exploited, hein, on s'entend bien). En effet, les quelques titres tendance plus pachydermique sont ars de quelques autres beaucoup plus nergiques comme Echo ou Happy Gray or Black (compos d'accs d'excitation et de dynamisme dans une mer de molasses), Exact Paperbacks ou encore la chanson-titre, propulse par son riff dsax et sa rythmique inhabituelle. Heater Moves and Eyes (??) est encore un exemple parfait du gnie des Melvins, lente, dtonnante, un tantinet dcale, avec ce refrain inoubliable (peut-on mme parler de refrain?). Et j'ai pas encore parl de Leeech, de ce riff dment et inlassablement rpt qui avait t rejet par Jeff Ament (futur membre fondateur de Pearl Jam) pour son groupe Green River et donn Buzz, qui, flairant l'aubaine, s'est empress de l'adopter.
Que dire de plus sur cette historique galette? Par mesure de dfense prventive, peut-tre un petit mot pour les puristes : Je sais que beaucoup considrent 10 Songs comme le premier disque des Melvins, mais je ne partage pas ce point de vue. Ce disque a t rdit en 1991 sous le nom de 10 Songs, mais n'tait la base qu'un 7" du nom de 6 Songs, qui a ensuite t rdit sur 12" sous le nom de 8 Songs avant de sortir en CD. Sur ce, je souhaite tous ceux qui tenteront l'exprience de tirer autant de plaisir que moi l'coute de ce disque, et de ce groupe talentueux, inhabituel, et carrment rvolutionnaire.

Gluey porch treatments en trois mots : menaant, drang, dbile


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