MOTÖRHEAD - Ace of Spades
1980 · Bronze

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Derelictus
le 17 octobre 2018 (4278 lectures)

   Hard "70s

Penser que Lemmy et sa troupe allaient se calmer après une année mille neuf cent soixante dix neuf faste, voire même l’espérer, c’était sans doute faire preuve d’une forme d’incrédulité, voire même de mépris à l’égard des forçats du bruit et de la fureur que furent les membres de Motörhead. Ace of Spades constitue d’ailleurs la meilleure des démonstrations pour signifier que le trio n’allait aucunement calmer le jeu avec cet album. L’on y trouvera même une sorte de réponse à un Bomber moins étincelant. Et c’est clair qu’il y a de cela ici, tant l’on y retrouve le trio bien plus vindicatif, bien plus saisissant et bien plus rentre-dedans. Cela passe par des titres qui font montre d’une certaine concision, le tout, avec un rythme assez soutenu.

L’on est d’ailleurs assez rapidement mis dans le vif du sujet avec la chanson titre qui ouvre admirablement les hostilités. Mais l’on aurait pu se dire que c’est bien pour appâter le chaland que de mettre le titre le plus entêtant au début de la première face. Sauf qu’en fait, cela ne s’arrête jamais, et le trio enchaîne tube sur tube d’une manière insolente et, ceci, sur l’intégralité des deux faces. C'est même affolant d'une certaine manière de subir assauts après assauts pendant une quarantaine de minutes, et de ne pas avoir le temps de respirer, de toute manière, on laisse cela aux autres. On sent bien qu’à force de tourner, la cohésion du groupe s’est réellement consolidée, que chacun a bien pris sa place et que tout ceci donne un hard rock furieux, sale, et qui suinte bien la sueur et le rock’n roll. Oui, l’urgence est toujours là, elle ne s’est pas estompée au fil des mois, et l’on a toujours cette sensation d’être sur un baril de poudre prêt à exploser.

Dans cette quête de fureur et de furie, on n’en a pas pour autant laisser ses idées à la maison. Certes, l’on a l’impression que cela fonce tout le temps tête baissée, droit devant et qu’importe s’il peut y avoir des obstacles devant soi, il y a malgré tout une intelligence derrière tout cela. Je veux dire par là que le trio transpire une certaine forme de génie, et qu’il fait preuve d’une belle inspiration. Cela passe par tant de détails dans le jeu de Fast Eddy Clarke, bien plus léché qu’on pourrait le penser, ou bien ces patterns vraiment intéressants de Philthy Animal, bien loin du simple bourrin que l’on pourrait croire. Pour ce qui est de Lemmy, je ne vais pas vous faire un dessin, entre ses plans avec sa fameuse Rickenbacker qui sonne du tonnerre, et sa voix légendaire et éraillée qui est la seule et l’unique qui puisse passer sur ce type de musique.

Pas besoin d’être très cartésien ou encore de devoir faire une thèse sur le sujet: Ace of Spades ça reste du rock’n roll dans tout ce qu’il a de rutilant et d’éclatant. Néanmoins, il existe tout de même quelques âmes sensibles qui ne goûtent guère à la puissance de feu des anglais et y retrouvent même une forme de redondance entre tous les titres: c’est bien là un faux argument que l’on retrouve souvent accolé à cet album, et qui ne prend pas. Alors certes, la formule n’a pas vraiment évoluée depuis Overkill, mais c’est toujours bien plus plaisant de prendre une leçon de vie en douze chapitres, que de voir des chantres des musiques bruyantes prétendre réussir à faire mieux depuis la sortie de cet album, et d’être au final, pas plus capable de faire mal qu'un coup de patte donné par un chaton.

De toute manière, Motörhead, et par extension cet album, ce n’est pas quelque chose qui peut s’expliquer par des mots, c’est quelque chose qui est de l’ordre du sentiment et qui se vit pleinement en fait, à un volume déraisonnable, sinon, ce n’est aucunement respectueux pour les trois hommes derrière tout ceci. C’est même de l’ordre de la classe à l’état pur. Mais c’est plutôt la classe des anti-héros et des laissés pour compte, - un peu à l’image de cette pochette qui me fait penser aux westerns spaghetti de Leone -, de ces gens qui n’ont pas d’autres échappatoires que cette musique libératrice et salvatrice, qui a cette vertu de te tenir en vie coûte que coûte et te faire tenir durant ces longues journées de turbin en attendant de se défouler le week-end.


Ace of Spades en trois mots : as, de, pique


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