MOTÖRHEAD - Bomber
1979 · Bronze

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Derelictus
le 09 septembre 2018 (10302 lectures)

   Hard "70s

Le seul défaut de Bomber, c’est d’être sorti entre Overkill et Ace of Spades, - je ne compte pas On Parole, puisqu’il fut enregistré antérieurement au premier album éponyme et refusé par leur label, qui, le succès aidant, avait décidé de lui donner le jour la même année des sorties de Overkill et de Bomber. Cela dit, Bomber a souvent le statut de mal aimé, quand on le compare à son grand frère, mais en même temps c’est logique, et aussi à son petit frère. Ce second album studio sorti en mille neuf cent soixante dix neuf, sept mois seulement après Overkill, est certes moins clinquant et ébouriffant que la déflagration du mois de mars, mais il recèle tout de même de bons moments. Alors, évidemment, l’on restera tout de même un peu sur sa faim si l’on s’attend à quelques brûlots comme le titre éponyme du précédent album.

On peut en effet le concéder facilement: de manière globale, le trio a un peu ralenti le rythme sur cet album. Enfin, ne vous méprenez pas avec cette assertion, car à part sur Sweet Revenge, l’ensemble reste assez vigoureux et direct, mais avec sans doute plus de nuances. C’est d’ailleurs cette alternance entre différents tempi sur cet album qui le rend attachant, tant le groupe semble avoir voulu donner quelque chose de plus consistant et de moins stéréotypé, allant même jusqu’à laisser le micro à Fast Eddie Clarke sur le plus bluesy Talking Head. Malgré tout ceci, cela reste évidemment du Motörhead pur jus ce Bomber, il n’y a aucune tromperie sur la marchandise, soyez en assurés. L’on est toujours dans ce hard rock bien plus costaud que celui des grands aînés, avec un feeling de prolétaires que n’auraient pas reniés certains punk et également les fans de la new wave of british heavy metal, dont ceux appréciant Saxon.

Derrière ces dix titres, il y a tout de même une certaine forme d’intransigeance face aux codes du grand rock’n roll dans ce qu’il a de plus féroce, de virile et d’urbain. Cette musique est clairement faite pour les paumés des grandes cités industrielles en pleine déliquescence à la fin des années soixante dix, et témoigne un peu du début de l’air tatchérienne. L’on sent bien ici cette volonté de s’échapper d’un quotidien pas vraiment rose et de ressentir jusqu’aux pointes de ses longs cheveux ce sentiment de liberté que seul ce type de média pouvait sans doute offrir à cette époque. Motörhead c’est un peu cet étalon sur lequel tu ne peux y mettre une bride et qui fonce tête baissée devant soi et fuit ce monde rude, avec un peu ce sentiment de paranoïa qu’induisent des conditions de vie absurdes et l’absorption de mauvais speed et de bières bas de gamme. Tout cela, on le ressent réellement à l’écoute de ces dix titres, et l’on peut déceler des compositions assez entêtantes comme Dead Men Tell No Tales, Bomber, Poison, Sharpshooter et l’excellente Stone Dead Forever.

Le tout est d’ailleurs servi par une excellente production, plus puissante que sur le précédent album, et qui laisse bien respirer les trois instruments, nul besoin de tendre l’oreille par exemple pour entendre la Rickenbacker saturée de Lemmy. D’ailleurs, cette production rend clairement justice à la musique du trio, et c’est là qu’on peut se délecter de la complémentarité des trois musiciens, entre le jeu de brute de Philthy Animal, les attaques monstrueuses de Lemmy et le jeu de guitare très inspiré de Fast Eddie Clarke. Bref, Bomber ne vient en aucun cas ternir l’image du groupe et en a bien plus dans le ventre que ce que l’on pourrait bien le croire, c’est juste que plutôt que de l’utiliser comme bande son pour une soirée de beuverie comme Overkill et Ace of Spades, lui ce sera plutôt celui que l’on s’enfile à midi, un lendemain de beuverie, histoire de remettre le facteur sur le vélo en dégustant un par-dessus de gin tonic.

Bomber en trois mots : rustaud, direct, efficace


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Avis des auteurs

Excellent
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