ORANSSI PAZUZU - Kevät / Värimyrsky
2017 · 20 Buck Spin / Svart

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Derelictus
le 20 août 2018 (11687 lectures)

   Psyché Black metal Space Rock

Oranssi Pazuzu n’est pas de ce monde. Tout cela on le savait déjà depuis un long moment, mais il ne cesse de le confirmer, sorties après sorties. Oranssi Pazuzu n’est désormais plus de ce monde, voilà l’enseignement de ces deux titres. C’est fou ce qu’un quart d’heure de musique peut tout à la fois paraître une éternité et en même temps une fraction de seconde. Car ici tout est perte de repères et en même temps émerveillement, même si les démons ne sont jamais loin. L’on peut bien tenter de se raccrocher à cette basse tellurique présente sur Kevät, seule manière de garder les pieds sur terre face à son faux rythme et à sa longue et implacable montée en puissance, à donner des leçons en matière de doom metal à tellement de monde. Mais rien n’y fait, car l’on est rapidement bousculé dans une autre dimension, dans d’autres sphères comme peu savent vraiment le faire, à y regarder de près. À la fois nocturne et poétique, il y a quelque chose de terrifiant qui se trame derrière tout ceci, comme un traquenard tendu au voyageur perdu, mais qui avance encore avec confiance et entrain, sans vraiment savoir ce qui l’attend, et qui se fera surprendre sans s’y attendre et embarqué de force dans un périple en avant, sans balises, sans boussole et sans possibilité de retour. Car cette fourberie n’est rien par rapport à celle de Värimyrsky qui vous emporte dans quelque chose d’à la fois vertigineux et de nauséeux. Vertigineux, car l’on sent bien que l’on est attiré dans un abîme sans fin et sans fond, là on l’on avait d’abord cette impression de lévitation et de flottement, où l’on aurait pu virevolter gaiement dans l’éther. Nauséeux, car le quintet tisse une toile de plus en plus angoissante au fur et à mesure que les secondes s’égrainent, et que les tessitures de son ne viennent s’ajouter avant qu’une bourrasque venue du grand Vide n’arrive et emporte tout avec elle sur son passage vers le Néant, sans qu’il soit possible d’y résister, sans trouver de quelque chose d’euclidien dans ce qui défile devant soi, comme si l’on avait percé à jour une partie des secrets de l’Incal Noir. Mon éminent confrère parlait du Hawkwind du black metal, on est réellement dans cela, dans quelque chose qui prend tellement sens tant tout ceci est admirablement bien conçu et amalgamé, et non pas une surexposition d’antagonismes musicaux, sans artifices autres que des instruments bien maîtrisés, d’une technique mise au service de la musique et non un prétexte pour se mettre en scène, et d’une inspiration sans faille et non une volonté de se raccrocher à des grands noms du passé pour se donner une crédibilité. En fait, et à bien y regarder avec un esprit de métalleux ignare et bas du front, les finlandais ont fait et surtout réussi ce qu’aurait pu devenir Enslaved après Monumension, s’ils n’avaient pas pris cette décision d’engager les beaux gosses que sont Ice Dale et Herbrand Larsen, si Grutle Kjellson était resté le seul maître à bord au niveau du chant, et si Ivar Bjørnson n’avait pas préféré la sécurité molle du genou Åkerfeltdienne des années deux mille. Oui, ça fait beaucoup de suppositions, mais rien que pour cela, l’on peut remercier Oranssi Pazuzu d’exister et de nous emmener dans d’autres dimensions et dans des contrées inexplorées par le biais de sa musique, aussi belle qu’éprouvante et enivrante.

Kevät / Värimyrsky en trois mots : enter, the, void


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