CULT OF LUNA - Somewhere Along the Highway
2006 · Earache records

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Derelictus
le 18 août 2018 (13579 lectures)

   Post hardcore Post rock

Peut-on encore dcemment parler de post hardcore en deux mille dix huit, alors que ce genre qui avait le vent en poupe il y a une quinzaine dannes, o chaque formation donnait des signes davances chaque sorties ou presque, si lon prend videmment les ttes de gondoles, semble tre dsormais rentr dans les rang. Sans doute parce que, comme de coutume avec un style musical qui est devenu hype, trop de mauvais clones et dalbums qui tournent en rond auront fini par rendre ce genre aussi peu intressant quirritant mme, une ou deux exceptions prs. Oui mais voil, il y a nanmoins eu des albums marquants dans ce genre durant la dcennie passe, et Somewhere Along the Highway fait indubitablement partie de cette catgorie. Cette quatrime ralisation de Cult of Luna est celle par laquelle les sudois ont allgrement franchi le Rubicon, savoir une certaine prominence des passages post rock dans cet album, rapprocher dun Mogwai ou dun Explosions in the Sky, un peu comme les barbus de San Francisco, mais le ct folk intimiste en moins. Encore que lon retrouve du banjo sur And With Her Came the Birds, mme si cet instrument un peu droutant aura t mieux utilis par la suite aussi bien en Islande quen Norvge.

Et donc nous disions que cest lalbum le plus imprgn de post rock des sudois, et il est clair que cest cela qui divisera le plus lorsque lon a connu les deux premires ralisations avec leur violence et ce sentiment dtouffement. Ici, lon est mille lieux de cela, enfin presque puisquil faudra nuancer le propos, avec quelque chose qui respire bien plus, pour un rsultat qui est pour le moment, dans sa globalit, le plus soft du groupe, avec ces instants de lgret comme sur Marching to the Heartbeats et And With Her Came the Birds dj cit. Effectivement cet album est truff de belles mlodies de guitares, de ces tournures que le groupe rpte inlassablement pendant de longues minutes, linstar du final de Dark City, Dead Man. Avec cela, il prend le temps de btir ses compositions et damener vers ces mlodies enttantes. Rien de bien nouveau en soi et de bouleversant, mais juste un travail bien fait et qui joue tout autant sur la dualit entre frustration et libration, que sur celle entre lourdeur et lgret. Cest bien l lune des forces de cet album, ou son dfaut: les sudois prennent tellement leur temps pour dvelopper leurs compositions quils nous emmnent parfois sur des fausses pistes, histoire de mieux jouer avec nos nerfs. Cest ainsi tellement frustrant que cela peut en devenir rbarbatif tant il y a des moments o il ne se passe pas grand chose, o lon se dit que plus de concision aurait fait gagner plus dimpact lensemble. Mme le non chant hurl de Klas Rydberg est frustrant.

Et pourtant cest cela la magie de Somewhere Along The Highway, cest quil est tout autant conu pour tre la bande son dun priple sans fin, avec tout ce que cela comporte dacclration et de passages o la vitesse est limite, quune sorte de voyage intrieur, qui tient plus de lintrospection. Les paroles et le concept vont dailleurs dans ces deux sens. Et cest l que tous ces longs passages prennent vritablement leur sens, o les instants les plus chargs et les plus lourds, tout comme les plus mlodiques deviennent une vraie dlivrance, parce quon les a tant attendus, parce quon les a tant dsirs. Si cest lalbum le plus ar du groupe, il reste tout de mme des traces du pass, mme sil est bien plus tempr, de celles o lon invoque les forces telluriques et o lon soulve toute la poussire et toute sa rage trop contenue. Mais tout ceci est intgr dans quelque chose de plus complexe, o lon prend le temps de construire les choses, o les apports de chaque musiciens sont bien pess, notamment ces bidouillages lectroniques qui prennent un tout autre relief lorsque lon coute ce disque au casque, et qui donnent cet aspect la fois moderne et froid, qui sont deux des grandes caractristiques de cet album.

Oui, Somewhere Along the Highway est tout propre sur lui et pourrait tre le gendre idal, o derrire ses aspects bourrus se cachent des belles mlodies. Oui, Somewhere Along the Highway est parfois dune platitude affligeante et a de quoi rendre irascible. Oui, Somewhere Along the Highway est peut tre un clich en soi. Nanmoins, malgr tout ceci, malgr les annes, malgr les mauvais clones, cet album conserve toute son aura, toute son authenticit, toute sa justesse et cette facult faire oublier le monde qui nous entoure. Malgr toutes les objections que jai pu numrer, tous les doutes sestompent en fait quand vient lintroduction du magistral Finland, car lon pourra dire ce que lon veut le concernant, cela reste mes yeux un pitom dans ce registre, une sorte de tube si lon veut prendre un terme plus grivois. Bref, cet album reste mes yeux une trs belle uvre, celle vers laquelle je me tourne le plus aisment lorsque jai envie dun album de post hardcore mtin de post rock qui me fasse tout autant voyager que savourer de belles mlopes sur mode mineur. Certaines formations sen sont approches, mais cet album reste encore une matre talon dun style qui na peut tre plus grand chose nous offrir, mais qui a tout de mme eu ses riches heures.

Somewhere Along the Highway en trois mots : voyage, sans, fin


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