Krokodil
le 19 mai 2018 (18328 lectures)

   Funeral doom Sludgecore Freak doom

Allez, entre nous, doomsters raffins, qui se sont forgs le caractre et la rsistance du tympan avec des disques rputs incoutables, osons le dire, on va avoir bien du mal ne plus se rjouir de l'existence de Cult Of Occult, n'est-ce pas ? Car aprs tout, malgr les temps pourris qui courent, pourtant propices cultiver le mauvais karma et la haine de son prochain (et donc le bon doom), force est de reconnatre que le ngativisme de qualit se fait rare. Tellement rare que mme les pionniers du genre ont fini par s'en lasser et se reconvertir (Moss, Black Shape Of Nexus, Corrupted... les exemples ne manquent pas). Donc quelque part, si le doom extrme n'est pas encore sur la liste des espces menaces d'extinction, c'est un peu grce eux, les Owlcrusher, les Monarch!... et les Cult Of Occult, qui ont le mrite, depuis le dbut, de ne s'tre jamais fourvoy dans quelques bavures atmosphriques que ce soit, partisans inconditionnels d'un fondamentalisme doom tout simplement trop rare pour ne pas tre apprci sa juste valeur. 

S'il n'tait question que de sauvegarde du patrimoine, on en resterait probablement l, avec les remerciements de rigueur, et une mdaille du patriotisme (satanico-thylique, bien sr), sauf qu'avec ce nouvel album joliment intitul Anti Life, Cult Of Occult vient de chuter encore un tage en-dessous, dans ses abysses infernales et hyper hostiles ; et aussi loin que l'on cherche dans nos souvenirs, chez Moss, Thorr's Hammer, Khanate, Bunkur, ou que sais-je encore, on en a pas entendu des masses des albums aussi putain de mortifre et noirtre. Instrumentalement, on va d'ailleurs avoir bien du mal rduire davantage le bordel, les guitares ont perdu le reste de leurs chairs pour ne conserver que la matire osseuse (en terme d'impact physique c'est autrement plus douloureux de se faire rosser coup de fmur que de viande moyennement frache...), chaque petite nuance tonale, mme la plus infi(r)me, fait l'effet d'un semi qui s'encastre dans votre oreille interne pour mieux vous polluer de l'intrieur ; quant la batterie... elle est d'une froideur clinique et d'une prcision chirurgicale : de l'abattage la chane, un ground and pound perptuel en slow-motion. Rien que d'un point de vue purement esthtique, Anti Life devrait rconforter les nostalgiques du vieux Monarch. Un vritable gouffre. A peu de choses prs, la dfinition mme du funeral doom total et totalitaire. 

Ou du funeral sludge peut-tre ? Conservant l'austrit du premier et le nihilisme du second, tout en prenant bien le soin d'vacuer toute notion de folklore, de dramaturgie ou de groove. Une sorte de Wormphlegm sans les grandguignoleries vocales simili-DSBM (encore qu'il y en a du DSBM dans Anti Life, tat proche de l'inertie, mais il est tellement pesant et froid qu'il en donnerait des airs de cages aux folles aux albums les plus mindfuck de Bethlehem...). Ou une sorte de Tyranny dbarrass de toutes fioritures mlodramatiques (les orgues, les arpges, en somme tout ce qui voque de prs ou de loin la lumire), voire de Corrupted allergique aux respirations ; bref un funeral sludge parfaitement hermtique, incapable de ngocier la sanction, incapable de lubrifier la pntration mentale, incapable d'humanit quoi... (D'ailleurs dans le mme registre, Anti Life fait une trs belle rponse au Caustic de Primitive Man, avec lequel il partage les mmes ambitions gnocidaires, le mme culturisme nantiste, minimalisme maximal / maximalisme minimal, et les mmes tranges dissonances dpressives : de quoi faire passer la quasi-entiret d'une scne pourtant consacre son dessein pour une cours de rcration. 

Anti Life (quel putain de slogan aussi, il aurait pu tout aussi bien sortir de l'esprit de Justin Broadrick dans sa priode Streetcleaner, nan ?) est d'autant plus extrme et constant qu'il va mme jusqu' vous pousser dans les derniers retranchements de votre propre endurance, de votre propre virilit. "Vais-je tenir jusqu'au bout sans tre tent de me noyer dans le cognac et m'immoler?", "vais-je encore supporter longtemps ce bourdonnement mononeuronal qui encule mon cerveau et encule des colonies entires d'apprentis Schopenhauer ?","maman c'est quand qu'on arrive, j'ai trop mal" ; bref, tant de questions existentielles que l'on avait plus forcment envisager de la sorte depuis quelques grands noms antiques (Things Viral, Sub Templum, Paso Inferior et j'en passe). De quoi se dire, sans avoir cogiter 107 ans, que Cult Of Occult, avec cet Anti Life vient de s'inscrire dans la droite ligne des patrons du genre, et que si parler d'un tel disque oblige presque des discours radicalo-virilistes, il faut aussi avoir une sacre rsistance pour se l'enquiller sans vrifier son pouls chaque nouvelle mesure.

Allez, osez le grand saut dans le trou noir, osez Anti Life, et si vous survivez la descente d'organe, la fonte musculaire, au combo cirrhose-syphilis carabin, on en reparle ensemble.




Anti Life en trois mots : le, fondamentalisme, ultrasick


Facebook 

Chargement...

Avis des auteurs

Coup de cœur
Coup de cœur