Krokodil
le 04 mai 2018 (55610 lectures)

   Traditional doom Gothique New wave

Perdu dans Banlieue Triste, on erre de dents creuses en dents creuses, o la merde sagglutine, o la vie se dlabre, dans le grsillement anarchique de nons aux couleurs pisseuses, dans le refoulement nausabond de bouches daration importes du tiers-monde On pense aux frres darmes qui restent malgr tout, on pense ceux qui sont partis trop vite, on rve danesthsie dure indtermine, on rve didylle temps plein, et on achve chacune de ses trajectoires dans une forteresse de 20m.

Rarement sentiment de naufrage naura eu pareille saveur ; derrire son romantisme morbide la Type O, son parfum de Rouille dOctobre et ses arpges dliquescents : lessence mme du doom. Un spleen contagieux, mordant comme les courants dair qui traversent le couloir du 13me, puisant comme les 200 marches qui te sparent du rez-de-chausse, noir comme le gouffre dune cage dascenseur jamais acheve, froid comme le bton qui tencercle de toute part. Et cest quil en faut, des forces, du mental, du ras-le-bol de la galre, de linstinct de survie, pour venir bout de ses 67 minutes, et ne pas se retrouver dans la mme posture que le type en cuir sur la couverture, lui aussi otage de la Banlieue Triste Non pas parce que 67 minutes cest trop long (quand on aime le doom, on aime les marathons), mais parce que 67 minutes de drive, dans ses abysses intimes, dans les intestins gangrens de la ville, a use a use et a fait mal. Mal comme Colosseum, mal comme Warning, mal comme Dolorian, et mal tout court. Dailleurs la ressemblance avec Dolorian (sur le disque du mme nom) ne sarrte pas la douleur inflige, elle se retrouve jusque dans le son. Aqueux et trouble la fois. Le cours deau idal pour se dcomposer, le sdatif parfait pour se dissoudre lme. Un pont impossible entre Evoken et Johnny Jewel, lhritage de Pornography transplant en terres doom, lalliance miraculeuse de la cold wave et du hard (en parlant de cold wave, lcoute de Tara, on rsiste difficilement lenvie de cramer ses albums de Soft Moon pour sortir ceux dHTRK !). Des caisses claires dominatrices, habilles de juste ce quil faut de reverb pour ressusciter le spectre des 80s (The Sisters of Mercy avec), et des chorus dune beaut cristalline faire passer Slowdive pour du sludge Un son de rve quoi.

Et si Banlieue Triste ressemble une vilaine fusion de calvaire quotidien et de calvaire fantasm, soit tout ce que lon est en droit dattendre dun bon album de doom, il nen reste pas moins lumineux. Tellement lumineux que certains titres se paieront mme le luxe de venir vous rveiller au milieu de la nuit dans une piscine de sueur froide (Touch the Razor, Tired Eyes, Negative Male Child)(euh, en vrai cest pas juste certains titres, cest tous les titres). Mais les certains titres cits ont ce quelque chose en plus de fdrateur, duniversel (pour ne pas dire dUniversal), des mlodies qui crvent le cur et clouent les rotules au bitume, une bonne dose de dramaturgie FM et dauteurisme assassin, une justesse dcriture et de ton qui ne sera pas sans rappeler le virage culte de Katatonia sur cette merveille dalbum de doom romance impossible quest Discouraged Ones

Perdu dans Banlieue Triste et ses kilomtres de terrains vagues, le corps fatigu, le cur trop-plein, survivant dune nouvelle nuit de vide et dombre, on se retrouve enfin ; genoux vu de lextrieur, mais debout dedans. Un putain de disque en vrit.

Banlieue Triste en trois mots : amer, filmique, radieux


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