DAUTHA - Brethren of the Black Soil
2018 · Ván

Détails

Derelictus
le 05 avril 2018 (11006 lectures)

   Epic doom

Il y a à peu près deux ans, sortaient en même temps deux démos qui allaient être l’essence de deux excellents albums qui viennent de sortir en ce début d’année: la première était To Sol A Thane de Solstice dont on retrouve les trois titres sur le fabuleux White Horse Hill, la seconde était  Den Förste d’un tout nouveau projet s’appelant Dautha, dont on retrouve le titre In Between Two Floods ici. J’arrêterai mon parallèle entre les anglais et les suédois qui nous intéressent ici, leurs paysages musicaux étant assez différents, à ceci près que ce premier album de Dautha, Brethren of the Black Soil, va au-delà des espoirs que j’avais pu mettre dans ce nouveau projet du talentueux Ola Blomkvist, qui n’en est pas à son premier coup d’essai entre The Doomsday Cult et Wardenclyffe, dont on retrouve d’autres membres ici, et, surtout même, Griftegård.

Lui et ses acolytes ont bien fait de prendre leur temps avant de donner naissance à ce premier album, car l’on y retrouve bien ce que l’on attend d’un excellent disque d’epic doom metal: des riffs dantesques, et pour le coup l’on a de quoi se réjouir, des mélodies qui restent imprimées dans votre mémoire pour longtemps, une ambiance particulière et des lignes de chants magnifiques. Tout cela répond bien à l’appel sur ces six titres. C’est d’ailleurs un vrai régal de se délecter de ces riffs aussi puissants que mélodiques, souvent faits dans un style qui rappelleront ceux exécutés par Candlemass depuis des décennies, mais en même temps, il y a sans doute bien pire comme influence, mais avec toujours l’inspiration au rendez-vous. Même sur un titre qui s’étire sur plus d’un quart d’heure comme le morceau éponyme, l’on reste toujours scotché devant autant de maîtrise. En même temps, on le savait déjà pour ce qui était de la précédente formation d’Ola Blomqvist, et l’on retrouve un peu de cet esprit dans ces mélodies délicieuses, mais jamais, ô grand jamais, vulgaires, et dans ces tempi qui n’accélèrent quasiment jamais. L’on reste bien dans cette règle suprême que la lenteur demeure l’unique Loi à suivre, et pour le coup, elle est respectée à la lettre.

Pour ainsi dire, l’on pourrait quasiment appliquer les mêmes descriptions à des formations contemporaines et voisines de Dautha, dont Sorcerer et Below, dans cette façon de rester dans une forme d’appellation d’origine contrôlée de l’epic doom metal. Et pourtant, le quintet est bien loin d’être une formation générique et zélote, bien qu’elle épouse à pleins bras les dogmes, car elle recèle déjà en elle une forme d’inspiration vraiment lumineuse, que l’on retrouve dans toutes ces harmonisations et mélodies de guitares, et qui restent l’une des marques de qualité pour ce genre musical, et ce qui fera réellement la différence. Ne serait-ce que sur le titre d’ouverture, l’on est déjà amplement servi en la matière, notamment sur ces chorus admirables. L’on doit évidemment ajouter la présence d’un violon, aux accents plutôt folkloriques, mais sans être virevoltants, et dont les interventions judicieuses agrémentent parfaitement ce travail mélodique. Ce qui différencie ce groupe, c’est aussi son excellent chanteur, qui a une réelle personnalité et qui sait l’insuffler sur chaque titre, ce qui n’est pas donné forcément à tout le monde. Et puis, ce qui singularise foncièrement Dauhta c’est cette ambiance médiévale unique déployée tout le long de cet album.

Et c’est sans doute là où le quintet fait très fort, c’est qu’il nous renvoie vraiment à ces temps obscurs où héroïsme, dévotion, croisades, peste, survie, acharnement et loyauté étaient des thématiques fortes dans la vie quotidienne. C’est tout ceci que l’on retrouve au grès de ces six titres, dont l’atmosphère pourrait nous faire penser assez souvent au Septième Sceau de Bergman, tant cela nous renvoie à ces images de mort, ce que signifie d’ailleurs Dautha en vieux suédois, et tous les questionnements qui vont avec, un peu comme le dialogue entre les deux voix sur le titre éponyme, ou le côté plus introspectif de Bogbodies. Et l’on retrouve ainsi de nombreux clins d’oeil à l’Histoire dans ces paroles, dont ces Croisades des enfants aux destinées funestes et tellement doom dans l’esprit. Par contre, n’escomptez pas quelque chose de dansant, l’on garde cette gravité et cette solennité sur toute l’entièreté de l’album, et sans doute que le meilleur exemple de cette réussite serait The Children’s Crusade avec cette chorale en latin qui s’entremêle avec l’epic doom du groupe pour quelque chose de vraiment saisissant, au même titre que ces choeurs sur le morceau éponyme qui donnent une magnificence à cet ensemble. Mais même quand il prend des accents plus expérimentaux comme sur Bogbodies, il conserve une part de mysticisme.

Évidemment, ce qu’il faut garder à l’esprit, c’est qu’il n’y a aucun temps morts sur cet album, vraiment bien équilibré, admirablement écrit, doté de six titres imparables, et qui ne cesse de tourner en boucle depuis son acquisition, sans que ne vienne poindre à aucun moment une pointe de lassitude. Dautha a réalisé avec Brethren of the Black Soil un excellent premier album, en espérant que ce ne soit pas le seul du groupe, et en y dévoilant une solidité à toute épreuve et une personnalité vraiment marquée, sous le sceau de l’inspiration. Surtout, l’on y retrouve tout ce que l’on attend d’une réalisation de haute volée en matière d’epic doom metal, avec cette part de lyrisme à vous transporter, cette part de mysticisme à vous faire engager dans l’ordre teutonique, et tant de choses à vous chavirer votre cœur, tout simplement. Ce serait une hérésie sans fin que de faire l’impasse sur cet album.


Brethren of the Black Soil en trois mots : mystique, moyenâgeux, merveilleux


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