PEARL JAM - Vitalogy
1994 · Epic

Détails

Derelictus
le 02 avril 2018 (13090 lectures)

   Grunge

Au final, avons-nous avec ce Vitalogy lalbum que lon pourra le plus estampiller du sceau grunge, ou en tout cas celui dans cette trilogie inaugurale, car il est toujours question de trilogie dans les musiques amplifies, qui aura le plus cette coloration si terne et si dpouille, avec un grain plus sale que de coutume. Cest l aussi lun des attraits de ce troisime album, cest quil renferme en lui une certaine rancoeur, et, quune fois encore, Pearl Jam na pas du tout fait dans la redite, accouchant dun Ten III ou dun Vs II, bien que lon retrouve videmment cette signature et ce talent communs ces trois albums. Ce Vitalogy, dont le titre signifie pourtant ltude de la vie, a quelque chose qui respire un peu la mort. Il est vrai que le contexte extra musical a eu son influence sur cet album, entre le suicide de Cobain qui a affect les musiciens et en premier lieu son leader, qui sest tout coup retrouv comme seul porte voix de cette scne grunge, le dbut du bras de fer avec la compagnie Ticketmaster qui avait le monopole des ventes de places de concerts, un combat qui fait dsormais partie de la mythologie de ce groupe, et des tensions internes qui ont vu le dpart du batteur Dave Abbruzzese avant la fin des sessions denregistrement, remplac au pied lev par lancien Red Hot Chili Peppers, Jack Irons.


De toute manire, le groupe tait au bord de limplosion ce moment l, et nombre de spcialistes prdisaient le split, - jaimerai bien voir leurs ttes aujourdhui face labsurdit de ces spculations. Dans tous les cas, cest partir de l que Eddie Vedder aura dfinitivement la main mise sur le groupe, et notamment dans ce processus particulier dcriture. Cela fait beaucoup pour la gense de cet album, et, pourtant, il est loin dtre rat ou bcl, et na pas rougir face eux non plus, loin de l. De la verve hrite de Vs, il y en a sur cet album, commencer par les trois titres qui ouvrent les hostilits, et dont ce manifeste pour le vinyle quest Spin the Black Circle - cest dailleurs le premier LP que jai achet, impatient que jtais de pouvoir couter ce disque -, et ses relents punk. Mais mme lorsque lon ne droge pas trop des habitudes, lon se rend compte quil y a une chape de plomb qui est venue recouvrir tout ceci, comme si tout cela apparaissait comme un peu inutile, mais quon le faisait tout de mme parce que ctait la seule manire dexister ensemble envers et contre tous.

Cest mme bien cela qui va caractriser cet album, cest celui o le groupe exprime le mieux son spleen, laisse la vue de tout le monde ses blessures vif, sans pour autant geindre comme un malheureux, ni larmoyer sur sa condition. Quoi de plus humain que de vouloir mettre ses maux en musique et de vouloir les gurir par ce que lon fait de mieux. Et, dune certaine manire, ce Vitalogy a la mme essence quun certain Tonights the Night de Neil Young: cest dire un album voulu comme une sorte de catharsis, et le moyen de dire au revoir un tre parti trop tt, et qui dnotait du reste par son ct bourru. Il y a videmment de a dans cette ralisation. Sauf que ce nest pas forcment dans les accalmies que Vedder et compagnie vont panser leurs blessures, mme si lon retrouve ici des hymnes dexaspration comme sur lexcellent et presque dfinitif Corduroy. Oui, il y a une certaine beaut dans ces semi ballades que sont Nothingman et Better Man, o derrire des histoires sombres se cachent un rai de lumire, comme autant de porte de sorties dans toute cette noirceur accumule.

Et il y a aussi les quelques exprimentations, comme pour mieux svader de certains carcans devenus trop touffants, et qui seront la marque de fabrique de lalbum suivant, dont ce titre laccordon et ce jam trange qui clt le disque et qui ne semble jamais se terminer. Lon prend toutefois encore le temps de faire rver avec ce Tremor Christ et ses accents plus maritimes, avec toutefois une mer qui est forcment dchaine, car cest aussi une constante de ce disque: lon nest plus dans la contemplation des lments comme ce pouvait tre le cas plus de trois ans auparavant. Il y a quelque chose dassez terminal, comme perturb par ces questionnements autours de la vie et de la mort et qui prennent sens sur le magistral Immortality, beau vous glacer le sang, poignant comme peut ltre quelquun qui cherche autours de lui ltre absent.

videmment que Pearl Jam fera encore plus touffant sur No Code et sur Riot Act, mais ce Vitalogy a une saveur vraiment particulire, de celle qui ne laisse pas indiffrent et qui peut faire prendre dautres voies chez ses auditeurs. Ou comment certaines inquitudes, certaines angoisses et turpitudes peuvent trouver cho dans une musique aussi simple et viscrale que celle prsente sur ce Vitalogy, lorsque lon doit digrer tant de dception et accepter, quoi quil arrive, de continuer davancer dans la vie, entre ses joies et ses dceptions, et de prendre conscience de sa propre mortalit. Cest aussi tout ce qui fait de Vitalogy un album part, un album que lon ncoute pas forcment la lgre et avec entrain comme ses deux prdcesseurs, mais comme une sorte de communion desprits. Si Ten pourrait tre considr comme lalbum de lespoir en un autre avenir, Vs celui de la rage face limmobilisme et linjustice, Vitalogy sera alors celui du passage lge adulte avec tout ce que cela sous entend de prises de conscience et dacceptation de tant de choses.


Vitalogy en trois mots : rsign, gristre, hargneux


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Classique!
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