Derelictus
le 30 mars 2018 (2093 lectures)

   Grunge

Quil aurait t facile de faire une Ten II et de surfer sur le succs dun premier album qui aura vu passer en quelques mois cinq musiciens lavenir prometteur au statut de nouveaux co-prophtes dans leur pays et de se retrouver dsormais comme devant tre ltendard de toute une gnration, comme lannonait le Times au moment de la sortie de cet album. Cela aurait t dautant plus ais lorsque lon a la pression de faire aussi bien que le prcdent, et que ses moindres faits et gestes taient auscults par tout le monde. Bien que sr que cela aurait t commode, trs simple et quasiment rentable, si ce ntait la volont du quintet de Seattle de faire dune part ce quil voulait et de laisser libre cours ses envies, chose quil assumera pleinement partir de cet album et quil fera toujours par la suite, quitte laisser de nombreux fans derrire lui, et, dautre part, de ne pas se limiter refaire les mmes choses, car ce groupe ne fera jamais deux fois le mme album. Et puis, cest partir de ce moment que lon va mettre en avant une certaine thique, refusant de faire des clips ou bien de continuer dans cette voie engage, comme notamment de limiter pour le droit lavortement.


Tout cela transparait trs bien sur ce deuxime album, brivement appel Five Against One, et devenu par la suite Vs, cest dire versus, avec toujours cette thmatique dopposition, et qui reste ce jour lalbum le plus virulent et rentre-dedans du groupe. Cest dailleurs un pied de nez ceux qui attendaient sans doute une copie carbone du glorieux premier album: lon a ici les compositions parmi les plus directes de Pearl Jam, telles que Go, qui laisse pantois entre son faux dmarrage et son final incandescent, Animal, qui en remet une couche, ou bien encore Blood, lun des titres les plus virulents de leur discographie, avec une Eddie Vedder bien en verve. Cest mme assez jouissif de voir Pearl Jam prendre autant la gorge demble, sans sommations, son auditoire et de surprendre par un aspect tantt plus punk, tantt plus rageur, qui ne laisse pas trop le temps de souffler. Cest l que lon se rend compte de limpact induit par larrive de Dave Abbruzzese dans le groupe, dont le jeu est bien plus percutant que son prdcesseur et qui donne une assise bien plus vindicative lensemble.


Et puis, il y a dautres titres qui prennent rapidement une certaine ampleur et qui se distinguent par de belles montes dadrnaline comme Glorified G, Dissident, et, videmment, Rearviewmirror, et son pont tout fait poignant. Voil tout autant dillustrations de ce que le quintet tait capable de faire et qui a co-sign tous ces titres, histoire de bien montrer une cohsion densemble, et aussi, une volont de ne pas faire du surplace par rapport au pass, ce qui sera lune des csures dfinitives dans la vie de ce groupe. Dfinitive, car cest ici que lon retrouve dj dautres influences qui, si certaines seront laisses par la suite de ct comme ce ct un peu plus funk que lon retrouve sur Rats, groovy souhait, ne feront que spanouir par la suite. Rien que les deux titres acoustiques que sont Daughter et Elderly Woman Behind the Counter in a Small Town montrent bien cette ouverture vers dautres horizons, avec cette influence au loin dun certain Neil Young, qui ne cessera de saffirmer encore et toujours par la suite. Et elles ne dnotent pas ces folkeries dun autre ge, car elles laissent respirer un peu lauditeur, reprendre son souffle, mme si les thmatiques de ces deux titres sont loin dtre aussi joyeuses que le laisseraient penser la lgret de lensemble.


Car ce qui ne droge pas par rapport Ten, cest cette divine inspiration du quintet, sa propension de passer du coq lne avec une aisance insolente et de faire en sorte que chaque titre reste aussi mmorable que le prcdent et le suivant. Cest dailleurs quelque chose quil faut souligner avec le Pearl Jam des dbuts, cest que le groupe sappuie sur une excellente technique mais qui reste au service de la musique, et non linverse, et que lon est bien loin du groupe qui ne sait faire que des titres en alignant trois pauvres accords. Encore que lon pourrait citer en contre exemple le tribal et envotant W.M.A., lune des compositions les plus enfivres de lensemble, et qui nest bti quautour dune ligne de basse compose de quatre notes rptes inlassablement sur ces six minutes. Sauf que tout prend corps dans cette cohsion entre les deux duettistes que sont Stone Gossard et Mike McCready et lexcellent jeu de batterie de Dave Abbruzzese, avec, videmment, un Eddie Vedder imprial en matre de crmonie. Cest bien entendu sur cet album o il exprime le plus une certaine rage et une certaine rancur, o il nhsite pas arracher ses cordes vocales, avec cette voix raille unique.


Cest aussi lalbum o le groupe laissera une part de mystre avec ce trs nocturne et surprenant Indifference, comme une dernire trace damertume laisse derrire soi, mais avec en mme temps un ct tellement chatoyant qui laisse sans voix. A coup sr, cet album a un ct bien plus rugueux, bien plus rageur, bien plus empreint dune volont de dnoncer et de ne pas rester inerte. Cest l aussi que lon voit que Ten ntait pas du tout un feu de paille, que Pearl Jam tait anim par une volont de spanouir et dexplorer dautres horizons. Album le plus cossu de Pearl Jam, Vs. dmontre quel point ce groupe tait talentueux et tait mme de faire aussi bien que son premier album, tout en dplaant quelque peu son curseur sur une facette plus rche et hargneuse, l o on laurait plutt attendu sur un autre versant, et que rien ne semblait, pour le moment, larrter.

Vs. en trois mots : vindicatif, transport, ternel


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