Derelictus
le 28 février 2018 (366 lectures)

   Stoner Hard "70s Southern rock

L’année deux mille dix huit sera-t-elle celle des retours improbables de quelques grands noms, et notamment pour ce qui concerne ces pages? En tout cas ces premiers mois ont quelque chose d’assez réjouissant, à commencer par ce retour de Corrosion of Conformity sur le devant de la scène. Enfin, quand je parle de cette formation, je veux surtout parler du retour de Pepper Keenan au bercail, libéré enfin de certaines obligations avec Down, - c’est aussi ça la puissance du blanc, enfin du vin blanc -. Il est vrai que le trio fondateur a sorti deux albums entre celui-ci et In the Arms of God, mais je dois avouer qu’ils ne m’ont guère transcendé, ce d’autant que Mike Dean, je le préfère quand il était ultra vénère sur Animosity et sur les pistes réenregistrées de Technocracy, plutôt que poussif depuis que sa calvitie a pris le dessus. Qu’à cela ne tienne, le C.O.C que j’affectionne tant est enfin de retour, même si j’avais quelques craintes tout de même du fait de leur signature chez Nuclear Blast.

L’on ne va pas ce mentir, ce No Cross No Crown ne surprendra aucunement pour qui a écouté les précédents albums période Pepper Keenan au chant. C’est toujours cette fabuleuse mixture entre hard rock, stoner et southern metal, normal en soi, puisqu’ils sont tout de même un peu à l’origine de ce blend savoureux. Alors, évidemment, il y aura une impression de redite sur cet album, un petit côté de redondance avec le passé de la formation, sans pour autant que le quatuor fasse preuve d’auto-plagiat. C’est peut être ce qui peut dérouter quand on découvre cet disque, qui, pourtant, devient rapidement un grower. Il faut dire que l’on retrouve ici trois éléments qui vont dans le bon sens. Le premier, c’est évidemment le retour de Keenan dans le giron et qui se distingue toujours autant par sa patte et par son inspiration, ou en tout cas dans l'influence qu’il a sur ses trois autres acolytes pour leur faire élever leur niveau de jeu. C’est là que l’on se rend compte que le guitariste n’a rien perdu de sa griffe et qu’il n’a pas épuisé tout son talent avec Down, et, surtout qu’il se complète toujours aussi admirablement avec Woody Weatherman, ça ne fait même pas l’ombre d’un doute sur tout l’album. Il faut dire que les deux compères s’en donnent à coeur joie sur cette réalisation bourrée de leads et de soli incandescents.

Ensuite, ce groupe a toujours ce groove si particulier, avec des riffs vraiment bien sentis, dans un registre qui leur appartient finalement, tout aussi véloce que sachant s’appesantir par moment, et cela est toujours fait avec autant de fluidité. L’on soulignera d’ailleurs cette complémentarité qu’il y a entre Mike Dean, qui est un remarquable bassiste, et Reed Mullin, très en forme derrière ses fûts, et dont les patterns surprennent toujours autant par leurs justesses. Et il y a enfin un retour à quelque chose d’un peu plus nerveux, où l’on sent un petit côté revanchard dans l’histoire, même si l’on ne navigue pas non plus dans les eaux du crossover. Ce qui fait que l’on se rapproche parfois de ce que l’on pouvait retrouver sur Wiseblood et sur Deliverance, même si, il faut être honnête, le poids des ans fait aussi ici son oeuvre. Aussi avons-nous une saveur bien plus boisée sur cet album, tout empli de sagesse mais qui laisse bien apparaître un gros savoir faire en la matière. Quoique l’on puisse en penser, il y a tout de même des titres qui restent dans votre mémoire, dont cette pétarade qu’est Cast the First Stone et son riff inoubliable, ou bien encore l’entêtant Forgive Me et sa ritournelle sudiste et décontractée. Il y a évidemment la pseudo ballade de circonstance avec Nothing Left to Say, et les petites interludes disséminées sur ce disque, comme à la grande époque de Deliverance, ce qui constitue un petit clin d’oeil assez sympathique. Et outre ses qualités de guitariste, Pepper Keenan demeure toujours cet excellent chanteur, plein de feeling, avec ce qu’il faut de nuances. Signe qui ne trompe pas d'ailleurs, l'on retrouve John Custer derrière les manettes, comme à la grande époque.

On pourra objecter que le quatuor n’a pas pris énormément de risques, peut-on lui en vouloir après tant d’années d'absences, mais le retrouver avec un tel degré d’inspiration, d’authenticité et de sagesse a quelque chose d’assez enthousiasmant, et surtout cela fait rudement plaisir de retrouver un Corrosion of Conformity qui n’a rien perdu de sa superbe et encore moins de sa personnalité. Si la mise en bouche de ce No Cross No Crown a un petit goût amer, il a toutefois un arrière goût plein de saveurs et qui traîne bien plus longtemps qu’on ne l’aurait imaginé au départ. Et puis, à une époque où tout va très vite et où tout change rapidement, c’est réconfortant de voir des piliers se maintenir contre les éléments et nous rappeler quels sont les plaisirs simples de la vie.

No Cross No Crown en trois mots : bois, apptissant, enthousiasmant


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Avis des auteurs

Excellent
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