Derelictus
le 26 février 2018 (510 lectures)

   Epic doom

Dire que j’attendais cet album avec une certaine impatience est un doux euphémisme, après tant d’attentes, d’espoirs souvent déçus, de valses de musiciens, d’annonces jamais vraiment suivies d’effets, et de mises en bouche avec le mini Death’s Crown is Victory et la démo To Sol a Thane, sortie, elle, il y a un peu moins de deux ans et dont on retrouve les trois titres ici, réenregistrés pour l’occasion. Surtout, vingt ans après New Dark Age, White Horse Hill, le troisième album de Solstice est enfin sorti, et je dois avouer que rien que cette annonce et de pouvoir enfin l’écouter ont quelque chose d’à la fois irréelle et d’une forme d'aboutissement, tant cet album a mis du temps avant de voir le jour. Qu’attendre d’un groupe qui sait autant se faire désirer et qui ne pourrait que faillir devant une telle attente suscitée et surtout décevoir, car, entre temps les jeunes pousses se sont aguerries, et les formations les citant en influence ont fini par éclore de toute part. Surtout lorsque l’on sait que c’est souvent le cas pour d’autres groupes qui ont mis plusieurs années avant de sortir un album. Rich Walker et consorts n’avaient-ils pas fait leur temps et que peut-on espérer d’un groupe qui a le plus souvent défrayer la chronique par son instabilité pour rester en vie et les rumeurs de grands noms devant le rejoindre plutôt que par sa musique?

L’on est bien obligé de répondre par la négative à ces assertions, car le Solstice que l’on chérit tant depuis New Dark Age est de retour, et il a choisi de marquer les esprits, c’est le moins que l’on puisse dire avec cet album. En fait, j’étais à mille lieux de m’attendre à un tel rebondissement, même si quelques signes d’espoir avaient été donnés sur la démo, ce qui entache d'ailleurs un peu sur le côté découverte de l’ensemble, car seulement quatre titres sont nouveaux à mes oreilles sur cette réalisation. Et pourtant, c’est avec autant de ferveur, d’admiration et de respect que je reste ébahi devant autant de maîtrise et de perfection dans ce noble art que doit demeurer l’epic doom metal. Évidemment qu’il en est question ici, mais un epic doom metal qui sonne comme chez nulle autre formation, si ce n’est que l’on sait éperdument qu’il s’agit d’un album de Solstice, et non d’un énième clone de Candlemass ou d’un fossoyeur des vieilles gloires des années quatre vingt, surfant sur la vibe nostalgique des eighties. Nous avons ici un album d’une rare cohérence dans son développement, où les compositions épiques et bien écrites alternent avec des pistes plus courtes, et plus portées sur une ambiance intimiste, notamment sur Beheld, a Man of Straw ou Gallow Fen. Tout cela s’enchaîne d’ailleurs avec une rare fluidité et une rare cohérence, de l’introduction à la conclusion de l'album.

L’on y retrouve d’ailleurs ces accents d’un autre temps, comme si l’on devait se référer sans cesse sur cet album à l’Albion immortelle, à celle de la fierté, de la pugnacité, de l’héroïsme et du recueillement sur son passé. Cette île des Forts et ses habitants qui ne tremblent pas devant les ennemis et l’adversité, et l’on a bien ici tout le respect pour ces terres verdoyantes où tant d’hommes sont tombés, et où tant de sang a coulé. L’esprit belliqueux, on le retrouve ici, mais empreint d’une certaine noblesse et d’une bravoure qui font tant défaut à moult formations et qui est enfin mise en avant sur cet album. Et l’on a bien des hymnes qui feront autant secouer la tête, car réellement inscrits dans cette tradition de véritable metal, que lever le poing en l’air, tant l’emphase y est homérique. Quel régal de retrouver enfin deux guitaristes qui savent ce que c’est c’est que de proposer des vrais riffs, qui resteront imprimés dans votre mémoire pour un bon moment, à vous hanter dans la journée et à vous aider à vous redresser dans ces moments où vous pensiez lâcher prise. Quel régal de retrouver surtout des mélodies aussi somptueuses sur chaque titre, avec des lignes de guitares à la Solstice, si je puis dire, dont ces merveilleuses twin leads et ces passages en contrepoint qui font totalement la différence avec le reste de la concurrence. Quel plaisir sans fin que d’écouter ces compositions aussi bien écrites et où tout se décline merveilleusement bien, où tout s’enchevêtre divinement, à vous étourdir par autant de perfection.

C’est surtout génial tant c’est tellement bien maîtrisé et bien pensé, cela en devient même beau à pleurer sur de nombreux passages, comme ces instants de recueillements ou de prouesses qui vous font relever la tête. Je pense notamment à ce pinacle de l’album qu’est Under Waves Lie Our Dead, magnifique de bout en bout, avec ce passage en son clair au milieu de l’album qui me donne autant de frissons que le titre March For Revenge (By the Soldiers of Death) de Manowar, qui est dans mon panthéon personnel en matière de titre épique, c'est pour vous dire le niveau atteint ici. Mais les six autres titres ne déméritent aucunement, que ce soit To Sol a Thane ou le titre éponyme, qui nous rappellent aisément ce qu’est la définition du terme épique en matière de musique, avec une puissance accrue et des refrains à reprendre en s’époumonant. Non, tout a été fait et conçu sur ce White Horse Hill pour en faire un chef d’oeuvre du genre. La cerise sur le gâteau étant d’ailleurs l’excellente performance de Paul Kearns au chant, de plus en plus bluffant avec les années, et qui accomplit une excellente prestation, pleine et entière, avec beaucoup de nuances dans ses lignes, et surtout une intensité et une justesse que l’on n’escomptait pas telle, pour être honnête.

Certes, cet album ne dure que trois quarts d’heure, mais il ne comprend aucun temps morts, renouant même avec une certaine durée traditionnelle pour ce genre, et reprend bien à son compte ce qu’avait accompli la formation avec New Dark Age dans l’enchaînement des titres, avec d’ailleurs les très mélancolique et aérien For All Days, and for None, qui vient bien tempérer l’ensemble entre deux pépites homériques. Quiconque apprécie l’epic doom metal se doit de donner une chance à cet album qui subjugue tellement par sa perfection et qui réussit un réel tour de force, tant il a une tournure intemporelle, et qui nous rappelle qu’il faudra encore compter avec Solstice pour les années qui viennent, peu importe le temps qu’il leur faudra pour donner un successeur à ce White Horse Hill. L’on peut même insister sur le fait que les anglais viennent non seulement de produire l’une des sorties majeures de cette année, mais aussi dans ce registre musical, plaçant sans doute la barre trop haute pour l’ensemble de la concurrence.

White Horse Hill en trois mots : pique, magistral, prodigieux


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