MY DYING BRIDE - Symphonaire Infernus Et Spera Empyrium
1991 · Peaceville

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Derelictus
le 24 février 2018 (300 lectures)

   Doom death Death metal

Revenir plus d’un quart de siècle après sa sortie sur ce premier EP de My Dying Bride c’est un peu comme accomplir un pèlerinage auditif aux sources d’une formation séminale, quoi que l’on puisse dire d’elle désormais. C'est également l’occasion de se rendre compte comment elle a été aussi marquante pour le développement d’un courant musical, le doom death metal, ou death doom metal si vous préférez l’appellation plus true de la chose, celle que l’on avait à l’époque visiblement. Un courant qui s’est beaucoup diversifié en plus d’une vingtaine d’années, mais l’on se remémorera pourquoi c’est bien dans cette forme qu’on le préfère. Bien sûr, l’on ne s’épanchera pas ici sur les géniteurs et/ou précurseurs de ce genre, quelque soit le coin du globe terrestre que l’on veut prendre dans ces cas-là, que l’on regarde du côté de New York, de Melbourne, de Oldenzaal, de Oakland si l’on veut prendre une acception large de la chose, et, bien entendu de Halifax. Pour autant, il est assez indéniable que le quintet de Bradford avait sans doute autre chose à proposer, une autre facette de cette scène balbutiante, jouant moins sur l’étouffement, mais bien plus sur ce côté granitique et décharné de la chose, et qu’il a été aussi important que les autres dans l’évolution de ce style.

L’on est ici encore loin du groupe qui émerveillera par son misérabilisme et par son spleen dans un futur assez proche. Pour le moment, c’est bien son côté hirsute et un peu mal dégrossi qui prend les devants, faisant assez souvent le va et vient entre death metal et doom death metal, comme bon nombre de ses contemporains, et l’on a forcément cela en tête avec les deux titres que sont God Is Alone et De Sade Soliloquay, purement dans ce premier registre, sans même prendre le temps de ralentir ou quoi que ce soit, ou si peu, mais bien de faire ressentir ce sentiment de mort et de froideur qui aurait du rester inhérent à ce genre, et en tout cas pas tout à fait similaire à ce que pouvait faire Paradise Lost quelques mois auparavant, vu qu’il y a un je ne sais quoi de plus malfaisant dans ces deux titres, comme une forme indistincte planquée dans l’ombre, craintive de retourner à la lumière mais prête à emporter sa victime avec elle à n’importe quel moment. Ce n’est évidemment pas avec ces deux titres, parmi les plus brutaux du groupe que l’on a envie de s’épancher, mais bien avec ce titre éponyme, assez long car excédant les onze minutes et qui explosait pas mal de codes à l’époques, bien que pas si éloigné que cela de ce qu’avait pu faire Celtic Frost la décennie précédente.

Et là, l’on ressent bien tout ce que My Dying Bride a pu apporter à ce genre, avec cette ambiance véritablement sinistre, pas dans le côté romantique de la chose, - ce sera pour plus tard -, mais bien dans ce que cela implique en terme de désolation et d’âpreté, et cette touche de réprobation du commun des mortels. L’on est même assez loin du côté mélodique que prendra le groupe par la suite, même si l’on sent poindre quelques élans dans ce sens, que ce soit dans ce riff initial et dans ces ajouts de claviers et de violon, déjà tenu par le musicien de session Martin Powell. Car il domine ici un côté encore assez sauvage chez les anglais, que ce soit dans ce son de guitares assez gluant, avec peu ou proue la même mélasse assez sale et suffocante du premier album, et des growls assez caverneux de Aaron Stainthorpe, à mille lieux de ses roucoulades ultérieures. Et pourtant, malgré ceci, ce titre fonctionne bien dans tout ce qu’il peut avoir d’abrupt dans sa construction et ses changements de tempi, dans ses accélérations fulgurantes, tout comme dans ses temporisations qui ne sont pas qu’accessoires, l’on sent poindre ici ce que tout cela va faire éclore tant chez eux que chez une myriade de musiciens.

Le My Dying Bride des débuts, c’est un peu comme une bête apeurée, qui cherche à s’enfuir du monde des hommes, qui hurle à la mort, qui tente de s’échapper pour chercher la sécurité d’une tanière mais dont elle ne puis retrouver le chemin tant elle est aveuglée par la lumière, et qui ne sait vraiment comment s’extirper de tout cela. En tout cas, même si beaucoup aura été accompli depuis cette réalisation, on y trouve toutefois cette forme de sagesse antique, ce sens de l’à propos dont la gaucherie en fait à la fois tout son charme et toute sa pureté originelle. L’on sent que si les musiciens ne maîtrisent pas forcément tous les éléments qu’ils déchainent avec fougue, il s’en dégage pourtant quelque chose de suffisamment vitreux et pénétrant pour marquer les esprits.

Symphonaire Infernus Et Spera Empyrium en trois mots : chevel, caverneux, rustique


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