Roadrunner - Burn One Up!
1997

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Derelictus
le 18 février 2018 (730 lectures)

   Stoner

Je vais vous parler ici d’une époque que les moins de trente ans n’ont pas connu, d’une époque où internet ne s’était pas encore démocratisé et où les découvertes de nouveautés se faisaient ou bien sur les bornes d’écoutes des grands enseignes de ventes de produits culturels, ou bien encore sur la foi d’une chronique élogieuse lue dans l’un des magazines consacrées au metal, ou bien, et surtout même, par le biais d’une compilation.

Il y a une vingtaine d’années, entre l’explosion du néo metal et l’exposition plus importante du black metal, il y avait un autre genre qui interpellait son petit monde par son passéisme assumé et son sens du groove affiché, et que l’on commençait même à évoquer dans notre pays, et qui fut appelé stoner. Les quelques noms qui avaient percé jusqu’alors à la bordure extérieure du pays de Caux se résumaient ainsi à Kyuss, Corrosion of Conformity et Monster Magnet. Que dire donc de cette compilation dont le sous titre est sans équivoque et qui donne un aperçu non exhaustif des forces en présence, ou presque, et qui m’avait permis de découvrir une palanquée de groupes tels que Spiritual Beggars, Celestial Season, Acrimony, Sleep, Fu Manchu, et où l’on trouvait l’un des tous premiers titres du nouveau groupe de Josh Homme, Queens of the Stone Age, avec une composition toute fuzzy qui aurait pu provenir du split avec Kyuss.

C’est d’ailleurs toujours aussi plaisant de se repasser de temps à autres cette compilation, ne serait-ce que pour se rendre compte que peu de choses ont véritablement changé en une vingtaine d’années, si l’on veut être un peu méchant, et surtout de la qualité des groupes ici présents, même si pour certains, il y a tout de même un côté archéologue de la musique. Elle avait aussi la particularité de proposer pas mal d’inédits, onze titres sur quinze, que l’on retrouvera souvent sur des futurs enregistrements, voire parfois dans des versions réenregistrées, comme c’est le cas avec Spiritual Beggars et Celestial Season, avec un Monster Astronauts sonnant encore plus vintage, mais étant déjà très marquant. C’était aussi l’occasion pour Roadrunner de mettre en avant quelques signatures de son roster dans cette veine, avant de lâcher une à une ces formations pour embrasser à pleins dollars d’autres genres et groupes plus lucratifs.

Ce qu’il y a de bien avec cette compilation, c’est que l’on se rend compte que la plupart des formations ici présentes avaient quelque chose de personnel, démontrant que le spectre était assez vaste, entre les côtés plus directs d’un Fu Manchu et d’un Celestial Season, les épanchements plus routiers d’un Hideous Sun Demons ou d’un Floodgate, et les côtés plus cosmiques d’un Acrimony ou d’un The Heads. Cela a aussi le mérite de redécouvrir quelques oubliés de l’histoire, comme Floodgate, avec en son sein Kyle Thomas, l’actuel chanteur de Trouble, ou bien Leadfoot, avec le chanteur et le bassiste présents sur le Blind de Corrosion of Conformity, et qui ont fait un peu comme leurs petits copains. Si certains groupes ont depuis lors sombré dans l’oubli, - Slaprocket et Hideous Sun Demons, ça vous dit quelque chose? -, ce n’est pas forcément une injustice, tant la concurrence était assez rude sur cette compilation, et l'on était même à l’aube de sorties majeures comme Tumuli Shroomaroom, The Action Is Go ou Mantra III, pour n’en citer que quelques unes. Inutile de préciser que c’est évidemment la dixième piste qui est la plus groovy de cette compilation, et que même en reprenant un titre d’un groupe de progressif du début des seventies, Cathedral était vraiment à part du reste de la mêlée.

Bien entendu, outre son aspect historique, cette compilation a eu le mérite de me faire découvrir énormément de groupes slowendiens, à l’instar de Dark Passages II, et c’est avec une certaine nostalgie que je la réécoute de temps à autres. Elle témoigne aussi d’une époque où il fallait un peu fouiner, parfois pendant plusieurs semaines, pour dénicher de nouvelles découvertes, rendant chacune d’entre elles assez inouïes étant donné la rareté de la chose, et que nous avons sans doute perdu cela avec l’arrivée d’internet.

Burn One Up! en trois mots : bain, de, jouvence


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