HAWKWIND - Warrior on the Edge of Time
1975 · United Artists

Détails

Derelictus
le 15 février 2018 (292 lectures)

   Space Rock

S'il y a bien eu une période faite de vrombissements au sein d’Hawkwind, avec une trilogie dont le pinacle est indubitablement Space Ritual, la suite des aventures sera, pour le moment, plus apaisée pour le simple quidam. Et l’on doit dire que de ce point de vue, Warrior on the Edge of Time apparaitrait comme étant le plus mature de la formation de Dave Brock, et celui où la patte de Simon House a sans doute était la plus prégnante depuis son arrivée au sein de l’équipage. Il est vrai que l’on ne navigue pas vraiment à la vitesse du son à l’écoute de cet album, qu’il ne fait pas forcément partie des albums que l’on citera en évoquant le groupe et que même ses géniteurs semblent un peu perplexe par rapport à ce dernier. Et pourtant, il y a tout de même tout ce qui fait le charme d’Hawkwind sur cet album, qui est très loin de démériter au sein de leur discographie pléthorique. C’est même assez fou de limiter cet album à la dernière apparition de Lemmy au sein du groupe, un Lemmy plus en retrait il est vrai, avec une basse rarement saturée, mais il se vengera bien dans ce registre par la suite, et d’y voir la fin d’un cycle doré.

Ce qui fait de ce Warrior on the Edge of Time un album qui va au-delà de la simple curiosité, c’est que l’on pourrait presque le considérer comme un album concept: les anglais ont demandé à l’auteur Michael Moorcock, le père de Elric, de participer à cet album. Il a ainsi proposé son concept d’Eternal Champion, dont s’inspire bon nombre des paroles, et intervenant lui même sur trois pistes de l’album pour réciter des poèmes de ce concept, chose qu’il avait faite auparavant en tournée. Ne serait-ce que par ce concept d’heroic fantasy spatiale, l’on ne peut que s’y retrouver, car nulle autre formation qu’Hawkwind était sans doute en mesure de proposer une telle chose à l’époque, et, surtout de le réussir, sans que cela devienne ennuyeux. Mais alors loin d’être juste des moments où Moorcock est venu poser sa voix, il est accompagné par des percussions et d’autres bidouillages qui rendent l’ensemble vraiment flippant, notamment sur Standing at the Edge et cette voix trafiquée. Il faut dire que cela prend bien, car derrière cela le groupe s’est vraiment appliqué, réalisant ici sans doute sa réalisation la plus professionnelle, avec d’ailleurs une production un peu plus lissée qui laisse moins de ligne de crêtes qu’auparavant, rendant l’ensemble étonnamment froid et étrange.

Hawkwind, malgré tout, n’en reste pas moins Hawkwind, et l’on nage toujours dans une atmosphère spatiale tantôt inquiétante, tant doucereuse, tantôt exotique, avec une mise en avant de la facette la plus planante du groupe, à tel point que, par moment, l’on pourrait presque penser qu’ils avaient de quoi tâter les sentiers du Pink Floyd de la même époque. Ne serait-ce que le binôme débutant la première face, qui explore des horizons nouveaux, et qui laisse bien la place aux claviers, avec quelque chose d’irréelle, l’on a de quoi rester ébahi par tant de beauté et en même temps cette volonté d’explorer d’autres horizons. L’on retrouve ainsi un petit côté motorik avec l’instrumental Opa-Loka, hyper répétitif, mais tellement entraînant, laissant de nouveau apparaître des gouttes de sueurs induites par une sorte de transe, sur laquelle l’on imagine bien la très belle Stacia onduler avec ses formes plantureuses - d’ailleurs, l’on pourrait voir la pochette de cet album, une fois dépliée comme une hommage à ces dernières.

Et l’on pourrait quasiment évoquer tous les titres de ce disque, - le presque étant le titre Kings of Speed que je trouve en dessous du reste - et rappeler qu’ils savent encore faire du space rock classique, comme c’est le cas avec le titre Magnu, mais même là, ils aiment à s’extirper de leurs carcans, avec ces violons aux sonorités orientales. Si l’ensemble apparaît ainsi plus posé, et encore plus sur l’acoustique et nostalgique The Demented Man, cet album a tout de même une force évocatrice assez puissante, où la mixture proposée avec moult claviers, flutes, violon et mellotron, agrémentent vraiment bien l’ensemble. Le voyage dans un autre monde proposé et le simili concept dépeint ici prennent vraiment sens, ou en tout cas, l’on se laisse facilement entraîner, sans que vienne poindre à un moment ou à un autre une forme d’ennui. Cette autre facette d’un Hawkwind moins tapageur est tout autant séduisante que lorsqu’ils étaient les chantres des voyages à la vitesse de la lumière et rend ce Warrior on the Edge of Time assez sympathique.

Warrior on the Edge of Time en trois mots : trange, arien, pic


Facebook 

Chargement...

Avis des auteurs