HEATMISER - Cop and Speeder
1994 · Frontier

Détails

EyeLovya
le 12 février 2018 (279 lectures)

   Grunge

Je vous résume rapidement le topo : quand j'étais gosse et que mes frangins étaient au lycée, eux et leurs potes, c'étaient des adultes à mes yeux. Ils avaient un peu de barbe, portaient des fringues normales, faisaient le choix de ce que sera leur vie pour un bon nombre d'années à venir. Puis quand j'ai moi-même dépassé le collège, j'ai compris à quel point j'étais toujours un gosse, que j'ai choisi ma carrière professionnelle à moitié au pif, à moitié pour suivre les copains, mais sûrement pas insufflé de la moindre once de maturité. Il s'est produit exactement la même chose arrivé à la fac, puis encore devant mes premières fiches d'impôts, et j'ai l'impression que ça ne s'arrêtera jamais, que je suis toujours un gosse qui joue à être un adulte responsable.

L'avantage, c'est que c'est un peu grâce à ça que je peux aimer un disque comme celui-ci, qui ne veut résolument pas affronter le temps mais s'en trouve affecté malgré tout.

Les trois albums studio de Heatmiser respectent en ça une chronologie un peu triste quand Dead air est plein de fougue et d'énergie de jeunesse ; que celui-ci s'efforce de garder la face et de s'amuser comme un con quitte à passer pour un attardé et en être trop conscient, et que le grunge/punk a totalement déserté Mic City Sons lui interdisant son entrée dans ces pages. Cop and Speeder est donc en plein dans ce sentiment bizarre, le cul entre deux chaises, de ne pouvoir décider entre continuer les conneries, skater et jouer de jour et tomber raide à chier dans les tessons de bières la nuit, où accepter de vieillir : supprimer la saturation, ralentir le tempo, baisser le ton et peaufiner les mélodies, choisir son contrat de retraite complémentaire.

Album, je te comprends. Ça sonne un peu morose, il y a de la frustration là dedans, les cheveux toujours teints en rose mais engoncé dans un costume trop étroit. On retrouve la différence de niveau entre les morceaux plus sombres, directs et ouvertement gay de Neil Gust et les petites perles mélodiques déchirées de Smith que l'on pouvait noter sur le premier album. Seulement ces morceaux, s'ils gardent la touche punk de Dead air perdent clairement tout aspect récréatif au fil du disque. D'un démarrage parfait, ça fatigue et ralentit salement à partir du milieu de disque, pour finir par se gorger d'un désespoir qui fait mal et qui annonce la pathétique carrière solo à commencer juste alors. La transition entre les deux états et les deux albums l'encadrant se trouve donc exactement au milieu de ce Cop and Speeder, la chronologie est impeccable, ce qui est horrible puisque ça revient à devoir contempler une énergie brute matée par les contraintes de la société en quarante minutes. Grandir, ça n'est pas fait pour tout le monde.  

Cop and Speeder en trois mots : pas, le, choix


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