MELVINS - Six Songs
1986 · C/Z Records

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Derelictus
le 10 février 2018 (240 lectures)

   Sludgecore Grunge

Le groupe le plus lourd des années quatre vingt. Cette assertion n’est pas une invention de ma part, mais provient de Lee Dorrian, et je pense que l’on peut entièrement lui faire confiance en la matière. Ce premier EP des Melvins, sorti quelques mois avant Gluey Porch Treatments, avait déjà en soi de quoi donner sens à tout ceci, et à ce qui fera toute la différence entre ce groupe de paumés du Nord Ouest américain et le reste du monde, notamment au beau milieu des années quatre vingt. Ou comment trois losers allaient marquer leur monde ce fameux si février mille neuf cent quatre vingt six où ils s’enfermèrent dans un studio pour enregistrer plusieurs titres. Évidemment, les conditions live de l’enregistrement aident grandement en ce sens, mais ce qui frappe d’entrée c’est tout autant ce son cradingue à souhait que cette lourdeur envahissante, avec des instruments parfaitement audibles, malgré les conditions rudimentaires des prises de son. L’on pourrait presque en sourire aujourd’hui de ces traits de caractère, mais pourtant, l’impact est toujours aussi cinglant lorsque retentit cette fausse introduction sur Easy as It Was, avec ces roulements que l’on pourrait presque croire à côté du temps de la part de Dale Crover, et cette fin en queue de poisson.

Et pourtant, toute la magie des Melvins oeuvre déjà entre ce côté pataud si caractéristique et ces moments plus dynamiques, qui laissent bien entendre qu’entre la seconde partie de My War et les débuts d’EyeHateGod, il y avait bien quelque part dans le monde un groupe qui allait se complaire à patauger dans la boue, tout en trouvant cela complètement amusant. Oui, parce que l’on n’est pas là pour revendiquer quoique ce soit et afficher son mal être, à part peut être le fait que l’on n’a rien de mieux à faire lorsque l’on vit dans le trou du cul du monde où il pleut trois cents jours par an, ou bien de glorifier les abus en tous genres. Non, en fait, l’on se fait déjà remarquer par ce côté délicieusement absurde et hors du monde, avec un côté nerds dans ces répétitions des mêmes motifs que l’on égraine parfois en les modifiant légèrement. Si les titres sont assez concis, il s’y passe beaucoup de choses, car le trio avait déjà choisi de ne pas prendre des voies trop régulières et trop simples pour convaincre son monde. Non, il préfère n’en faire qu’à sa tête, prenant parfois le parti des montagnes russes, ou, à d’autres moments, de nous emmener sur des fausses pistes et de nous laisser en plan au beau milieu de nulle part, sans pour autant donner des indications quant au chemin du retour.

En cela, l’on ne peut qu’être admiratif du jeu de Buzz Osborne qui n’avait sans doute pas grand chose à envier à qui que ce soit, et dont l’élasticité du chant, enfin de ses beuglement, jouait déjà pas mal dans cette saveur particulière du groupe. Évidemment, l’album Gluey Porch Treatments enfoncera le clou quelque temps après, mais pourtant l’on ne peut que rester admiratif devant autant de génie, qui rend tout ceci entêtant. Effectivement, il faut passer le seuil de la crasse et le côté redondant de la chose pour entrer pleinement en possession de la chose, mais une fois passé ce cap, et comme souvent avec les Melvins, c’est du pur bonheur. C’est tout de même assez fou de se dire qu’il y a une bonne trentaine d’années, ces trois musiciens avaient déjà tout compris, et, bien au-delà du caractère historique de cet enregistrement, il y a de quoi se délecter de la chose.

Six Songs en trois mots : gras, gluant, gauche


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Avis des auteurs

Excellent
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