DEINONYCHUS - Ode to Acts of Murder, Dystopia and Suicide
2017 · My Kingdom

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Derelictus
le 17 janvier 2018 (379 lectures)

   Doom death Black metal

Tremblez donc vils imitateurs, suiveurs, disciples et mauvais copistes, Marco Kehren est enfin de retour, après de longues années de silence, et il a décidé de ne pas du tout faire dans la dentelle, et encore moins de passer pour le dernier des faussaires. S’il faut remonter à plus de dix ans pour voir la trace du dernier album de Deinonychus, avec le très décevant Warfare Machines, il fut très surprenant de voir cet album, Ode to Acts of Murder, Dystopia and Suicide, sortir de nulle part, sans coup férir, avec tout de même toute la suspicion que cela pouvait laisser supposer d’un retour pas vraiment attendu et qui n’allait déboucher que sur une déception. Et pourtant, sans doute mu par cet élan de l’année deux mille dix sept, où les Anciens ont montré ce dont ils étaient encore capables de réaliser, le projet du néerlandais a surpris son monde, et votre humble serviteur en premier, par la très bonne qualité de sa dernière livraison. Les langues fourchues auraient tout loisir de dire que vu la qualité du prédécesseur, c’était assez simple de ne pas faire pire. Il n’en demeure pas moins que l’on retrouve ici tout ce que l’on a pu aimer dans le triptyque constitué de l’album éponyme, de Mournument et de Insomnia, pour nous donner un condensé de savoir faire.

Pour être assez réducteur et trivial, l’on pourrait presque résumer cet album comme une reprise des points forts des trois albums, dans ce qu’ils avaient de plus singuliers et excellents, entre la folie de l’éponyme, les côté désespérés et nocturnes de Mournument, dont on retrouve les claviers irréels et majestueux, et le côté plus rentre dedans et plus vil d’Insomnia. Cela se manifeste en premier lieu par des compositions rudement ficelées et implacables dans leurs déroulements et dans l’empreinte du côté obscure de l’âme qu’elles laissent derrière elles de manière indélébile et intangible. Deinonychus est redevenu ce groupe qui sait mordre sa proie et la trainer dans la fange et dans la boue, capable de faire remonter toute cette bile accumulée depuis des années, et de faire resurgir des souffrances que l’on aurait préféré laisser dans les tréfonds de son inconscient. Il sait encore se faire menaçant, avec d’ailleurs des riffs vraiment redoutables, c’est souvent du grand art dans ce registre, et qui marquent bien les esprits. Car c’est bien en cela, mais également dans cette ambiance unique et toujours sur le fil, que l’on retrouve tout le côté pernicieux et torturé de Marco Kehren sur cet album, et non plus celui qui s’amuse à faire monter la polémique à coup de thématiques stériles, de photos ineptes et d’album bâclé.

Nous sommes ici bien loin de tout ça puisque l’on navigue dans ces recoins de la psyché humaine que l’on pensait ne jamais plus retraverser: quand la peur, la folie, la frustration et le désespoir reprennent le contrôle de tout, et, tels les quatre cavaliers de l’Apocalypse, décident de vous tourmenter, de ne plus vous lâcher, de vous harasser continuellement et de vous abandonner dans un monde fait d’obscurité totale et glaçante. C’est là que l’on retrouve toutes les qualités de ce chant unique, qui aura fait tant d’émules, mais qui demeure difficilement égalable, qui domine tellement les débats, et qui surprend toujours autant par sa diversité, par son intensité, par sa justesse et par ce côté tellement dérangeant. Marco Kehren n’est pas là pour vous ménager, pour vous dorloter. Non! Il pleure, il hurle à la mort, il déverse ses imprécations contre cette humanité pourrie, ainsi que cette acrimonie qu’il a tant contenue et qui n’attendait qu’à être répandue. L’homme est toujours autant dérangé et dérangeant, mais avec la vieillesse, il ne perd plus de temps pour dire ce qu’il a à exprimer et pour effectuer son travail de sape. Cette maturité acquise au grès des années, il l’a mise au profit d’un album d’une rare noirceur, maîtrisé de bout en bout, sans avoir recours à des artifices et autres effets de manche malhonnêtes. Autant dire qu’il peut reprendre du repos pendant une décennie tant il reste au dessus de la mêlée.

Ode to Acts of Murder, Dystopia and Suicide en trois mots : malveillant, acerbe, atrabilaire


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