LONGING FOR DAWN - Between Elation and Despair
2009 · Grau

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Derelictus
le 14 janvier 2018 (292 lectures)

   Funeral doom Ambient

L’hiver dans tout ce qu’il a de plus froid et de plus implacable, quand il fait descendre son manteau sibérien sur la terre, ralentissant la vie, ou s’en accaparant, figeant les cours d’eau et la vie des hommes. La rudesse du climat, surtout quand les températures descendent allègrement en dessous du zéro Celsius et semble frigorifier tout ce que la Nature peut généralement offrir de beau et de vivant. Quand le gel permanent, le givre et la neige recouvrent toute végétation et rendent tout déplacement pénible, mais également empreint d’une certaine quiétude, d’un silence de mort qui laisse tout autant d’amertume sur les saisons passées qu’un peu d’espoir dans ce printemps libérateur, bien qu’encore long à venir. Quand la brume ne se dissipe nullement une fois apparue, et que le soleil peine à percer ses faibles rayons pour venir réchauffer l’âme du pèlerin qui semble perdu devant cette immensité et, aussi, devant cette beauté implacable, à la fois cruelle et en même temps accueillante, car l’on aime se perdre dans ses bras, même si cela demande aussi une certaine abnégation pour l’affronter et la parcourir.

Ce sont ces images qui nous viennent à l’esprit lorsque l’on écoute ce troisième album des québécois de Longing For Dawn, où l’on sent bien une certaine maîtrise du propos. Évidemment, c’est du cousu main sans l’ombre d’une grande surprise cet album qui fait la part belle aux compositions longues et majestueuses dans leur développement, où pas grand chose ne s’y passe finalement, comme si l’on voyait dérouler très lentement ces paysages immobilisés par le gel et le souffle glacé du vent d’est qui amène avec lui blizzard et tempêtes de neige. Et pourtant, le quintet sait appliquer cette personnalité, cette singularité de la Belle Province si je puis dire, même si le chant est en anglais, que l’on peut retrouver aussi dans certains de ses projets de black metal, à l’instar d’un Frozen Shadow, où l’on sent bien toute la dureté de ces hivers qui mettent nos sentiments à nus et confinent souvent à la nostalgie, dans cette allégorie du temps qui passe de manière inexorable, et au désespoir, car souvent confronté à cette obscurité qui fait remonter ces sentiments. Il émane pourtant de ces quatre titres une certaine magnificence, due notamment à ces guitares très mélodiques, qui égrènent leurs notes désespérées sur chaque titre, par le biais de leads toutes aussi poignantes que décharnées, que par ces arpèges froids et fébriles.

Évidemment, lorsque l’on a en son sein le boss du label Cyclic Law, il ne faut pas s’étonner de l’excellente utilisation des claviers et des samples, dignes d’un Northaunt, et qui donnent cette atmosphère à la fois irréelle et polaire. Mais plutôt que de les laisser prendre les devants à tout moment, ils savent rester en retrait pour laisser la pleine mesure aux guitares, quand elles nous assènent de leurs riffs imparables, et reprendre les devants quand ces dernières s’effacent. C’est même dans cette savante combinaison entre ceux deux valences que Longing For Dawn se singularise grandement, car il fait souffler tout le long de cet album un vent pétrifiant qui saisit immédiatement, mais qui nous emporte petit à petit dans ses bras, comme si la vie nous quittait lentement au fur et à mesure que l’album avance, et que l’on n’a plus que cette sensation de vide et d’accablement qui surgissent, sans vraiment aucun espoir de retour auquel s’accrocher. En cela, l’on peut dire que les québécois ont réalisé ici un album d’une bonne contenance et d’une bonne facture, dans un style, notamment quand il flirte avec l’ambiant, qui a apporté autant de grandes déceptions que de trop rares satisfactions, au rang desquelles il faudra ajouter ce Between Elation and Despair.

Between Elation and Despair en trois mots : hivernal, imposant, fataliste


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