SWANS - The Glowing Man
2016 · Young God

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Derelictus
le 25 décembre 2017 (443 lectures)

La première question que l’on peut toujours se poser, c’est si l’on est capable d’arriver au bout, et même d’une seule traite, de The Glowing Man, comme c’était le cas avec To Be Kind et The Seer. La réponse sera évidemment que l’on y arrive non sans mal, entre les longues pièces qui oscillent entre la douzaine de minutes et la demie-heure, et les quelques pseudo courtes douceurs que consent à nous offrir Michael Gira, dans sa grande mansuétude pour nous laisser le temps de respirer et de nous reprendre de toutes ces émotions, c’est même surtout vrai sur le second disque. Encore que cela apparaît moins abrupte qu’avec ses deux grands frères, sans doute parce que l’on commence à s’y habituer à ce type de virée marathonienne et presque homérique. Homérique, ça pourrait presque prendre sens pour cette odyssée sonore de deux heures, où l’on a tout autant l’impression d’affronter les démons de Michael Gira que les siens, car ce genre de périple, cela demande aussi un retour sur soi. Gira qui domine toujours autant les débats en vieux gourou autoritaire tout fripé et seul maître à bord, avec un équipage qui se laisse guider et abuser dans cette dernière épopée avant de laisser la place à d’autres galériens du son. Est-ce que cela joue dans l’appréhension et l’acceptation même de cette offrande, je ne saurais dire, toujours est-il que même les pièces les plus longues passent bien mieux que sur To Be Kind, alors que les ingrédients et l’assaisonnement sont peu ou prou les mêmes.

L’autre grande question, c’est de savoir si The Glowing Man est un The Seer part. 3 ou bien un To Be Kind part. 2. Là, la réponse est presque toute faite, tant ce troisième et dernier volet d’une trilogie commencée avec The Seer, s’inscrit bien dans cette droite lignée. Et pour ainsi dire, cela ne dévie quasiment pas de cette trajectoire, qui a fait devenir Swans pour le simple quidam, le groupe qui ne sait faire que des montées, plus ou moins longues, et incapable de terminer ses morceaux, et plus vraiment grand chose d’autre, si l’on veut vraiment être méchant. Et de ce point de vue, l’on ne va pas se mentir, c’est évidemment le cas sur de nombreuses plages de cet album, à tel point que cela n’est plus vraiment du registre de la surprise lorsque l’on tente de gravir ces montagnes et que l’on a du mal à discerner au loin le sommet, voire même de comprendre vraiment ce que tout ceci veut vraiment signifier ou en venir. Le seul bémol, c’est que lorsque l’on accepte de s’y immerger, de se faire parfois molester, parfois abuser, l’on rentre facilement dans le jeu, et tant pis si parfois c’est un peu abrupte et d’autre fois cousu de fil blanc, cela fonctionne à chaque fois, c’est cela qui relève quasiment de l’ordre du mystérieux avec Swans, et qui le rend un peu plus intriguant. Car l’on finit par mieux maîtriser les choses et que lorsque l’on s’évertue à faire prendre des fausses pistes à son auditeur, prenant parfois des aspérités plus lumineuses, - enfin quand je dis lumineux chez Swans, c’est plus avec le côté blafard du néon en pleine face que du rai de lumière apaisant -, et qui te feraient presque danser comme sur Frankie M et son énumération de psychotropes en tout genre à faire pâlir un Josh Homme cherchant à composer le tube de l’été.

L'on sent tout de même derrière tout ceci, que nous sommes à la fin d’une ère, et que l’on jette une dernière fois toutes ces forces dans cette aventure, dans ces recherches soniques, dans ces transes telles des danses du soleil, et dans ces chemins de repentance. Comme si les deux autres essais n’avaient pas complètement rassasié tout le monde. Comme si l’on savait qu’il fallait laisser coûte que coûte une certaine postérité et jouer en même temps sur les deux aspects même de la fin du monde: le maelström d’un côté, l’atteinte d’une forme de quiétude de l’autre. Et cela se ressent dans cette tension palpable qui ne fait que monter de cran en cran sur tout ce disque, malgré les méthodes d’enfumage de Gira, et que l’on en a l’aboutissement sur le second disque, et notamment sur le morceau titre qui retranscrit cette atmosphère. Comme si l’on y cherchait entre deux acmés chaotiques initial et terminal à s’enfuir de tout ceci, à courir éperdument pour mieux s’en échapper, avec une urgence qui est presque toute nouvelle et même humaine, comme pour mieux y mettre un terme. Et sans doute que l’ultime titre constituerait presque une boutade vis-à-vis de tout ce qui vient d’être fait depuis des années, en y invoquant même la période lagomorphe pour cela, avec cet antagonisme entre beauté et mélancolie, comme si Gira allait trouver réellement cette paix annoncée. Le coup de l’album épitaphe et du chant du cygne, il nous l’a déjà fait, et d’une certaine manière, l’on a envie d’y croire dans cette ultime et réussie démonstration où l’on peut y trouver une réelle forme d’aboutissement. Jusqu'à la prochaine manifestation des Swans.

The Glowing Man en trois mots : fin, de, cycle


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Avis des auteurs

Excellent
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