HAWKWIND - Hall of the Mountain Grill
1974 · United Artists

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Derelictus
le 16 décembre 2017 (305 lectures)

   Psyché Space Rock

Hall of the Mountain King a une saveur particulière, une coloration plus feutrée et bien moins épicée que ses deux prédécesseurs, et s’il n’est pas l’album que l’on cite volontiers lorsque l’on évoque Hawkwind, il recèle néanmoins de nombreuses et agréables surprises. De toute manière, Hawkwind pouvait-il décemment aller plus loin dans le trip cosmique et dans une forme de folie furieuse comme ce fut le cas avec Doremi Fasol Latido et, surtout, avec le fabuleux Space Ritual, où l’équipage anglais semblait tout autant définitivement perdu au loin, dans des galaxies très lointaines, qu’avoir atteint un point de non retour et en même temps montrer qu’il était capable de rutilantes déflagrations soniques. C’est pourtant une forme de contre-pied que nous avons avec ce Hall of the Mountain Grill, qui fait à la fois référence à Edvard Grieg et à un café de Portobello Road, où les membres du groupe se rendaient régulièrement.

N’allez pas croire que la formation de Dave Brock a totalement dénaturé son identité sonore, car il est toujours question de voyages cosmiques sur cet album, mais, et c’est sans doute ce qu’il a de plus surprenant et de plus déroutant, ce qu’ici tout semble plus posé. Un peu à l’image de ce vaisseau perdu sur une planète, l’on ne cherche pas à voyager à la vitesse de la lumière, et à s’épancher dans des jams infinis et itératifs pour donner sens à cette impression, il n’y en a d’ailleurs quasiment plus ici, mais l’on cherche plutôt à explorer ce seul monde inconnu où l’on a atterri, avec tout l’émerveillement que cette découverte suscite. Il y a ici une manière plus douce de voyager, voire même quelque chose de plus contemplatif, où l’on prendrait presque le temps de méditer sur sa condition humaine face aux multiples formes de vies que l’on a rencontré durant tous ces voyages, - ce n’est d’ailleurs pas anodins si l’on retrouve ici les paroles les plus engagées d’un groupe qui avait pour leitmotiv, aussi, de faire de la musique pour les laisser pour compte. Et cela se ressent sur de nombreux titres bien plus apaisés, un peu à la manière d’un In Search of Space, et dont le pinacle serait sans doute ce magnifique instrumental qu’est Wind of Change.

Il y a réellement une beauté derrière chaque titre, comme un voyage astral, où l’on se recentre sur soi pour accéder à une connaissance bien plus grande de son être mais aussi de ces mondes multiples et inconnus. Et c’est peut être cela qui peut déranger pour qui cherche à tout prix ces titres aux rythmes effrénés, et à ces longues plages instrumentales où chaque musicien s’en donne à coeur joie, avec à la clef de nombreuses improvisations et un côté quasiment chaotique. Le parti pris des anglais fut ici tout autre, et l’arrivée de Simon House au sein de l’équipage a pas mal changé la donne, faisant de cet album celui où la musique fut la plus aboutie pour ce qui est du travail de composition et pour ce qui est des arrangements, assez riches, il faut l’avouer, mais une richesse qui lui donne une coloration assez luxuriante et enchanteresse. Le Hawkwind un peu bordélique et toujours sur la tangente a laissé place à un Hawkwind plus mature mais pas moins aventureux, car il expérimente encore et toujours. L’on pourra dire que c’est l’album où les claviers de toutes sortes prennent les devants, notamment ce mellotron magnifique que l’on retrouve sur le très beau D-Rider, et donnent évidemment cette coloration unique, qui rattache tout de même cet album à ses aînés. L’apparition d’un violon est également une belle trouvaille, apportant un soupçon de nostalgie avec ses sonorités plus fines. Attention, ce n’est pas pour autant que la cellule rythmique musclée fait de la figuration, mais l’on se surprend à ne pas avoir constamment une basse saturée de la part de ce cher Lemmy, et l’on retrouve même une certaine finesse que l’on ne soupçonnerait même pas de sa part.

Et tout cela s’enchaine de très belle manière, c’est là aussi la volonté de faire quelque chose de plus sérieux auprès du grand public, reproche que l’on pourrait d’ailleurs faire au groupe pour avoir pris cette direction, mais il y a une certaine cohérence dans tout ceci, qui se voit même dans l’agencement de ces titres. Et même si j’ai évoqué plus de finesse, voire quelque chose de plus aérien, il ne faut pas pour autant oublier que c’est un groupe particulier auquel nous avons à faire, et l’on retrouve tout de même quelques titres plus rentre-dedans, placés judicieusement au début de chaque face du vinyle, et où l’on sent bien que l’on a préféré lécher les arrangements sur ceux-ci plutôt que de laisser la bride sur le cou, ce qui nous donne des titres plus concis, suivis à chaque fois par un instrumental, comme pour mieux redescendre de ces expériences. Si Hall of the Mountain Grill est peut être l’album le plus posé d’Hawkwind de cette période, il n’en reste pas moins une très belle oeuvre, un peu plus mystique que les autres, montrant par la même occasion une forme de sagesse, comme si l’on avait trouvé une forme d’équilibre entre les éléments terrestres et les éléments aériens, où même si l’on a les pieds fermement rivés au sol et dans une certaine réalité, aussi abrupte puisse-t-elle être, l’on est tout autant apte à voir et explorer des mondes inexplorés et des réalités bien plus accueillantes.

Hall of the Mountain Grill en trois mots : pur, vaporeux, diapr


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