Derelictus
le 14 octobre 2017 (1045 lectures)

   Traditional doom

Les morts n’ont jamais été aussi vivants, et tant pis si on les avait, à tort, enterrés rapidement à l’aune d’un premier album fait dans la précipitation et dans l’envie de montrer de quel bois se chauffaient trois hommes meurtris et prêts à tout pour vider leur fiel sur leurs anciens petits camarades de jeu. Oui, mais tout cela n’était qu’une erreur de jeunesse, un trop plein d’aigreur dirigée de manière puérile et à mauvais escient envers les mauvaises personnes. L’on passera aussi rapidement le renvoi de Mark Greening pour incompatibilité politique entre lui et son chanteur, ce dernier nous rappelant qu’il avait encore la foi en ses idéaux de jeunesse, et qui, passée l’inquiétude de savoir qui allait le remplacer, s’est rapidement fait oublier par son successeur, qui a lui aussi un curriculum vitae intéressant, comprenant d’ailleurs un passage chez Bolt Thrower. Et pour l’anecdote, c’est aussi le retour de Leo Smee aux affaires, toujours aussi excellent dans son jeu, finissant de compléter un line-up qui n’a plus rien à envier à d’autres. Non, lorsque l’on s’appelle Lee Dorrian et que l’on a tant fait pour ce genre et militer pour la cause, on n’a pas besoin d’aligner cinquante explications les plus vaseuses les unes que les autres pour expliquer d’où l’on vient et où l’on va, on laisse cela aux autres.

Et des clins d’oeil au passé, il y en a dans cet album, ne serait-ce que cette première intervention de Lee Dorrian, où ce brame de cerf nous renvoie quasiment à celui poussé sur l’introduction d’Ebony Tears, et donc plus d’un quart de siècle en arrière, et cela suffit quasiment à nous rassurer quant à la teneur de cet album, vindicatif à souhait. Oui, le fantôme de Cathedral s’y ressent pleinement, mais celui qui rampe sur le sol comme une bête apeurée, blessée mais encore menaçante, avec, évidemment, ce savoir faire en matière de riffing de la part de Tim Bagshaw, et une cohésion d’ensemble qui rassure quant à cette capacité de nuisance qui s’effondre sur vous sans trembler et sans ménagement. L’on est loin des approximations liées aux conditions de l’enregistrement du premier opus, ici tout semble être réfléchi et même programmé pour écraser, sans aucun répit, l’auditeur et toute cette concurrence qui prétend jouer du doom metal, mais qui préfère vénérer ses têtes d’amplis vintage et ses baffles en full stack pour y dissimuler toute leur vanité et leur vacuité, et qui a oublié qu’un bon album de doom metal qui se respecte doit au moins comprendre ces deux constantes: des vrais riffs de doom metal et une ambiance mortifère ou saturnienne.

Ceci, le quatuor ne l’a aucunement oublié, nous gratifiant de riffs monstrueux dans leur efficacité et pernicieux dans leur approche, une approche qui en devient même vraiment sordide, car n’y allons par par quatre chemins, ça pue bien la mort, et pas que par intermittence. Elle était facile cette assertion, mais elle est tellement évidente. Il y a bien sûr de la crasse et de la fureur qui ressort de tout ceci, mais non plus avec cet espoir de rétablir quelque chose, mais bien de voir tout ceci s’écrouler devant soi, car l'érosion de tout est inéluctable et inaltérable. Le tout est bien enveloppé d’une bonne chape de fuzz et avec une bonne utilisation de l’octaver, comme le fit pas mal un certain Tom G. Warrior chez Triptykon. C’est même d’ailleurs dans ces sentiers visqueux que les anglais sont venus trainés leurs guêtres, mais à la différence, qu’eux, ne se perdent pas dans des chemins de traverses mélodiques ou artistiques: l’objectif étant clair, net et simple, puisqu’il s’agit de tout laminer sur son passage. Au risque de se répéter, Alex Thomas fait clairement oublier son prédécesseur avec des patterns bien plus incisifs et bien plus rentre dedans, martelant ses futs comme s’il écrasait le crâne de ses ennemis, aidé en cela par une remarquable production qui met bien en valeur tout ceci, avec une ampleur et une chaleur qui sied on ne peut mieux à ce genre musical.

Ici, ça va droit au but, même si parfois l’on prend la tactique du contre feu, pour mieux assommer son adversaire et le laminer à coup de semonce de manière effrénée et sans jamais reculer. L’on fonce certes tête baissée, et l’on n’offre jamais de répit, ou alors, si telle pouvait être l’option offerte, c’est fait de manière suffisamment vicelarde pour bien faire comprendre que l’on ne rigole plus maintenant, que l’on ne s’épanche pas dans mille et une chorégraphies ou arrangements pour t’impressionner et t’amadouer: il n’y a plus de temps à perdre désormais, c’est là aussi l’avantage de l’âge de raison que de ne plus avoir à gloser. Il ne faut pas pour autant s’attendre à une forme de gâtisme de la part de ces quatre musiciens, et notamment de la part de Lee Dorrian qui semble plus énervé que jamais, ou en tout cas bien plus vindicatif qu’il ne l’avait été récemment. C’est ça aussi la réelle surprise de cet album, c’est qu’en dépit de sa diction particulière et ô combien marquante, il a retrouvé une verve et une acrimonie que l’on ne se doutait plus qu’il pouvait encore éprouver et même éructer ainsi, après tant d’années de labeur.

Assurément, il n’y aura pas de remises en question des dogmes du doom metal, ni encore moins une volonté de s’aventurer dans certains sentiers inconnus, nous en sommes loin avec ce Love from With the Dead, un titre tellement ironique qu’il sied parfaitement à la teneur de cet album.  Non, l’on revient même à l’essentiel de ce qu’est cette musique, à son essence même, avec toute l’ardeur et la passion de quatre dévots à cette noble cause, mais avec un prisme pour l’extrémisme musical qui rend cette réalisation aussi étouffante qu’entêtante. Point de dissimulation derrière des effets de manche ou d’autres pales artifices sur cette réalisation, nous sommes même au-delà des mauvais jeux de mots, mais pleinement dans l’affirmation que cette musique n’est pas une farce ou une fausse nostalgie pour amateur de sensations fortes, mais bien une musique qui vient droit du coeur, mais d’un coeur qui bat lentement et qui a perdu tout sens d’émotion, et qui déverse toute son aigreur et toute sa haine envers cette pitoyable humanité. Et l'on n’a sans doute pas fini de devoir s’incliner devant un telle remise en ordre.

Love From With the Dead en trois mots : acrimonieux, suffocant, malfaisant


gulo gulo
le 14 octobre 2017 (1040 lectures)

   Traditional doom

Love from With the Dead est le premier effort du combo With the Dead, après un léger remaniement dans le line-up prestigieux qui avait enregistré leur prometteuse mais frustrante démo, avec sa pochette très visiblement finalisée sur un coin de capot, en sortant du studio, avant de filer la déposer chez Rise Above : le talentueux Mark Greening (Electric Wizard, Ramesses, 11Paranoias) a quitté le tabouret du batteur et le navire, pour laisser la place au non moins valeureux Alex Thomas (Bolt Thrower), et Tim Bagshaw s'est vu soulagé de la charge de la basse, qui a été confiée, excusez du peu, à rien moins que Leo Smee, qu'on ne présente pas.

L'opus, paru le 22 septembre 2017 sur le label de référence Rise Above en cd et lp, est constitué de 7 morceaux de Doom Metal morbide et primitif aux textes misanthropes. On note que le son de guitares est particulièrement bitumineux, et que le batteur n'est pas mauvais du tout... Voilà, c'est raté : je suis incapable de tenir plus de quelques instants sur ce mode. Un pareil disque, macabre et malfaisant au-delà de l'héroïque, ne mérite pas le journalisme, et il faut être d'une cruauté bien au-delà de mes pauvres capacités, pour lui infliger un tel traitement.

L'album, disons le net et d'emblée, est une poutrerie sans nom, une correction, une dégelée en règle à vous donner envie de prendre le premier avion pour Coventry, aller fougueusement se jeter au cou d'Oncle Lee et l'embrasser comme le bon pain - ou quelque chose comme ça ; voire de faire des mudras gangstamatiques avec tous les doigts qu'on peut pendant toute la durée du voyage, en mugissant "c'est qui ton papa ?" sous le nez des autres passagers, tant le flow de Dorrian s'y montre plus belliqueusement b-boy que jamais. On ne va, cependant, pas se saisir de la perche que représente l'intrusion du hip-hop dans le discours pour s'égarer à faire une énième fois de With the Dead un clash avec untel ou untel - tant cela serait passer à côté du disque, à savoir la joie pure et massive qu'il prodigue avec générosité, ce qui serait positivement regrettable, croyez-le bien. On se contentera donc de signaler que l'album vous donnera probablement envie de citer Onyx, pour situer le niveau d'intelligence pacifique du doom dont il est question.

On aura du mal, cependant, à se retenir de noter avec un très large sourire que Love from With The Dead remet des pendules à l'heure ; un certain nombre d'entre elles ; il s'agirait de se rappeler que Lee Dorrian a fait partie de Napalm Death, de Teeth of Lions Rule the Divine, et du groupe qui a enregistré Forest of Equilibrium ; puis aussi qu'il n'y avait pas que Greening, dans Ramesses ; et qu'être passé dans Bolt Thrower, sur un CV, ça pèse méchamment, mais sur une batterie encore plus.

Et c'est donc un collectif  (c'est très simple : chaque élément sonne divinement, au-delà du trop beau pour être vrai, au point d'en être obscène) comme le titre de l'album l'indique en toute simplicité, un solide groupe et non un quelconque supergroupe, qui vous le rappelle pour votre propre bien et avec tout son généreux et patibulaire amour violet : le doom est une musique malade, extrêmement malade ; et violemment addictive. Un vice qui s'assouvit ici avec la plus grande pureté possible entre adultes consentants.

Love From With the Dead en trois mots : nocif, onirique, macabre


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