gulo gulo
le 26 mars 2017 (1085 lectures)

   Industriel Black metal Krautrock

Pour ceux - on devine à qui je pense au premier chef - qui auraient pu décrocher d'Aluk Todolo - à regrets, on se doute - avec Voix, trouvant, par exemple, que la chose commençait à ressembler à un Oranssi Pazuzu en plus intelligent, trop pour eux, et que le black metal, déjà très subtil mais néanmoins, jusque là, toujours aussi indélébile que sauvage - commençait à devenir trop mental (ou trop jazz, pour ceux-là ça revient souvent aux même) ; ou que les lignes de basse, elles sonnent trop comme si elles étaient jouées en pantalon africain avec une casquette Kangol à l'envers...

Cette compilation, elle est vache de bien. De nouveau, Aluk Todolo donne envie de se baffrer de pleines bolées de mexicains. De nouveau, Aluk Todolo aligne les tourneries mornes, grises, et pourtant allumées comme pas deux, phosphorescentes de venin du crotale, à faire glapir des guitares invoquant l'image dans vos veines à la fois de tôles déchiquetées qui se frottent comme on se lèche les babines, et de torrents d'alcaloïdes possédés d'une violente euphorie. De nouveau, Aluk Todolo réussit à faire naître de tumultueuses cascades de visions au moyen d'une musique répétitive, simpliste en apparence, aussi grisâtre  et austère que la pochette ici choisie, et pourtant vertigineuse. Sacré bon sang de bon soir, ces rythmiques, c'est du hip-hop, de la house-nô, du vaudou arctique, du jazz zoulou, de la jungle acoustique ? du Silk Saw, du Starfish Pool, du Kouhei Matsunaga ? Tout cela, mon colonel, ça dépend depuis combien de minutes tu les écoutes.

On ne sait pas bien, et de toutes les manières n'a pas envie de savoir, quels sont les différents statuts et stades des morceaux, brouillons, répétitions, inédits, expérimentations abouties mais sans domicile, ni leur historicité (quoique celle-ci soit donnée à lire dans les intitulés des morceaux) : l'essentiel, comme avec toute compilation qui vaut qu'on parle d'elle, est que leur compilation, justement, est homogène, et sonne tout du long avec la même prédatrice crudité, que les morceaux soient bruitistes, d'un psychédélisme hashishin voisin de Queen Elephantine ou Saturnalia Temple (avouez qu'on fait plus douillet, dans la discipline), les deux à la fois, ou encore frôlent l'industriel autiste qu'ils transmutent en chamanisme préhistorique malsain, comme aux débuts du groupe - Allerseelen ou Einstü' contaminés par du vieux beumeu des bois style Darvulia, si vous préférez ; voire, sur la dernière piste, du vieux Maschinenzimmer 412 mais tout malade, rachitique, bref en bien pire. Tout cela - toutes ces choses, là, réunies ici - boîte avec une horrible détermination, l'on n'oserait presque pas dire vers vous tant il peut s'avérer difficile de déchiffrer les trajectoires dans pareils rituels magiques gouvernés par des calculs non-euclidiens, sans l'aide d'un adjuvant toxique, mais du reste l'effet n'en est pas plus rassurant pour autant, ni moins irrépressiblement fascinant. La basse ? Le grand Crotalito, oui ! Rendu à ce point, de possession par le totem du grand serpent cosmique, si Aluk Todolo est la version black metal de quelque chose c'est de Bomber (de Motörhead, bien entendu) ; c'est ce genre de violence d'invasion qu'il faut imaginer, qui vous prend dès la première claudicante et ondoyante piste ; là, d'accord, Oranssi Pazuzu peut s'arrêter immédiatement de fanfaronner sur l'air de loup y es-tu, m'entends-tu : à compter de cette première piste, on n'est plus en sécurité entre ces arbres décharnés par l'hiver, sous l'osseuse lumière de cette mauvaise lune, à errer après l'écho de ces mâchoires en scies rouillées qu'on croit entendre racler l'une contre l'autre avec gourmandise.

Certaines pièces ici, par nature sans doute, paraissent probablement plus spécifiquement centrées sur tel ou tel penchant, rock psyché, kraut (du kraut, oui : avec le K ; celui au fer corrodé par la psilocybine de Skull Defekts, on l'accordera volontiers, mais surtout celui hyper-toxique de K-Branding, unique vague parent de la menace développée, ou plutôt enveloppée, ici), industriel, black, voire ambient de k-hole du Pôle ; mais ce ne sont là que les fibres de l'ADN du groupe, et chaque fois, comme dit plus haut, au fil du morceau on les verra miroiter, et toutes apparaître, à divers degrés (tous eux aussi, qui vont jusqu'au subliminal) mais chacune leur tour, étroitement enlacées qu'elles sont en permanence, inextricables... Qu'on aille donc  s'étonner, après, que même une compilation ait la capacité strangulatoire - et l'hallucinogène avec - d'un album.

Archives Vol. 1 en trois mots : la, magie, nue


Facebook 

Chargement...

Avis des auteurs

Coup de cœur
Coup de cœur