Derelictus
le 04 mars 2017 (336 lectures)

   Grunge Noise rock Blues rock

Le grunge dans tous ses états, mais surtout dans ce qu’il a de plus bourbeux et de plus nocturne, c’est ce que l’on retrouve ici même. Rien de fortement sautillant, ni même de quoi être l’étendard d’une génération, et donc encore mois la bande son d’une révolution plus vestimentaire que de l’esprit, puisque c’est plus du côté d’un Bleach ou des vieux Melvins qu’il faudrait chercher une certaine filiation, même si elles ne sont pas les seules. Mais en tout cas, l’esprit du début des années quatre vingt dix règne sur cet opus, mais nourri d’autres influences. Bref, c’est typiquement le type de musique qui touche au ventre avant de toucher au cœur, et qui s’apparente à un road trip, mais pas du tout celui que l’on fait les cheveux aux vents à bord d’une décapotable. Ici, il y a des contrastes entre des moments gris et ternes et d’autres bien plus colorés et irisés, comme au bon vieux temps des nineties, si l’on devait se conformer à un certain code couleur. 

Et c’est ainsi que l’on voit découler différents ambiances au grès des titres, comme si l’on passait d’un rade bondé de jeunes yuppies blindés de C ou de MDMA, à un autre empli de vieux décatis, complètement déchenillés après tant d’épreuves et d’ingestion de litres de mauvais alcools en tout genre depuis des heures. L’happy hour est loin derrière nous, et c’est d’after en after que l’on continue le chemin, parfois avec cette peur du vide qui nous reprend, parfois une certaine forme de paranoïa, et qui nous laisserait presque que deux options, la fuite ou bien continuer dans les excès. A ce stade des pérégrinations, il ne faut pas oublier un élément on ne peut plus important dans tout ceci, c’est cette pluie fine qui colle au visage et ce ciel gris qui reste figé ainsi depuis des jours. Une fin de soirée un peu arrosée, mais pas trop pour avoir suffisamment d’amertume et de ressacs, et ces prémices d’une bonne gueule de bois, voilà à quoi l’on assiste et l’on vit ici, mais une gueule de bois qui ferait honneur aux vertus rédemptrices du rock: la passion, la fureur, l’oubli de soi et des autres, mais en même temps une communion sur l’autel du dieu décibel. 

C’est même cette versatilité, toute en souplesse devrais-je dire mais non dénouée de groove, qui fait de ce disque une petite pépite passée inaperçue, mais qui pourrait autant ravir ceux qui avaient apprécié Hazard County Girls et Jucifer, sans leur côté grind évidemment, ne serait-ce que par le chant de Julie, excellent au demeurant, - et pourtant vous commencez à connaître, ô lecteurs, mon amour immodéré pour les groupes à chanteuses -, et les différentes ambiances déployées sur cet album. Car, il y a tout autant de finesse, comme sur le bluesy Woa Boy, que de lourdeur, dont l’excellent X est une merveilleuse démonstration dans le genre. Mais l’on n’oublie pas non plus d’aller sur des terrains plus noisy de temps à autres, et, tout simplement, l’on est loin d’être inscrits dans une géométrie euclidienne, tout en gardant une crasse et une rigueur sans carcan. En même temps ça ne choquera personne si je vous dis que l’homme qui est à l’origine de ce projet officie actuellement dans Sordide et Void Paradigm, je n’ai donc plus besoin d’avancer plus loin dans la description du tableau. Ça n’aura duré que le temps d’un one shot toute cette histoire, mais ça aura laissé bien des traces et nous aura rappelé aux bons souvenirs d’une scène qui possédait une certaine liberté, bien avant les formatages inhérents au vingt et unième siècle.

BadSwamp en trois mots : chemises, , carreaux


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