Krokodil
le 02 mars 2017 (1147 lectures)

   Stoner Sludgecore

Je préfère jouer carte sur table dès le départ, ce nouvel album de Grey Widow m'a donné du fil à retordre. "De ouf", comme disent les jeunes. Je veux dire... J'aime énormément Grey Widow. J'aime leur sludge pas subtil pour un rond. J'aime leur capacité à démolir tout ce qu'ils touchent, à broyer des mâchoires à la chaine, à broyer des voiles entiers de béton : À BROYER, quoi. J'aime aussi leur démentielle petite reprise de Leechmilk, qui doit être dans le high five des meilleurs titres de sludge de l'histoire ; si si. Parmi les choses les plus violemment brise-nuque qu'il m'ait été donné d'entendre, à vous en faire mosher tout un putain de cimetière. Comment dire ? Sans même avoir écouté II, je savais déjà qu'il aurait une place bien au chaud sur le podium de fin d'année.

Depuis ? Je l'ai écouté. Et Grey Widow est à peu près partout sauf là où je l'attendais, dans le rayon ultra où je pensais le croiser encore, avec certains de ses confrères britanniques. En fait... Grey Widow a considérablement changé. Muté. Évolué si vous préférez. Probablement fatigué de n'être qu'une anomalie parmi d'autres, fatigué de n'être qu'une énième difformité dans un océan de choses qui rivalisent de difformité, et puis fatigué de ce sludge de débile furieux qui matraque des gueules à la pelle comme ce brave Danny dans Manhunt 2. Ouais, Grey Widow a évolué, dans la forme en tout cas (les conséquences d'un line-up à effectif variable). Et les voilà donc toujours plus proches de leurs racines purement brit, à pratiquer un dérivé de sludge à riffs bien pépères mais dansant comme des ondes sismiques, quelque part à l'intersection d'Iron Monkey (la seule constante depuis le début, si j'ose dire) et ... des Wizard électriques.

Enfin, si l'on y regarde de plus près, et même si les frontières entre genres sont de moins en moins tangibles, Grey Widow - un peu comme les divins Black Tomb - sonne de plus en plus stoner. Pas stoner de la vie à la cool avec des Clubmaster sur la tronche et un gros V8 sous le capot, hein. Stoner d'une vie d'angoisse chronique, de brouillard narcotique permanent, de fatigue mentale incurable... Et d'amertume bien sludge, fatalement... "Chassez le naturel, bla bla bla"... Car ce qui ne faisait que se profiler vaguement au départ, et que l'on pouvait à peine discerner dans ce splendide magma de saturation, s'affirme au fil des écoutes de manière toujours plus évidente : Grey Widow est toujours le même prédateur. Avec une machoire et des dents destinées à ... BROYER. Voilà. Alors certes, il n'a peut-être plus la fougue et la turbulence d'antan, celle du jeune prédateur qui découvre le plaisir de la traque, mais n'allez surtout pas croire qu'il serait moins cruel pour autant. Il reste une bête. Une vilaine bête avec un ventre qui ne demande qu'à se remplir. 

Derrière son groove apparemment inoffensif et convivial, très rythme de croisière, très wizardien en à peine moins décalqué, la tension se dessine lentement mais sûrement. Un peu comme dans Revengeance. Au coeur même de l'obésité moribonde du fuzz : le hardcore. Terne et déprimant comme un cadavre. De quoi donner de bonnes raisons de faire le deuil du vieux Grey Widow, de ses fantasmes d'ultraviolence facile, et d'accueillir le nouveau à bras ouvert. Ce qu'il est temps de faire.

II en trois mots : graisseux, assommant, fourbe


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Avis des auteurs

Excellent
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