PAGAN ALTAR - Lords of Hypocrisy
2004 · Oracle Records

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Derelictus
le 25 février 2017 (649 lectures)

   Traditional doom Heavy metal

Le cas de Pagan Altar, au risque de me répéter, fait partie de ces histoires de losers magnifiques que l’on aime tant se remémorer, et se sont retrouvés éclipsés pendant de longues années par des noms bien plus ronflants. Où comment un obscur groupe de la vague new wave of british heavy metal aurait pu marquer plus son époque s’il avait eu un peu plus de chance. Adulé par une nouvelle cohorte de fans et par tout un pan d’une scène qui n’en finissait plus de se démarquer des autres en déclarant une certaine intransigeance quant à la pureté du doom metal et de ses influences, l’on pense à un certain Rich Walker, à un certain Albert Witchfinder, ou bien encore à Ola Blomkvist, Pagan Altar a resurgi des morts en cette année deux mille quatre, avec, enfin, son deuxième album sous les bras.

Ce ne fut sans doute pas évident de remettre la machine en marche après tant d’années d’inactivité, tout en sachant que ce retour allait être épié, voire même fantasmé, par bon nombre de personnes. Pour autant Pagan Altar ne déçoit pas ici, un peu à l’image de ses compatriotes d’Angel Witch quelques années plus tard, et, qui plus est, plutôt que de chercher une quelconque forme de modernisme pour séduire un nouveau public, Pagan Altar reste fidèle à lui-même en ne changeant aucunement la voie tracée avec leur premier album. Il est vrai que les compositions furent écrites aux débuts des années quatre vingt, ce qui expliquera cette non évolution, mais l’on ne peut que saluer la démarche, orthodoxe si je puis dire, du quatuor. A ceci près que les anglais ont un peu étoffé leur musique, rallongeant parfois un peu la durée de leurs titres, mais c’était déjà le cas auparavant, des titres qui font tous la part belle à ces riffs plombés comme on les aime, ainsi que d’excellents soli, qui raviront les afficionados de la six cordes non stérilement démonstratives. L’on ne néglige pas les chœurs féminins de temps à autres, ou les passages en sons clairs. Et l’on sait aussi alterner vélocité et passages moins marqués rythmiquement, le tout donnant parfois une coloration épique à l’ensemble; ceci a ses charmes, cela s’entend aisément.

Mais à la limite tout ceci serait presque accessoire s’il n’émanait de cet album une ambiance assez unique, qui est sans conteste le point fort de cette formation, outre ses qualités d’écriture. Car ça ne sonne assurément comme aucun autre groupe, et il en découle une atmosphère tantôt occulte, tantôt nostalgique et tantôt pessimiste. Ça se ressent pleinement comme un leitmotiv sur l’entièreté de cet album, même dans ses instants les plus posés, comme quelque chose de bien plus menaçant que le culte d’anciennes entités vengeresses, comme on pouvait l’avoir sur le premier album. C’est comme si le poids des années avait donné une grande sagesse mais aussi une certaine aigreur et une crainte dans le futur, un peu eschatologique - ou médiévale si l’on préfère -, plutôt bien retranscrite dans les paroles, dont ce triptyque central que forme l’enchaînement Armagedon – The Interlude – The Aftermath. Finalement, cela sonne aussi complètement anglais, avec tous ces degrés de spleen, de flegmatisme, de respect des anciens, et en même temps de bonne tenue.

Une feeling unique, un savoir faire irréprochable, une qualité constante dans l’écriture, c’est tout ceci que l’on peut accoler à cet excellent album qu’est Lords of Hypocrisy. Effectivement, le chant du regretté Terry Jones ne sera pas la tasse de thé de tout le monde, ni cette production assez rêche mais qui donne tellement de charme à l’ensemble, mais tout ceci est anecdotique devant autant de talent. Les vieux n’ont pas encore dit leurs derniers mots et ont encore plein de leçons à donner.

Lords of Hypocrisy en trois mots : nigmatique, authentique, saillant


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