11PARANOIAS - Reliquary For A Dreamed of World
2016 · Ritual

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Derelictus
le 22 février 2017 (1056 lectures)

   Traditional doom Psyché Freak doom

De l’autre côté du miroir de Possessed by the Rise of Magick, il y a Reliquary for a Dreamed of World. J’aurais sans doute du m’en arrêter là.

De nombreuses rotations de ces deux albums, et souvent l’un après l’autre ces derniers temps, m’ont rendu claire cette évidence, qui ne le sera peut être pas pour tout le monde. J’irai même jusqu’à surenchérir, et histoire d’ajouter une troisième voie à cette assertion, un peu à l’image des trois filtres de couleurs pour mieux observer l’artwork: il y a ici aussi cette filiation à Let Us Prey, comme un triptyque qui serait enfin achevé. Effectivement, si l’on doit participer au jeu des sept différences entre l’ovni de Ramesses, si pour autant il pouvait y en avoir, l’on dira que le seul point commun entre les deux albums serait la présence d’Adam Richardson, tant dans son chant, un peu plus juste cette fois-ci, mais toujours aussi intoxiqué, que dans son jeu de basse, qui ratisse bien les bas fonds. Nathan Perrier a sans doute un jeu plus euclidien que Mark Greening, sans avoir de quoi lui envier, et Mike Vest n’est pas Tim Bagshaw.

Sauf que si Mike Vest est moins frontal dans son approche, moins metalhead dans l’âme également, il a ici une attaque plus insidieuse de la chose, entre cieux et tréfonds, faite de chemins de traverses et de détours lysergiques, qui tissent une toile dont il est difficile de s’extirper. Mais sans les nuances de bien être dont il est capable de nous inonder avec Bong, car si l’on est parfois installé dans une certaine zone de confort, c’est pour mieux en être délogé le moment d’après, sans aucun répit. Il y a des instants brillants dans cet opus, mais dont la lumière aveugle et en devient finalement un ennemi, et nous rappelle que nous sommes plutôt Icare qu’autre chose. Car les instants d’aphérèses sont imparables, et de dégringolades en dégringolades, l’on termine souvent le souffle coupé, avec un certain méthodisme pour nous faire chuter, tel Lucifer tombant sans fin, mais en prenant un certain plaisir par moment pour nous raccrocher par la main et nous faire tomber encore plus bas l’instant suivant. La côté stellaire d’un Hawkwind est souvent invoqué pour décrire cet album, il y a de cela, sauf que la gravité est bien plus importante ici, et que la béatitude et les mondes étranges sont ici déformés et en deviennent radicalement oppressants.

On le savait déjà dès les premières heures de cette formation, 11 Paranoias n’est pas vraiment de ce monde, et l’est encore moins rattaché dans le cas qui nous intéresse ici, encore que le final abrupt Milk of Amnesia pourrait constituer un contre exemple parfait, telle une redescente soudaine. Car rien ne suit vraiment des schémas préétablis, à part le cynique Phantom Pyramid, et l’on a souvent des morceaux qui partent dans des directions opposées sans coup férir. Il y a finalement quelque chose de bien plus désenchanté dans cet album qu’il n’y paraît de primes abords, un peu comme le dernier Sink, où derrière un côté chatoyant et charmant, s’élabore toute une trame maladive qui éclate par instant, et n’attend que ça pour déborder et se déverser. La glaise, la rouille, la grisaille et les briques rouges des bas fonds reviennent bien plus aisément à l’esprit et prennent tellement au bide qu’il est parfois difficile de revenir au monde réel. Oui, c’est si confortant par moment d’aller au-delà de la réalité et de s’évader par ces côtés-ci, de prendre mille détours, de contourner, mais au final de rechuter encore plus brutalement, et de n’attendre que ça. C’est comme un bout de lumière qui finit dans la nuit.

Reliquary For A Dreamed of World en trois mots : entre, deux, mondes


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