SOUNDGARDEN - Ultramega OK
1988 · SST

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Derelictus
le 29 décembre 2016 (743 lectures)

   Grunge Hard "70s

C’est un Soundgarden encore un peu vert que l’on découvre sur son premier album, l’assez méconnu Ultramega OK. Ce n’est pas forcément à cet album que l’on se réfère lorsque l’on évoque le quatuor de Seattle, la sortie sur le label culte et indépendant SST Records n’y étant pas étrangère. Mais, à bien y regarder, ce disque ne fait pas tâche dans un back catalogue, alors assez conséquent pour ce qui concerne l’underground américain de la seconde moitié des années quatre vingt, entre Black Flag, Hüsker Dü, Minutemen, et pour ce qui nous concerne dans ces pages, les voisins de Screaming Trees et Saint Vitus. Il y a de cet esprit de renouveler les choses, de ne pas rentrer vraiment dans les normes chez ce Soundgarden des années quatre vingt, bien avant que Chris Cornell se mette à vénérer le dieu dollar et à prendre quasiment seul le contrôle du groupe, mais nous en sommes encore assez loin.

Pour qui, comme moi, a découvert le groupe durant ses heures de gloire des années quatre vingt dix, cette remontée dans le temps fut quelque peu abrupte, et un peu décevante aussi. C’était couru d’avance que de se dire que ce premier album allait être moins accessible que ses successeurs, ça paraît assez évident, et il a fallu que je m’y accroche dans mes jeunes années d’explorations musicales. Et pourtant, il y a un charme assez unique sur cet album, mettons-le d’ailleurs sous le coup de cette fameuse fougue de la jeunesse, et ça regorge de petites pépites bien virulentes, comme "All Your Lies", "Head Injury" et "Circle of Power", avec les hurlements de kamikaze de Yamamoto pour cette dernière, et qui ne dépareillent pas tant que ça sur cet album. A la rigueur, on pourrait presque se dire que c’était histoire de respecter le cahier des charges et faire plaisir aux tauliers de leur écurie. Ça reste d’ailleurs assez cohérant avec cette fougue évoquée ci-dessus, et ça aura toujours un peu fait partie de chaque réalisation du groupe que d’y disséminer des titres volontiers plus dans un registre punk, ou en tout cas faisant le pont avec cette filiation entre Seattle et Detroit.

Il ne faudra pas nier les audaces que se permettaient Chris Cornell et compagnie, dès ce premier album, et qui faisaient montre, déjà, d’un panel d’influences qui n’allaient être que croissants par la suite. Petites effluves psychédéliques par ici, notamment sur "Flower", - où comment faire sonner une guitare en soufflant dessus comme un sitar -, héritage zeppelinien à assumer par là, comme sur "Incessant Mass", et cette reprise d’un standard de blues, histoire de faire comme les glorieux aînés et aussi brouiller les pistes, effluves folk sur "Mood For Trouble", il y avait déjà une certaine volonté de diversifier l’écriture. L’on retrouve tout de même déjà quelques constantes caractéristiques chez le quatuor, dont cette atmosphère pluvieuse qui a son empreinte sur bon nombre de titres, et qui donne déjà cette coloration mi ombragée, mi éclatante, que l’on aura de manière récurrente par la suite. Surtout, un album de Soundgarden ne serait rien sans les poussées colériques de Chris Cornell, dont le timbre s’affinait petit à petit, et dont le meilleur exemple réside dans l’ultime et très froid "Beyond the Wheel", où toute la puissance de feu du chanteur et de ses acolytes s’expriment pour le mieux.

Aussi ce Ultramega OK est loin d’être aussi anecdotique qu’on puisse en penser, même s’il ne possède aucunement les qualités et atouts de ses deux successeurs, cela va de soi. Pourtant, il a certains charmes qui lui confèrent toujours ce petit côté attachant, tant dans sa gaucherie que dans cette volonté de ne pas se limiter à une seule ligne directrice. Rien que pour cela, cet album a quelque chose d’assez attachant, avec cette éthique très indépendante dans l’esprit, ce qui se ressent dans le son assez peu poli, et dans l’attitude, c’est à dire faire des titres sans trop se poser de questions et mixer ces improbables influences allant des années soixante dix à ce que les années quatre vingt avaient offertes de plus sous terrain. Il y a encore du chemin à faire, mais l’on sent ici que Soundgarden avait déjà un très gros potentiel qui allait rapidement éclore.

Ultramega OK en trois mots : mtin, jeunet, ptulant


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