ATOMIKYLÄ - Keräily
2016 · Svart

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gulo gulo
le 19 décembre 2016 (749 lectures)

   Psyché Rituel

La scène est un peu triste ; elle se déroule dans un mouchoir de poche. Jadis, Dark Buddha Rising faisait des albums ennuyeux en dépit de tout le potentiel qui s'y gâchait, et Oranssi Pazuzu de très bons, tels que Kosmonument ; dans ce petit cercle familial, en recombinant différemment les compétences, il existait une place, certes petite mais bien réelle, pour le premier album d'Atomikylä. Aujourd'hui, Dark Buddha Rising fait des albums toujours plus désespérants de platitude malgré le potentiel qui s'y ressent (voyez si je suis gentil ? parce que, bon, pour trouver du potentiel dans Inversum, mieux vaut se lever matin) ; mais Oranssi Pazuzu a sorti Värähtelijä. Une escalade de plusieurs crans dans la capacité de malfaisance qui se puisse distiller à partir d'acide seventies et d'ergot de seigle agressif, germé à travers le permafrost.

C'est une réalité objective, triste comme toutes ses pareilles : Keräily a vu le jour dans un monde où Värähtelijä existe ; une autre non moins implacable est que, du point de vue des impitoyables mathématiques, il y a bien plus dans Atomikylä de Dark Buddha Rising que d'Oranssi Pazuzu. Plus clairement, donc, et sans ambages, quel disque de jammeries kraut-black peut-on décemment espérer sortir qui ne soit pas juste un peu vain, sinon pire : sympathique - après le passage de pareil mutant ?

Eh ! Un disque d'Atomikylä ; passé un nombre d'écoutes d'apprivoisement variable, selon chacun et ses capacités d'auto-abstraction, de zéro à ce qu'il vous faudra... L'on se souvient ; qu'Atomikylä, c'est justement pour cela qu'on les avait aimés la première fois, ne sont ni Oranssi ni DBR - mais ressemblent, si insensément puisse-t-il, à une manière d'Oranssi Pazuzu, non pas moins seventies dans le fond puisqu'Oranssi le sont à foison, mais plus littéralement, ou peut-être plus candidement, dans leur langage - et certainement pas moins freak brothers, ni cascadeurs ou voltigeurs de la défonce ; vous pouvez d'ailleurs vous représenter à peu près le même genre de casse-tête pour ce qui est de leurs degrés comparés de black metal : Atomikylä le sont à la fois moins littéralement et moins transfigurativement qu'Oranssi Pazuzu... et pourtant aussi essentiellement, pendant les quelques fulgurances démonologiques où ils le sont, au moins à un niveau poétique des choses où la chair est sans doute possible pleinement engagée.

Pour faire un peu autre chose que du portrait en creux, Atomikylä façonnent l'idiome commun dont il est question avec une théâtralité bien à eux - et figurez vous qu'elle est non seulement plus hard rock, mais encore plus doom, il faut bien que Dark Buddha Rising serve à quelque chose ; et que les pures éruptions de freakerie furieuse, là-par-dessus, ont un effet encore plus saisissant ; peut-être parce qu'elles prennent alors force de preuve - puisque c'est apparemment la journée du pragmatisme - qu'une telle préhistorique musique - puisque Keräily l'est un peu plus encore que ne l'était Erkale, et un peu à la manière du dernier Seremonia, dans sa façon relativement archaïque, rustique, de pratiquer le psychédélisme - possède la même capacité magique à ouvrir des brèches sur ces dimensions-là, qu'une bien plus versée dans et dévouée aux arcanes de l'autre côté.

C'est peut-être même, si vous voulez des points sur vos i et des informations sur vos besoins de consommateur, ce qui fait la différence entre Keräily et Erkale : Keräily met en scène l'éclatement de la magie, au lieu que l'autre vous y baignait de bout en bout, vous immergeant d'emblée groggy dans un Orient liquide dont il vous laissait avec une joie extatique rencontrer les hilares habitants des abysses. Keräily semble plutôt vous proposer une placide croisière en surface.. mais ne peut vous laisser ignorer, d'emblée, qu'il ne s'agit là que de brasses de politesse, avant un impérieux plongeon dans la violence des courants inférieurs ; la menace de ce qui va suivre est explicite dès les premières notes du disque, et dès celles-ci la tension acérée, dans leurs lointaines inflexions jazz-rock, ne renvoie guère qu'à Tarantula Hawk. Ledit jazz ne se démentira d'ailleurs pas dans la suite, pouvant donner par flaques à Keräily l'air d'une version claudicante, prédatrice, heurtée, horriblement spasmodique (le mol et hideux déséquilibre de leur métronome occulte, lui, ne renvoie qu'aux plus abominables coulissements de Starfish Pool, rien que ça) d'un autre disque paru chez Svart, celui de Sonny Simmons et Moksha Samnyasin. Interzone, encore, toujours...

Ou alors disons plutôt que Erkale était une orgie, et Keräily un carnage. Parce que la basse - qui donnait au premier des rondeurs dubbies - tant qu'on en est à parler de jazz, elle n'est pour sa part pas d'humeur typiquement finlandaise, ici, mais presque norvégienne, si vous voyez ce que je veux dire.

Enfin, bref, décrire un disque qui relève à ce point du trip demeure toujours aussi ridiculement acrobatique, mais si la question était de la capacité de pénétration d'icelui dans un métabolisme préalablement intoxiqué par Värähtelijä - test effectué à peu d'intervalle par nos services - la réponse sera finalement positive, sans équivoque. Quant à son caractère sympathique, en revanche : c'est tout à fait raté.

Keräily en trois mots : yeux, à, facettes


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