EyeLovya
le 11 novembre 2016 (1020 lectures)

Même si apparemment, sur celui-là, maximum volume ne yields plus maximum results, faudrait être sacrément bégueule pour ne pas reconnaître la beauté de l'immensité montagneuse qui se dépeint dès qu'on tourne le bouton dans le sens horaire avec ce disque. Je suis bien placé pour le dire, vu comme je me suis montré frileux d'abord en l'écoutant et l'oubliant aussi rapidement qu'il s'est écoulé : c'était à son avantage alors d'être de loin le plus court objet du "duo", mais ça devient une frustration terrible dès lors qu'on l'aime à sa juste valeur ou à son juste volume ; il m'a même servi, dans sa première vie, de vulgaire berçeuse pour tenter de couper le bruit ambiant insupportable d'une bringue beaucoup trop tardive que j'aurais pu jurer héberger dans mon appartement.

Après avoir suffisamment macéré pourtant (ah putain décembre 2015 !), ce Kannon dont je vous épargnerai la mythologie se révèle majestueusement psychotrope, à condition toujours de lui accorder la qualité et quantité sonore nécessaire, sans quoi des steppes mongoles infinies balayées par les vents glaciaux sibériens, on se contentera d'une bande vaguement dérangeante diffusée sur hauts-parleurs faiblards dans le musée d'art contemporain où sont exposées toutes ces bizarreries de sculptures d'obsidienne composant l'artwork.

Franchement, on n'est pas loin de se sentir bien pigeonné à tomber dans le panneau une fois de plus, à se laisser impressionner par les mille strates harmoniques, à se sentir rapetisser à mesure que les basses font vibrer les organes internes, et se laisser emporter encore par la prose mystique d'Attila, mais c'est si bien foutu, si beau et lumineux en fait, imparable dans la suspension du temps et l'accaparement de la conscience, que l'on rend les armes sans se faire prier et que l'on se prend à s'imaginer transporté sur un sommet népalais en pleine contemplation des horizons gris, entre méditation dark-bouddhiste, vertiges sensoriels et allégeance béate au maître de cérémonie.

En ça, l'évolution lente vers des motifs de nature paraît a posteriori évidente et cohérente avec la maturation du groupe : l'exploration nouvelle d'un apaisement relatif par le chamanisme oriental avait été introduite par le réveil bucolique au lever du soleil d'Alice, dont les prémices se faisaient eux-mêmes déjà sentir dans l'ambiance Louisiane des vieilles bicoques grinçantes et des balades sur la rivière qui tournent au vinaigre, façon Maupassant, à l'autre extrêmité de l'album précédent, ainsi que par les déguisements scéniques d'Attila en Sylvebarbe cancéreux de ces dernières années. Mais Kannon est tout aussi proche en fin de comptes de 00 Void : son drone minimal et austère a été habillé, coloré, enchanté, intelectuallisé et esthétisé à mort mais il est toujours la base de la musique de Sunn, le même soc qui ancre maintenant l'arbre harmonique démesuré dans lequel il est si plaisant, et un peu énervant, de se perdre. 

Le spectre de fréquences s'élargit visiblement à chaque nouvel album et à chaque nouveau copain embarqué dans le studio, alors pour le prochain les gars, après les trois lives, les deux enregistrements de répèt à Prague et la collaboration avec Michael Gira et Daniel Barenboim, surtout pensez bien à vendre votre triple vinyle 180 g avec l'appareil O)))ditif qui permettra au client de percevoir les ronflements infra-basses et sifflements ultra-sonores qui s'ajouteront à tout ça.

Kannon en trois mots : voluptueux, bio, captivant


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Avis des auteurs

 
Excellent
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