gulo gulo
le 08 novembre 2016 (792 lectures)

   Doom death Sludgecore Black metal

Malemort ; voilà bien le genre de nom trans-genres sinon interlope voire amphisbène mais sur le dos - qu'il fallait à cette musique, pour simplement et honnêtement dire le genre de choses qu'elle vous souhaite - en vue de quoi elle est prête à employer tous les moyens, les honorables comme les plus vils.

On reconnaîtra si l'on y tient, comme par exemple lorsqu'on connaît un des tristes sires ici conspirant, ici des lambeaux de Neurosis, là des reliefs putrescents de black rupestre dans la manière d'Urfaust ; mais emportés, défigurés, corrodés, dans le lent et douloureux torrent de boue intoxiquée, qu'est le doom plein d'échardes de Malemort, avec ses relents, saisissants comme l'odeur du fumier ou celel du goudron, de très aigre rancœur médiévale et rurale, où chaque instrument donne l'impression d'être joué emmitouflé bien au chaud dans une haire.

C'est assez dire à quel point Malemort peut sonner, disons, a-hem, vivant, ou en tous cas vif, et dangereux, sans aucun moment sonner enraciné dans son temps - avec son antique crudité, qui semble de quelque ermite soudain émergé du fonds des bois, un grand couteau rouillé dans sa main aux gros doigts terreux, la mine pas beaucoup plus nette que celle du goustou ornant le premier Urfaust, justement, les gargouillis de son estomac guère plus rassurants qu'un vieux Ramesses ou une vieille répétition de Cathedral, bref un truc bien portant comme on peut voir, et pourtant dont on ne peut qu'avoir envie de passer bien au large, peur de tomber mort raide rien qu'à être caressé par son haleine, tant elle sent le désir de votre pourriture, tant dans son terroiement doom (je ne cite pas Warning, vous y aurez suppléé) que dans sa charognardise black. Une forme d'anti-misérabilisme au fond, puisqu'on fait ici de la misère une puissance, et une redoutable de nuisance, encore.

Car il règne ici un extrémisme qui fait qu'on est démangé tout le long de citer Funeralium, ou Burzum, ou Bethlehem, on ne sait trop - car, au cas où on ne l'aurait pas compris, la musique de Malemort ne ressemble à personne distinctement (ce dernier mot n'étant du reste assurément pas de ceux qui concernent Malemort), ce qui ne fait que rajouter à l'inquiétude qu'on éprouve à la contempler monter, et monter, et monter, sourdant comme fait une eau impure des fondrières que sont ses notes de basse, celles du moins qui ne sont pas de mauvais rôdeurs aperçus à l'horizon - sans idée claire de ses intentions - ou plutôt, pour éviter de se contredire, du déroulement précis du châtiment qui vient, du calibre de hachis où il va vous réduire, si c'est le glas qui sonne, ou des limites que se donne Malemort dans la mise en œuvre de sa misanthropie pour peu qu'il y en ait, du type respect de quelque règle que ce soit, car à côté d'eux même Volition - pour rester dans des couleurs et granulosités proches - paraissent réglos, d'un caractère doux et raisonnable comme celui d'une vache. Le rural-doom malveillant de ces Rouennais-ci, pour sûr, n'a rien de la vache - si ce n'est la peau à la rigueur - mais beaucoup plus du cheval de malheur ; et, plutôt que de l'exécuteur, de la bête qui revient du fond de l'abattoir en sens inverse, et du bruit peu engageant de son pas qui fait gronder en réponse le sol et les murs, ainsi que la meute encourage son champion. Gare.

Malemort en trois mots : pestilent, clout, acide


Facebook 

Chargement...

Avis des auteurs