NEUROSIS - Fires Within Fires
2016 · Neurot

Détails

gulo gulo
le 19 septembre 2016 (1617 lectures)

   Psyché Hardcore

Y a un nouveau Neurosis ? Alors, alors ?? Y sont où dans le game, au jour d'aujourd'hui ? Accroche toi à tes roupettes c'est du lourd, bonhomme : Edwardson est de retour aux voix, mon pote. Ouais. Pour des voix claires à la Page Hamilton. Et l'album a un définitif goût de banane.

Vous avez cru quoi, sérieusement... Neurosis : si on évite, au prix de grands efforts sur soi, l'enculage de mouche et le lyrisme, on reconnaît volontiers que c'est toujours la même chose, un peu comme du Motörhead ou un paquet de groupes de hardcore, même Darkthrone fait plus imprévisible et audacieux que Neurosis - ce qui tombe bien après tout, puisque "Motörhead du hardcore" ferait une assez bonne définition de Neurosis (et si vous êtes plutôt dans le camp des arbitres et des intraitables, ça règle la question tout aussi bien : Neurosis, c'est aussi chiant que Motörhead), quoiqu'évidemment partielle parce qu'il n'y a pas une seule définition d'un bon groupe. Ce n'est pas un problème, Motörhead en est la preuve, et dans une moindre mesure les groupes de hardcore de la veine en question : faire toujours la même chose n'est pas un obstacle à faire des albums tous indispensables ou presque (Times of Grace, Snake Bite Love...), c'est même plutôt la preuve qu'on tient justement quelque chose de gros, sérieux, de profond... de qui vaut authentiquement le coup. Ou qu'on l'est, mais laissons les détails.

Alors concrètement, à gros traits mais aucune description ne sera jamais aussi précise qu'une expérience alors pourquoi se fouler, surtout aussi hors de propos - Fires Within Fires c'est Times of Grace joué par le groupe d'Honor Found in Decay ; les ambiances d'épopée à dreadlocks sur la plaine mongole, mais la crudité du steak mis à cuire sous la selle et le crissement des morceaux de dents sur la langue. Neurosis en 2016 est affûté comme une jeune tête brûlée, comme un jeune Kylesa, un Rise & Fall ou un Planes Mistaken of Stars si vous voulez, mais avec la ruse d'une foutue vieille peau-de-vache foutument dure à cuire, parce que Neurosis est évidemment plutôt tigre à dents de sabre que jeune hyène. Est-ce qu'il y a plus de synthés psyché que telle ou telle fois, et ci, et mi, et mon cul sur ton nez. Neurosis, on a dit. Je dis des choses compliquées, ou quoi ? Chercher à renouveler le genre (ce doit tout de même pas être la première fois qu'on a cette explication ; mais en même temps, groupe qui fait toujours la même chose inspire assez logiquement toujours la même humeur pour le chroniquer), à le rafraîchir, c'est bon pour les autres : le genre, il appartient à ceux-là ; c'est leur affaire et leur boulot. Neurosis, être Neurosis n'est pas leur boulot : je peux faire l'ellipse sur la fin de la démonstration, oui ?

Donc Neurosis, ils peuvent faire un album qui renouvelle peau de balle et même un qu'ils ont déjà fait, ce ne sera jamais le problème. Alors, sérieusement, honnêtement, dignement, à quoi sert , et ressemble, de faire l'inventaire de ce qui surprend, ne surprend pas... Vous ne voudriez pas aussi que je vous parle de la durée du disque, pendant qu'on y est ? Ils n'ont pas déjà fait ces morceaux-là, soyez-en sûrs, de frissonnants petits miracles de délicatesse et d'inquiétude comme ce "Reach" en guise d'apothéose, mais encore les multiples moments d'authentique décontraction et de rêverie devant la nuit qui tombe, peut-être encore plus troublants que sur les disques de lonesome country des frères Barbouze ou ceux de Harvestman, qui ouvrent régulièrement des fenêtres dans l'album, comme on renverse la tête en arrière pour s'abreuver une nouvelle fois des étoiles, et tout simplement le calme paisible, gorgé de magie et de splendeur, de l'album dans sa globalité. S'ils se réinventent, est-il la question ? Inventer, là encore vais-je radoter, c'est trouver, et là encore vais-je me permettre de vous laisser conclure. Neurosis fait dorénavant partie de ces groupes dont on se procure le dernier disque, non pas pour savoir, voire à condition de savoir, s'ils y apportent quelque chose à la Musique et à votre Discothèque supérieurement sélective ; plutôt pour prendre des nouvelles, sans a priori, sans attendre d'eux rien d'autre qu'eux - mais aussi découvrir ce qu'ils pourront avoir à nous raconter d'eux, de leur vie ces dernières années, de l'univers aussi puisque c'est leur truc et qu'on ne prétend pas plus les changer (comme de vieux potes, tout juste, vous m'avez vu venir) que les découvrir, et par raconter l'on entend non pas les phrases et la garde-robe, mais le grain de la voix, sa température, le frémissement dedans, la cadence... la vérité, aussi connement que solennellement, puisque tout comme les deux albums qui le précèdent Fires Within Fires affirme à quel point Neurosis est un groupe de hardcore avant toute chose.

Et la vérité de Neurosis en 2016, elle est a le goût acide et brûlant du venin, et celui ferreux d'un appétit de vivre intact - oh ce son épais et chaud comme un anaconda dès que le corps à corps s'engage, sur "Bending the Light", oh cette contagieuse gourmandise... avaient-ils été si sauriens depuis Through Silver in Blood ? avait-on à ce point vu de ses yeux onduler Edwardson à les écouter, depuis... bien longtemps ? avaient-ils été aussi nus de toute couenne jamais ? leurs hurlements de défi aussi crus, fiers, narquois presque, guitares comme voix ? - ce qui, pour le coup, arrive comme une presque-surprise, après l'humeur noire qu'on leur avait entendue, et pu croire irréversible, dans les deux prédécesseurs ; mais quel nouveau disque auraient-ils eu à sortir, aussi, si elle l'avait été, irréversible ? Neurosis repart à la chasse sur la steppe psychique ; un sourire ambigu de vieux loup aux babines, voire de gros chat comme celui qui ronronne en patiente semi-léthargie pendant une bonne moitié de "Bending the Light", la démarche d'une souplesse où l'on devine dans chaque tangage la brusquerie dont elle est capable à tout moment, l’œil pétillant d'une malice aiguisée, et de toute la personne irradiant comme une étrange manière de complainte joyeuse, âcre sur la langue, et nimbée de la dévorante bienveillance qui sert d'iris à l’œil du serpent chamanique. Les avait-on déjà connus aussi délicats et sensibles pourtant, même avec The Eye of Every Storm ? Le début de "Reach", avec ses accents deathrock typés Oakland et son tranquille fourmillement, si ce n'est pas le chant de la profonde joie de l'animal sauvage qui vient enfin de s'arracher à une trop longue captivité et la dépression afférente, qui contemple enfin de nouveau l'immensité offerte de la plaine ensanglantée par le crépuscule, comme une promesse, et ressent d'avance la souplesse de la terre sous une foulée enfin sans limites ni compagnie... avant ce passage central où l'espace d'un rêve éveillé, l'esprit s'énvolant en pleine course, ils sont la steppe même ; puis un dernier rugissement de brutale exultation, comme le tonnerre, pour toute abrupte conclusion. Rideau. Et voilà pourquoi, nigauds, le disque est court, parce qu'il n'y a que de la cruauté à prolonger une exécution qui ne demande pas plus de quelques dizaines de minutes d'écrasante supériorité physique, et que seuls les idiots sont cruels, pas les animaux sauvages.

Finalement, celui qui le décrira sans doute le mieux est l'auteur de sa pochette : Fires Within Fires possède la paix étale et naturiste de The Eye of Every Storm dont on peut reconnaître ici la teinte grise (assombrie, cela ne saurait vous avoir échappé), mais son monde est pour sa part entièrement peint dans - voici venir précisément ce qui vous dira le mieux l'album - les nuances de cette teinte rougeâtre bien particulière, qu'il est d'utilité aucune de vous traduire : si elle ne vous évoque rien, c'est sans doute que le disque n'est pas fait pour vous, et ce n'est pas grave.

Si elle vous parle en revanche, vous pouvez vous préparer à quelque chose de simplement et violemment euphorisant.

Fires Within Fires en trois mots : libr, alerte, vineux


Facebook 

Chargement...

Avis des auteurs

 
 
Classique!
Classique!