[ SPLITS ] - Eibon/Hangman's Chair
2007 · Bones Brigade

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gulo gulo
le 19 août 2016 (1175 lectures)

   Sludgecore

Pour qui comme l'auteur de ces lignes a rencontré Eibon par la porte d'Entering Darkness, il est assez déconcertant de découvrir les présents morceaux. A-t-on l'impression d'entendre un autre groupe ? Ce qui est sûr, c'est qu'Eibon n'y semble pas, ainsi qu'il le fera dès le maxi suivant, embrasser avec ardeur sa nature de groupe résolument, fièrement moderne - cette qualité qu'il possède, en partage avec guère d'autres que Verdun et Yob, à cette façon positive et créatrice en tous les cas, de n'avoir temps aucun à perdre à se référer toujours aux supposés Grands Anciens et à se demander où se fait la démarcation canonique (ou même aucune autre) entre post-hardcore, sludge et doom, ni s'il sert de quoi que ce soit de la respecter (respecter une carte établie par d'aussi respectables et créatrices gens, sans doute, que ceux qui ont tracé celles des pays d'Afrique ?), lorsqu'on peut à la place jouer quelque chose qui tienne autant de Given to the Rising que d' And Man Will Become the Hunted, et possède la richesse en caillots de sang qui caractérise toutes vos éruptions blackmétallogiques lorsque vous êtes Parisien...

Non : Eibon, ici, joue techniquement du Dopethrone ou tout comme : un sludge d'ascendance Weedeater, versant super pas drôle et en direct de l'Enfer... sauf que, justement, on n'a pas la sensation d'entendre un autre groupe qu'eux, et que s'il faut parler d'Enfers, cela tombe à merveille puisque déjà Eibon semble ici se tenir à une brèche ouverte sur l'autre monde, dégager déjà la demi-absence d'un fantôme, ou de qui a déjà le regard captivé par l'au-delà et les mornes Champs Elyséens ; les relents de Given to the Rising sont déjà là comme une résonance surnaturelle, une ombre sur les riffs pourtant étonnamment terriens et racailleux - quoique le second morceau entame un essor qui l'emmène vers les cieux angoissé d'Indian (en voilà un autre, de groupe moderne) ; puis il y a, encore et toujours, l'ambivalence de cette voix, à l'humidité volontiers évocatrice de cette classique gouaille de saloon traditionnellement associée au sludge, genre bien présent dans la musique des débuts d'Eibon, mais non moins parfaitement appropriée  à un dépeceur black metal superlativement efficient ; puis aussi cet art du sample de derrière les fagots pour vous planter sans faille une ambiance spectrale et empoisonnée, qu'ils manient avec une aisance quasiment digne de, tiens donc, vous ici très cher ? Hangman's Chair.

Deux morceaux de Hangman's Chair mouture originale, celle avec Keo et Adrien, si reconnaissable et différente, avec sa saveur violente de whiskey chaud : juste ce qu'il faut pour finir de réaliser qu'il nous est précieux, et cher, ce nauséeux brouet d'Alice in Chains monstrueusement alourdi, biberonné au gasoil et à la joie de vivre à la mode Onc'Kirk. D'autant qu'on les sent, dans ces deux morceaux, en telle possession et incarnation de ce langage propre, qu'on en laisserait presque échapper, s'il ne paraissait si incongru, le mot de "serein" - en tous les cas l'identité, la texture, la viscosité de Hangman's Chair y sont légèrement plus homogènes que sur le très fort en caractère mais parfois un peu gauche (A Lament for...) The Addicts, à venir quelques mois plus loin. Pour un peu l'on en deviendrait rêveur, nostalgique d'une histoire qui jamais ne fut, où le groupe aurait poursuivi cette histoire-ci, avec on n'en doute pas le même talent terrifiant qu'il en a mis dans l'autre. Il y aurait eu assurément de quoi, on en entend la promesse dans la ténèbre huileuse de ces morceaux-là, sexy comme une migraine maltée au soleil de l'après-midi derrière des volets clos, comme un alligator, généreusement pétrie de la culture stoner la plus ploucarde et vicelarde, Down et Zakk Wylde en embuscade, même la goguenarde allusion à certaine période de Guns'n'Roses est fièrement habitée... et discrètement mais sûrement peuplée de brillantes lueurs d'yeux de prédateurs. Une musique ricanante, oui, avec toute la dimension sinistre de la chose ; et qui vous concasse langoureusement dans le déplaisant fracas de ses écailleux et paresseux anneaux.

Du coup ? Un split dont avant de l'écouter on avait toujours trouvé la dramatis personae un brin décousue, et qui après tout se révèle tout sauf cela, faisant courir côte à côte à travers la plaine poussiéreuse deux groupes qui semblablement ont toujours couru loin de la meute, dès leur première - ci-devant - apparition, et qui mêmement, chacun à son propre rythme et vers son propre néant, ont disparu - mais certainement pas sans laisser de traces.

Eibon/Hangman's Chair en trois mots : rustique, envotant, hant


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Avis des auteurs

Excellent
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