CULT OF LUNA - The Beyond
2003 · Earache records

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Derelictus
le 16 août 2016 (937 lectures)

   Post hardcore

Aller au-delà. Au-delà de ses limites, au-delà des ses préjugés, au-delà des critiques apposées à la sortie du premier album et au-delà de ses influences proéminentes. Il y a de cela dans ce deuxième album de Cult of Luna, car l’on ne peut pas dire que le groupe d’Umeå s’est reposé sur ses lauriers. L’on sent même qu’il a voulu parfaire sa copie en voulant aller sans doute plus loin dans sa démarche et dans de nombreux domaines d'explorations sonores, pour être plus précis. L’on peut même avancer que c’est avec The Beyond que l’élève appliqué est devenu indépendant et autonome, signe d’une certaine maturation après moult tâtonnements, même si la différence entre la première réalisation et celle-ci n’est pas aussi flagrante qu’on pourrait le penser.

Bien entendu, le name dropping est évident: qui d’un Neurosis, d’un Isis ou d’un Breach, l’on peut bien entendre à chaque recoin de ces titres méandreux et intenses. C’est d’ailleurs cela qui caractérise d’une certaine manière cette livrée, c’est que le groupe n’a aucunement pris le parti de simplifier sa musique, mais il ne faut pas s’attendre non plus à quelque chose de technique, là n’est aucunement le propos. C’est évidemment basé sur la répétition de motifs, souvent assez simples, mais qui prennent à chaque fois une certaine ampleur, jumelée, il est vrai, avec une volonté d’en découdre qui ne s’est nullement amoindrie. Car il y a de la véhémence dans cet album, que ce soit au niveau du chant, qui reste dans un domaine écorché, que dans la musique, avec un côté à la fois empli de rage et d’une forme de résignation, de dégoût pour ce monde moderne. Il y a même quelque chose qui tient plus du cri primal et qui ne demande qu’à se déchainer, même si, il faut être honnête, ça semble plutôt calculé et restreint par une volonté de se dissimuler le plus souvent pour exsuder par la suite cette colère contenue.

En matière de pilonnage en règle, cette réalisation n’a sans doute rien à envier à ses aînés, - à part à un seul d’entre eux, mais c’est là une évidence que je préfère rappeler -, et l’on se retrouve noyé sous une belle coulée de basalte sur cette heure et quart que dure cet album, c’est peut être là son principal défaut, cette longueur. L’on étouffe devant une telle masse sonore assénée sans merci et le plus souvent sans vraiment avoir quelques instants de respiration, à part l’interlude Clones. Cependant, l’on sent poindre sur des titres comme Circle, Genesis, Further et Deliverance, des mélodies et des aérations qui annoncent ce que sera le futur plus ou moins lointain de Culf of Luna, car même les germes d’un Vertikal se retrouvent ici. C’est même une des qualités de cet album, c’est qu’au-delà du côté virulent et matraquage en règle, il possède tout de même une belle durée de vie, en raison de pleins de détails que l’on découvre au fur et à mesure des rotations, même si c’est bien évident un sentiment d’oppression qui domine de tout cela. Il faut dire que la production joue grandement à cet effet, donnant justement cet aspect de mur sonore, avec en prime une basse bien proéminente.

Il en résulte tout de même quelque chose de bien plus froid et de bien plus urbain chez Cult of Luna par rapport à un Neurosis, s’il fallait reprendre cette énième comparaison. Il y a quelque chose de plus mécanique et qui tient plus d’un monde déshumanisé, et que conforte d’ailleurs l’apport des quelques claviers disséminés de manière éparse sur cet album, ou bien encore par ce jeu de batterie assez sec et parfois dépourvu de groove. C’est tout ceci qui donne encore ses charmes à cet album, peu importe ce qu’a pu devenir cette formation et cette scène par la suite, il demeure tout de même un disque de bonne facture et qui n’en finit pas de surprendre.

The Beyond en trois mots : rodant, oppressant, abondant


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Avis des auteurs

 
Excellent
Excellent