gulo gulo
le 27 juillet 2016 (782 lectures)

   Sludgecore Ambient

Disque après disque, Wreck of the Hesperus continue de s'approcher de - s'enliser, s'enfoncer dans, enfin bref - l'industriel patent ; mais alors tout petit peu à petit peu : pourquoi se priver de faire durer le plaisir, tant qu'à être déjà irrécupérablement réputé vicieux ? Il y a tant de plaisir à prendre en route. Et, bien sûr, ils emmènent le sludgedrone avec eux, dans les terres inconnues pour lui de ce rythme lascif à en confiner au dub, où Godflesh et Scorn s'abîment dans une flaccide béatitude de grade "noyade dans le vomi", en se désintégrant dans les lents effluents d'une usine de Linköping fermée et laissée à tourner seule suite au réchauffement global : "Erosion" sonne comme une longue séance d'attouchements harassés, ponctuée de barissements défaillants, tâtonnant autant du fait de la cécité que d'une doucereuse lèpre, entre "Flowers" de Godflesh et "Carnage Visors", dans une mare à la vase semblable par l'odeur de MZ. 412 et Archon Satani sous leurs formes les plus sauriennes ; on aurait tôt fait de rêver d'un disque de Khanate débarquant en lieu et place du monolithe noir en pleine préhistoire - pour tomber sur une tribu d'anthropopithèques abrutis par la consommation quotidienne de plantes stupéfiantes. Quant à "All Life in Death", cette fois le doute n'est plus permis : si l'on avait la lointaine sensation d'entendre des échos d'une cérémonie de Bloody Panda, c'est surtout que le disque n'est pas loin d'être le jumeau, en béatitude étale, du Floods de Blood Foutains, moyennant quelques growls songeurs pareils à de doux souvenirs de pourriture.

Album après album - les démos et miscellanées sont étonnamment plus timorées et banales, du peu que j'ai réussi à m'acharner dessus - Wreck of the Hesperus conserve voire raffine (admirez si l'on reste en terrain industriel) son art de ne rien revendiquer, mettre en scène, surligner - mais de plutôt saisir brusquement, pour transporter sans transition aucune dans sa propre dimension, où il n'a rien à prouver, aucune souffrance contre laquelle se cabrer et hurler, rien qu'un mol bien-être à geindre et gargouiller, seul au monde dans un désert de toutes décence et tenue. C'est comme de juste sans effort qu'on se laisse glisser dans la torpeur et ce paysage halluciné de soleil gris dans un ciel blanc, aux forêts de vessies séchées et de griffes osseuses, où la seule faune se compose de courants d'air pulvérulents.

Sediment en trois mots : batracien, bat, fossile


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