SOUNDGARDEN - Screaming Life
1987 · Sub Pop

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Derelictus
le 24 juillet 2016 (915 lectures)

   Grunge Hard "70s

Mille neuf cent quatre vingt sept. A cette époque, Soundgarden n’était qu’une jeune pousse parmi tant d’autres, - Green River, The U-Men, The Melvins, Malfunkshun, Skin Yard -, d’une scène, celle de Seattle pour ne pas la nommer, qui commençait déjà, lentement mais sérieusement, à bouillonner et à se singulariser par un son et une certaine philosophie, notamment celle de rester pour le moment dans les circuits indépendants. A cette époque, Chris Cornell était déjà le beau gosse qu’il n’a cessé d’être, ce n’est d’ailleurs pas par hasard qu’on le retrouve sur la pochette de cet album dans l’une des innombrables photos de Charles Peterson, le grand témoin de cette période. A cette époque aussi, Soundgarden faisait de la musique et non des bandes originales de blockbusters histoire de renflouer le compte en banque de son chanteur.

A cette époque, surtout, Soundgarden, avait déjà de quoi séduire avec ces six titres, qui, s’ils paraissent un peu verts par moment, témoignent tout de même de certaines qualités d’écriture. Et pour ce qui est du manque de maturité, on ne peut néanmoins qu’apprécier la grosse progression par rapport aux titres présentés sur la fameuse compilation Deep Six, un an auparavant, l’arrivée de Matthew Cameron ayant aussi aidé en ce sens. Il y a déjà ce mix entre des influences provenant des années soixante dix, avec, au hasard des groupes comme Led Zeppelin et Black Sabbath, et cette furie provenant des groupes de Detroit, et, évidemment cet héritage de la scène punk/hardcore. Il y a déjà cette pesanteur, ou plus précisément ce côté un peu bourbeux qu’il partageait avec certains concitoyens de l’Etat de Washington, - c’est même un certain Buzz Osbourne qui vanta les mérites du Drop D Tuning à Kim Thayil, accordage que ce dernier a rapidement adopté -, et cette explosivité sur ces six compositions, qui, si elles conservent quelques aspects rustres, possèdent en même temps cette juvénile fougue qui manquera sans doute par la suite. Oui, parfois c’est une peu gauche, parfois cela s’éparpille, mais il y a déjà une certaine classe chez ces quatre musiciens. Ce d’autant plus que cela reste en même temps assez classique dans la forme, eût égard aux influences suscitées, c’est même d’ailleurs ce qui fait la différence avec ses comparses de l’époque, c’est que mine de rien, cela s’inscrit dans une certaine filiation. Et une pépite comme "Nothing to Say" ne me fera aucunement mentir avec son énorme riff plus sabbathien que jamais et cette performance vocale de Chris Cornell, déjà de très haute volée. Cela étant dit, le titre "Hand of God" n’a sans doute pas grand-chose à lui envier dans cette catégorie. Kim Thayil se distingue déjà par ses riffs et surtout par son jeu de guitare atypique mais ô combien inventif.

Evidemment, le quatuor fera mieux par la suite, mais il y a tout de même une certaine envie d’en découdre qui s’estompera avec les années d’expérience, même si nous n’en sommes pas encore là, évidemment. C’est surtout cela qui fait le charme de cet enregistrement quelque peu séminal, car il ouvrira sans doute quelques portes par la suite, en sachant s’inscrire en même temps dans une certaine tradition.

Screaming Life en trois mots : printanier, smillant, spontan


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